MasukIls n’avaient pas eu le temps d’aller bien loin.
À peine Jacques et Jenevieve avaient-ils franchi le dernier arbre que le sol trembla de nouveau.
Une brume épaisse, lourde et glaciale, se leva tout autour d’eux. Elle sentait le soufre et les feuilles brûlées.
Jenevieve serra la main de Jacques.
— Ne t’arrête pas, Jacques ! cours !
Mais un rire éclata derrière eux. Lent. Sourd. Moqueur.
La brume s’écarta, et Grec apparut.
Il se tenait droit, son manteau noir flottant comme s’il respirait. Ses yeux verts brillaient dans l’ombre, et sa voix semblait venir de partout à la fois.
— Vous pensiez vraiment pouvoir m’échapper ?
Il souriait, d’un sourire calme et cruel à la fois.
— Ce n’est que le commencement. Et regardez-vous… tremblants, perdus… Vous croyez connaître la peur ? Vous ne l’avez même pas encore rencontrée.
Jacques voulut répondre, mais sa gorge était nouée. C’est Michael, le plus courageux du groupe, qui s’avança d’un pas.
Ses yeux brillaient de colère et de larmes.
— Commencement ou pas, quatre d’entre nous sont morts à cause de toi ! hurla-t-il.
— Morts ? répéta Grec, haussant un sourcil.
Un silence étrange s’abattit sur la forêt.
Puis, lentement, il plongea la main dans un petit sac de cuir suspendu à sa ceinture. Il en sortit une poudre dorée, qu’il fit tournoyer entre ses doigts.
— Les morts, dit-il d’une voix lente, ne sont morts que si on les abandonne à la terre.
Il jeta la poudre sur le sol, à l’endroit même où la cabane s’était effondrée.
Le vent se leva, tourbillonnant autour de lui.
La terre se fissura. Un éclat de lumière jaillit.
Et, sous les yeux horrifiés des enfants, les quatre corps disparus se relevèrent.
Les deux filles, puis les deux garçons.
Leurs yeux étaient d’abord vides, perdus, puis reprirent vie, comme s’ils sortaient d’un long rêve.
Ils toussaient, haletaient, tremblants.
Jenevieve recula, la main sur la bouche.
— Ce n’est pas possible…
Michael courut vers eux, mais Grec leva la main.
— Pas trop vite, jeune homme. Ils reviennent… différents.
Les enfants s’arrêtèrent.
Les quatre « revenus » se tenaient debout, immobiles. Leurs peaux étaient couvertes de fines marques noires, comme des racines sous la peau.
Leurs pupilles brillaient d’un éclat rougeâtre, presque imperceptible.
Jacques sentit un frisson lui parcourir l’échine.
— Qu’est-ce que tu leur as fait ?
Grec le regarda droit dans les yeux.
— Je les ai sauvés. Grâce à moi, ils ne connaîtront plus la peur ni la douleur. Ils seront vos gardiens.
— Nos gardiens ?! s’écria Jenevieve. Tu veux dire nos prisonniers !
Grec s’avança lentement, et la terre sembla se plier sous ses pas.
— Vous ne comprenez pas, murmura-t-il. Le monde change. Ce qui sommeillait depuis cinq siècles s’éveille à nouveau. Vous, les sept de Kofima, êtes le fil qui relie les vivants et les anciens.
Ses yeux brillèrent d’une lumière surnaturelle.
— Vous portez en vous le sceau de l’aube noire. Et cette fois, personne ne l’arrêtera.
Un vent froid balaya la clairière.
Les quatre enfants ressuscités se tournèrent lentement vers Jacques, Jenevieve et Michael.
Ils ne parlaient pas. Mais leurs regards suffisaient : quelque chose d’autre vivait en eux.
Grec leva la main vers le ciel, et une nuée d’oiseaux s’envola, effrayée.
— Le jeu ne fait que commencer, dit-il d’une voix solennelle.
