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Chapitre 7 – Le réveil en bouche 2

Author: Déesse
last update publish date: 2026-06-08 23:37:50

Victoria ouvre le robinet de la douche, l'eau coule avec un bruit de cascade lointaine, et elle se tourne vers moi, ses yeux gris qui me détaillent de la tête aux pieds, qui s'attardent sur mes hanches, sur mes seins, sur le triangle de poils entre mes cuisses, et elle dit :

— Mais avant la douche, il y a autre chose, quelque chose que tu dois voir, quelque chose que tu dois comprendre, viens avec moi.

Elle me prend par le poignet, ses doigts sont fermes autour de mes os fins, et elle me conduit devant le grand miroir au-dessus du lavabo, un miroir qui occupe tout le mur, qui reflète la pièce entière, qui nous reflète toutes les deux, elle en peignoir de soie noire, moi nue avec le collier d'acier autour du cou, et le contraste est si violent que je détourne les yeux.

— Regarde-toi, ordonne-t-elle, et sa main attrape mon menton, le force à se relever, le force à faire face à mon propre reflet, regarde-toi, Maya, regarde ce que tu es devenue en une seule nuit, regarde la femme qui a signé un contrat, qui a dormi par terre, qui a ouvert la bouche pour mes doigts, regarde-la dans les yeux et dis-moi ce que tu vois.

Je regarde, et ce que je vois me fait peur.

Je vois une fille de vingt-trois ans qui n'a plus rien à perdre, une fille aux yeux cernés et aux cheveux emmêlés, une fille dont les lèvres sont encore gonflées par le passage des doigts de Victoria, une fille dont la peau porte les marques rouges du parquet sur les hanches et les omoplates, une fille qui a un collier d'acier autour du cou avec le nom d'une autre gravé dessus, une fille qui n'est plus tout à fait une fille, qui est devenue quelque chose entre la femme et l'objet, entre la personne et la propriété.

— Je vois quelqu'un qui a peur, dis-je, et ma voix est minuscule.

— Quoi d'autre ? demande Victoria, sa main toujours sur mon menton.

— Quelqu'un qui ne sait pas ce qu'elle fait, qui ne sait pas où elle va, qui ne sait plus qui elle est.

— Quoi d'autre ? insiste-t-elle, et ses doigts se resserrent légèrement.

— Quelqu'un qui... quelqu'un qui veut que vous soyez fière d'elle, dis-je, et les mots sortent avant que je puisse les arrêter, avant que je puisse les comprendre, avant que je puisse les regretter.

Victoria sourit, ce même sourire de prédateur qu'elle a eu dans son bureau, ce sourire qui dit j'ai gagné, j'ai toujours gagné, je gagnerai toujours, et elle lâche mon menton.

— C'est la première chose vraie que tu dis depuis ton réveil, Maya, dit-elle, tu veux que je sois fière de toi, et c'est bien, c'est très bien, parce que la fierté se mérite, et tu n'as encore rien fait pour la mériter.

Elle recule d'un pas, elle croise les bras sur sa poitrine, et elle dit :

— À genoux, face au miroir, les mains sur les cuisses, le dos droit, les yeux dans les yeux de ton reflet.

Je m'exécute, le carrelage est encore plus froid que le parquet, mes genoux protestent, mais je ne dis rien, je m'agenouille face à mon reflet, les mains à plat sur mes cuisses, le dos droit comme une corde tendue, les yeux fixés sur cette inconnue dans le miroir qui fait exactement les mêmes gestes que moi mais qui semble vivre dans un monde parallèle où tout est inversé.

— Maintenant, dit Victoria en s'approchant derrière moi, son reflet apparaît dans le miroir juste au-dessus du mien, immense et sombre comme une statue de déesse antique, maintenant tu vas supplier, tu vas supplier ton reflet de te pardonner, tu vas lui demander pardon pour tout ce que tu vas faire, pour tout ce que tu vas accepter, pour tout ce que tu vas aimer.

— Pardon pour quoi ? dis-je, et ma voix tremble.

