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Chapitre 4 – Le collier d'acier

Author: Déesse
last update publish date: 2026-06-04 06:20:44

Maya

Sa maison est immense, une façade haussmannienne avec des fenêtres hautes comme des portes d'église, des balcons en fer forgé, un digicode avec des chiffres qui brillent dans la lumière grise du soir, et je sonne avec un doigt qui tremble.

Une femme de ménage m'ouvre, une femme brune sans âge, en uniforme gris, elle ne me demande pas qui je suis, elle ne me demande pas ce que je viens faire ici, elle me fait entrer comme si elle m'attendait depuis toujours.

Le salon est blanc, lumineux, froid, avec un canapé beige qui ressemble à ceux des magazines de décoration, une table basse en verre tellement propre qu'on dirait qu'elle n'a jamais servi, aucune photo sur les murs, aucun livre sur les étagères, aucun bibelot sur les meubles, rien qui ressemble à une vie, rien qui montre que quelqu'un vit ici, juste de l'espace et du silence et une propreté chirurgicale.

Victoria arrive en bas de l'escalier, elle porte un peignoir de soie noire qui lui arrive aux mollets, ses pieds sont nus sur le parquet, ses cheveux sont détachés, ils tombent sur ses épaules en vagues brunes, et elle a l'air plus jeune comme ça, moins menaçante, presque vulnérable.

— Suivez-moi, dit-elle, et elle tourne les talons sans attendre de voir si je la suis.

La chambre de Victoria est au premier étage, une porte blanche, une poignée en cuivre, et à l'intérieur, un lit immense avec des draps gris foncé, pas de tête de lit, juste le matelas et les draps, comme un cube de nuit posé sur le parquet, et une fenêtre qui donne sur un jardin intérieur où je devine des arbres nus.

— Mettez-vous à genoux, dit-elle en s'asseyant sur le bord du lit, et sa voix n'est plus celle du bureau, elle est plus douce, plus calme, mais plus impérieuse aussi.

Je m'agenouille sur le parquet, il est dur, froid, et je sens chaque latte sous mes genoux, chaque interstice, chaque défaut du bois.

Victoria ouvre un petit écrin posé sur la table de nuit, un écrin en velours grenat, et à l'intérieur, il y a un collier, pas une chaîne fine, pas un bijou de fantaisie, un collier d'acier, un anneau rigide et épais avec une plaque métallique soudée dessus.

— KANE, lis-je à voix haute, et les lettres semblent brûler dans l'air.

— Oui, dit Victoria, vous porterez ce collier jour et nuit, vous ne l'enlèverez jamais, sous aucun prétexte, pas pour la douche, pas pour dormir, pas pour un examen médical, pas pour une radiographie, il restera à votre cou jusqu'à la fin du contrat, même si vous avez mal, même si ça gratte, même si quelqu'un vous pose des questions.

— Et si on me le demande ? dis-je, et ma main monte déjà vers ma gorge, comme pour protéger une peau qui n'a encore jamais porté de métal.

— Vous direz que c'est un héritage familial, répond Victoria, personne n'insistera, les gens ne veulent pas savoir la vérité, ils veulent une histoire qui les rassure, alors donnez-leur une histoire.

Elle sort le collier de l'écrin, l'acier luit sous la lumière de la fenêtre, froid et bleu comme un scalpel, et elle dit : 

— Approchez-vous.

Je fais un pas sur mes genoux, le parquet racle ma peau, et je me rapproche d'elle, si proche que je sens son parfum, la vanille et le cuir, une odeur chaude et dure à la fois, une odeur qui devrait m'apaiser mais qui me terrifie parce qu'elle sent le pouvoir.

— Relevez les cheveux, ordonne Victoria.

Je les relève d'une main tremblante, ma nuque apparaît, nue, vulnérable, et je n'aime pas ça, je n'aime pas qu'on touche ma nuque, je n'aime pas qu'on la voie, c'est l'endroit le plus intime de mon corps, plus intime que mes seins, plus intime que mon ventre, plus intime que tout.

Victoria passe le collier autour de mon cou, l'acier est froid, très froid, il me glace la peau, et il se ferme avec un petit clic, un bruit minuscule, définitif, et soudain, le métal est contre ma chair, je sens son poids, pas lourd, juste présent, juste là, tout le temps.