Puis il disparut dans la brume, laissant derrière lui une odeur de cendre et un silence plus lourd que la mort.
Les sept amis restèrent figés, incapables de parler.
Leur cauchemar venait de commencer — et cette fois, ils ne savaient plus qui était vivant, qui était mort, ni qui les contrôlait vraiment.
Au lever du jour, une brume argentée enveloppait la clairière.
Les sept amis s’étaient réunis autour d’un feu étrange, bleu et silencieux.
Devant eux, Grec se tenait debout, vêtu d’une longue tunique couleur d’argile. Son visage semblait plus jeune qu’hier, comme si la nuit lui avait rendu des années.
Derrière lui, les quatre enfants qu’il avait « ramenés » gardaient le silence, leurs yeux à demi clos, leurs respirations calmes comme s’ils méditaient.
Jacques, méfiant, ne pouvait s’empêcher de fixer leurs bras : les marques noires gravées sous leur peau semblaient pulser doucement, comme un cœur vivant.
Grec leva une main pour apaiser le silence.
— Approchez, mes enfants. L’heure n’est plus à la peur. Vous devez maintenant savoir.
Ils s’assirent en cercle autour de lui.
Grec traça sur le sol un grand symbole avec de la cendre : trois cercles reliés par une croix.
— Voici le Sceau de Kofima, dit-il. Le signe de nos ancêtres, celui que vos pères portaient jadis pour combattre les sorciers du Nord.
Il les regarda un à un, et sa voix prit une gravité nouvelle :
— Vous pensez que je suis votre ennemi, mais j’ai été votre gardien depuis le jour de votre naissance.
Un murmure parcourut le groupe.
Jenevieve fronça les sourcils :
— Depuis notre naissance ?
Grec acquiesça.
— Oui. Quand vous étiez encore des nourrissons, entre zéro et six ans, les sorciers de la vallée ont tenté de vous tuer. Ils savaient qu’un jour, sept enfants naîtraient sous la même lune, porteurs de la lumière des anciens. Cette prophétie, ils la craignaient.
— Et… nos parents savaient ? demanda Michael.
— Certains, oui. D’autres l’ont oublié, parce que la peur efface les mémoires.
Le vieil homme fit un geste circulaire, et le feu changea de couleur : il devint rouge sang.
Des images apparurent dans les flammes — un champ de bataille, des silhouettes vêtues de pagnes sombres, des éclairs verts qui déchiraient le ciel.
— Il y a cinq siècles, la Guerre des Ombres a ravagé ce village, continua-t-il. Nos ancêtres ont affronté les sorciers avec le courage et la magie pure, celle qui vient du cœur et non du sang.
Cette guerre a duré un an. Beaucoup sont morts. Mais la puissance des anciens, unie à celle de vos mères, a réussi à enfermer la malédiction dans cette forêt.
Il se tourna vers Jacques, le regard perçant :
— C’est ici même que vous avez été cachés, toi et les autres, lorsque vous étiez encore dans les bras de vos mamans. Cette terre vous protège depuis toujours.
Le vent se leva légèrement, faisant danser les cendres.
Grec ferma les yeux un instant, puis reprit :
— Mais aujourd’hui, les sorciers reviennent. Leur puissance grandit. Ils veulent reprendre ce qui leur a été volé : le pouvoir du sang des sept.
C’est pourquoi je vous ai rappelés ici.
Il marqua une pause. Sa voix se fit plus dure, plus tranchante :
— Vous ne serez plus des enfants de Kofima. Vous serez ses gardiens, ses guerriers, ses chasseurs.
Vous allez apprendre la parole des anciens, la magie blanche, la force intérieure et le combat des esprits.
Jenevieve serra ses poings.
— Et si on refuse ? demanda-t-elle, défiant.
Grec la fixa, impassible.