— Pour avoir signé, dit Victoria, pour avoir cédé, pour avoir vendu ton corps et ton silence et ta liberté, pour avoir échangé ta dignité contre dix mille euros par mois, pour avoir choisi l'argent plutôt que l'honneur, pour être devenue ma chose, mon bien, ma propriété, et pour avoir aimé ça, pour avoir aimé mes doigts dans ta bouche, pour avoir aimé dormir contre moi, pour avoir aimé le poids de mon collier autour de ton cou.

Les mots frappent comme des coups de poing, chaque syllabe est une pierre qu'elle jette dans le lac de mon silence, et les rides s'élargissent, touchent les bords de ma conscience, et je sens mes yeux se remplir d'eau, pas des larmes de tristesse mais des larmes de honte, une honte brûlante qui monte de ma poitrine et qui se répand dans ma gorge comme de la lave.

— Supplie, ordonne Victoria, et sa voix est dure, tranchante comme une lame.

Je regarde mon reflet, cette fille aux yeux trop grands, aux lèvres trop gonflées, au collier trop serré, et j'ouvre la bouche.

— Pardon, dis-je, et ma voix se brise sur la première syllabe.

— Plus fort, dit Victoria, je n'entends rien.

— Pardon, dis-je plus fort, pardon d'avoir signé, pardon d'avoir cédé, pardon d'avoir vendu mon corps et mon silence et ma liberté.

— Continue, dit-elle.

— Pardon d'avoir échangé ma dignité contre dix mille euros, pardon d'avoir choisi l'argent plutôt que l'honneur, pardon d'être devenue votre chose, votre bien, votre propriété.

Ma voix monte, devient presque un cri, et les larmes coulent maintenant, elles tracent des sillons chauds sur mes joues froides, elles tombent sur mes seins, sur mes cuisses, sur le carrelage, et je ne les essuie pas parce que je n'ai pas la permission, parce que je n'ai plus de permission du tout, parce que je ne suis plus qu'une bouche qui demande pardon et des yeux qui pleurent.

— Et la dernière partie, dit Victoria, la partie la plus importante.

— Pardon d'avoir aimé ça, dis-je dans un sanglot, pardon d'avoir aimé vos doigts dans ma bouche, pardon d'avoir aimé dormir contre vous, pardon d'avoir aimé le poids de votre collier autour de mon cou, pardon d'avoir aimé tout ça, pardon de l'aimer encore, pardon de vouloir que ça continue.

Le silence qui suit est plus lourd que tous les mots, plus dense que toutes les pierres, et dans le miroir, je vois Victoria qui pose une main sur mon épaule, une main chaude et ferme qui contraste avec la froideur du carrelage et de l'acier.

— C'est bien, dit-elle doucement, très doucement, tu as réussi ta première vraie supplique, tu as regardé ta honte en face et tu l'as nommée, c'est le premier pas, le plus difficile, le plus important.

Sa main glisse de mon épaule à ma nuque, ses doigts trouvent le collier, le touchent, le caressent presque, et elle dit :

— Maintenant, la douche, tu as gagné le droit de te laver, tu as gagné le droit de sentir l'eau chaude sur ta peau, tu as gagné le droit de recommencer à zéro, au moins pour aujourd'hui, au moins jusqu'à ce soir.

Elle m'aide à me relever, ses mains sous mes aisselles comme on relève un enfant qui est tombé, et je titube un peu, mes jambes sont engourdies par le carrelage et par l'émotion, et elle me tient, elle me soutient, elle ne me lâche pas.

— Dans la douche, dit-elle en ouvrant la porte vitrée, entre, je te rejoins, aujourd'hui je te lave, aujourd'hui je te regarde, aujourd'hui tu n'as pas le droit de jouir.

Je hoche la tête, j'entre dans la douche, l'eau coule sur mon visage, se mêle à mes larmes, les efface comme si elles n'avaient jamais existé, et j'attends Victoria, j'attends ses mains, j'attends ses ordres, j'attends la suite de cette journée qui n'en finit pas de commencer.

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