— C'est fait, dit-elle, vous m'appartenez maintenant, pas votre corps, pas votre âme, pas votre esprit, mais votre soumission, à partir de cet instant, vous êtes ma propriété contractuelle, mon bien, ma chose, jusqu'à la fin du contrat.

— Je comprends, madame, dis-je, et ma voix est étrangement calme, comme si une partie de moi avait accepté avant que le reste ne comprenne.

— Vous ne comprenez pas encore, dit Victoria, mais vous comprendrez, avec le temps, avec les nuits, avec les ordres, avec les silences, vous comprendrez ce que ça veut dire d'appartenir à quelqu'un.

Elle pose un doigt sous mon menton, son index est chaud, sec, ferme, elle me force à lever la tête, et nos regards se croisent, ses yeux gris dans les miens, et elle dit : 

— Je vais vous demander des choses que vous n'avez jamais faites, je vais vous emmener dans des endroits que vous n'avez jamais vus, de votre corps je vais tout savoir, vos limites je vais les repousser, et vous allez aimer ça, pas tout de suite, pas maintenant, mais à la fin, à la fin vous me remercierez.

— Et si je n'aime pas ? dis-je, et ma voix est un souffle, presque rien.

— Vous n'aurez pas le choix, dit-elle, c'est ça, le contrat, c'est ça que vous avez signé, c'est ça que vous avez écrit « je consens » à quinze reprises, l'absence de choix, l'absence de recours, l'absence de fuite.

Elle retire son doigt, je reste à genoux, le collier autour du cou, le froid du métal contre ma peau chaude, et je sens les battements de mon cœur dans l'acier, comme si le collier était vivant, comme s'il avait son propre pouls.

Victoria se lève, elle enlève son peignoir d'un geste lent, délibéré, et elle est nue en dessous, son corps est mince, presque dur, pas de rondeurs, des muscles longs, des seins petits et fermes, et je détourne le regard, je ne veux pas voir, je ne veux pas désirer, je ne veux pas avoir envie de ce que je ne peux pas avoir.

— Vous allez dormir ici, dit-elle en désignant le pied du lit, du bout de son pied nu.

— Par terre ? dis-je, et ma voix est plus haute que d'habitude.

— Par terre, confirme-t-elle, nu, c'est la première nuit de votre disponibilité totale, vous commencez maintenant, vous dormirez par terre, nue, jusqu'à ce que je décide autrement.

Elle éteint la lumière, la pièce plonge dans le noir, un noir complet, un noir qui avale tout, et je l'entends se glisser sous les draps, le froissement du coton, le soupir de son corps dans le matelas.

— Déshabillez-vous, Maya, dit-elle dans l'obscurité, et allongez-vous, sans bruit, sans attendre.

Je me déshabille dans le noir, mes mains tremblent, mes doigts peinent sur les boutons de mon chemisier, sur la fermeture de mon jean, sur l'attache de mon soutien-gorge, mes vêtements tombent un par un sur le parquet, et je reste nue, à genoux, le collier autour du cou, offerte à l'obscurité, offerte à elle.

— Allongée, répète Victoria, et sa voix vient de nulle part et de partout à la fois.

Je m'allonge sur le parquet, il est dur, froid, mes hanches touchent le bois, mes omoplates aussi, mes talons, ma nuque, tout mon corps est une surface de contact avec le froid, et je n'ai pas de couverture, pas d'oreiller, pas de chaleur, rien que ma peau nue et l'acier autour de mon cou.

— Bonne nuit, Maya, dit Victoria, et sa voix est presque douce.

— Bonne nuit, madame, dis-je.

Je ferme les yeux, le collier est froid contre ma gorge, la nuit est silencieuse, si silencieuse que j'entends mon propre sang circuler dans mes oreilles, et je pense à ma mère, à l'hôpital, aux infirmières qui la lavent le matin, je pense aux dix mille euros, au premier versement qui arrivera dans une semaine, je pense à Victoria, nue sous ses draps blancs, à deux mètres de moi, et je ne dors pas, je ne dors pas, je ne dors pas.

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