— Refuser, c’est laisser le village brûler. C’est condamner vos parents à revivre ce que leurs ancêtres ont souffert.
Il tendit la main vers elle.
— Le choix n’est pas entre fuir et combattre. Le choix est entre mourir et protéger.
Un long silence s’installa.
Puis, lentement, Michael se leva.
— Alors apprends-nous, dit-il d’une voix ferme.
Les autres suivirent, un à un.
Grec hocha la tête, presque ému.
— Très bien. Aujourd’hui commence votre initiation. Mais souvenez-vous : la théorie précède la pratique.
Avant de manier la lumière, vous devez comprendre les ténèbres.
Il frappa le sol de son bâton, et un grondement profond secoua la terre.
Les arbres autour d’eux s’écartèrent comme s’ils obéissaient à une force invisible, dévoilant un sentier qu’ils n’avaient jamais vu.
Au bout, un grand portail de pierre se dressait, gravé de symboles anciens.
— Voici la Porte des Origines, dit Grec. Derrière elle se trouve tout ce que vous devez apprendre… et tout ce que vous devez craindre.
Le portail magique de la déesse s’ouvrit dans un grondement sourd. Une brume dorée s’échappa, révélant l’immense salle circulaire qui servait de sanctuaire de sacrifices. Au même moment, les tourbillons invoqués par Jacques se renforçaient, formant une spirale lumineuse qui happait l’air autour d’eux.Dans ce chaos maîtrisé, trois silhouettes glissèrent comme des ombres au cœur du tourbillon.NADIA. JENEVIEVE. LINA.Elles furent les premières à traverser la frontière de lumière.À l’intérieur, la salle était silencieuse, presque oppressante. Au centre, six berceaux de pierre formaient un cercle, chacun entouré de runes rouges encore humides — le début du rituel de la déesse.Les bébés pleuraient faiblement, comme si leurs petites âmes sentaient le danger.Nadia inspira profondément.Son souffle de guérison vibra dans sa poitrine, chaud et rassurant. Instinctivement, les pleurs des nouveau-nés diminuèrent, comme si un ange venait de les effleurer.— « Récupérons-les vite… avant que que
Le royaume de la Déesse YALMA se dressait devant eux :une gigantesque forteresse sculptée dans la roche, entourée d’un dôme de lumière noire qui pulsait comme un cœur vivant.Au-dessus, le ciel paraissait déchiré, avalé par l’obscurité.Jacques murmura :— C’est ici…— Le repaire de la Déesse du Sang.Les Sept Lunes frissonnèrent.Le sol vibrait comme si la montagne respirait.Au loin, les pleurs étouffés des cinq nouveau-nés résonnaient.Une clôture magique en forme de mur translucide, sombre et mouvant, entourait toute l’entrée du royaume.Des symboles étranges, coulants comme du sang liquide, tournaient autour.Grec, derrière eux, leur avait dit :> « Seule la voix de la Déesse ou sa magie peut ouvrir cette porte.Aucun humain, aucune lune, aucune force ne peut la briser. »Les Sept Lunes se regardèrent, silencieux.— Alors comment entrer ? murmura Michael.Lina s’avança.Sa respiration devint lente, profonde.— Je peux… faire quelque chose.— Je peux toucher le temps qui entoure
Les pleurs du villageLes cris résonnaient dans tout le village.Des cris aigus, profonds, déchirants.Ceux d’un cœur de mère qu’on vient d’arracher.Les femmes couraient dans les ruelles, cherchant, appelant, suppliant.— Mon bébé ! Ramenez-moi mon bébé !— Ils me l’ont pris ! Ils me l’ont pris !Certaines se frappaient la poitrine.D’autres tombaient à genoux dans la poussière.Les maris tentaient de les retenir, mais leurs bras tremblaient.Une vieille femme cria en direction du ciel :— Ancêtres ! Pourquoi nous abandonnez-vous ?Nadia, bouleversée, s’agenouilla au milieu des mères.Son don, le souffle de guérison, vibrait dans ses mains.— S’il vous plaît… laissez-moi vous apaiser…Elle posa une main sur le cœur de chaque mère.Un souffle chaud sortit d'elle, comme un vent doux qui calme les tempêtes.Les femmes cessèrent de hurler, mais leurs yeux restèrent inondés de larmes.— Nous allons les ramener, dit Jacques d’une voix grave.— Je vous le jure sur ma vie.Une mère lui attra
La grotte était froide.Trop froide pour un lieu où brûlaient des flammes noires.Marcelin avançait lentement, son bras arraché encore bandé d’un tissu sombre imprégné de magie pour empêcher l’hémorragie.Derrière lui, ses sorciers, blessés, haletants, marchaient à pas lourds.Certains boitaient.D’autres saignaient encore.Mais tous avaient la même expression :la rage d’avoir perdu.Marcelin tourna la tête vers eux.— Nous avons échoué… parce que nous n’étions pas prêts.— Les Sept Lunes ont réveillé un pouvoir ancien… bien plus ancien que nous.Il appuya sa main valide contre le mur rocheux.Une rune apparut, rouge sang.Le mur s’ouvrit.Une vague de chaleur noire jaillit.Les sorciers frémirent.— C’est elle… murmura l’un d’eux.--- La Déesse du Sang-NoirIls entrèrent dans la salle sacrée.Au centre, un bassin de liquide rouge pulsait, comme un cœur vivant.Autour, des colonnes de pierre brisées portaient des inscriptions interdites.Et là, au-dessus du bassin, une silhouette fé
Le silence était devenu si lourd qu’on aurait pu l’entendre tomber.Au centre du sanctuaire secret, les sept cercles tracés par Grec brûlaient d’une lueur dorée, comme si la pierre se souvenait soudain de quelque chose d’ancien, de sacré… et de dangereux.Grec, debout au milieu, terminait la dernière incantation.Sa voix tremblait légèrement :— Esprits Ancestraux… revenez. Rejoignez vos Lunes. Vos héritiers sont prêts.Un vent froid souffla dans la salle.Puis un vent chaud.Puis une énergie indescriptible envahit l’air.Les sept enfants se dressèrent, parfaitement immobiles.Une lueur monta sous leurs pieds.Leurs silhouettes devinrent floues, comme si deux êtres — un visible et un invisible — s’emboîtaient lentement.C’était la fusion ancestrale.--- Jacques — Fils du Vent et du Feu, Visionnaire SacréLune : Lune de ClartéLe cercle de Jacques s’illumina d’or et d’un bleu flamboyant.L’Esprit ancestral qui s’incarnait en lui était un ancien guerrier-météorologue, maître du vent et
Chez les SorciersL’antre des sorciers était enterré sous une colline, éclairé par des torches vertes qui projetaient des ombres monstrueuses sur les murs de pierre.Marcelin, leur chef suprême, un vieil homme à la peau ridée comme une écorce brûlée, avançait d’un pas lent mais autoritaire.Ses yeux rouges brillaient comme deux braises.— Malick ! appela-t-il d’une voix glaciale.Son adjoint s’inclina immédiatement.— Oui Maître Marcelin.— As-tu fait ce que je t’ai ordonné ? demanda le vieux sorcier, les mains derrière le dos.Malick hocha la tête.— Oui Maître. Et mieux encore…J’ai ordonné aux loups noirs d’hurler dans la forêt.Ils penseront que nous sommes cachés là-bas.Un sourire se dessina sur les lèvres de Marcelin, un sourire qui n’avait rien d’humain.— Bien. Très bien…Alors notre plan peut commencer.Ils ne se doutent de rien.Les Sept Lunes… ne comprennent pas encore qu’ils ne sont que des enfants.Et un enfant, ça se manipule.Il leva la main, et les torches devinrent s







