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CHAPITRE 2 — Ren

ผู้เขียน: Lily
last update วันที่เผยแพร่: 2026-07-04 15:27:32

Il l'avait su avant même qu'elle franchisse la porte.

Pas avec certitude, pas d'abord — juste une sensation absurde en lisant le nom sur la liste des nouveaux engagés, *Elowen Ashby, de Brenmoor*, un nom qui n'aurait dû rien lui dire du tout et qui pourtant avait fait quelque chose dans sa poitrine, quelque chose qu'il n'avait pas ressenti depuis dix ans et qu'il avait espéré, sincèrement espéré, ne plus jamais ressentir.

Il s'était dit que c'était ridicule. Un nom, une coïncidence. Il avait failli ne pas descendre à la salle des registres ce matin-là.

Il y était descendu quand même.

Et en la voyant — cette façon de se tenir bien droite même seule dans une pièce vide, ce geste de la main gauche venant soutenir le poignet droit avant même de tremper la plume, ce détail minuscule que personne d'autre au monde n'aurait remarqué — il avait su. Pas soupçonné. *Su*, avec une certitude glaciale qui lui avait vrillé les côtes plus fort qu'aucun coup reçu à l'entraînement.

Ysaline Verel se tenait dans sa salle des registres, sous un faux nom, et faisait comme si dix années ne venaient pas de s'effondrer d'un coup entre eux.

Il avait failli le dire. Là, tout de suite, dans le silence qui avait suivi sa remarque sur la plume — il avait vu quelque chose passer dans ses yeux, une seconde de panique parfaitement maîtrisée, et il avait su qu'un seul mot de plus l'aurait fait s'effondrer. *Ysaline. Je sais que c'est toi.*

Il ne l'avait pas dit.

Il retourna à ses quartiers en repassant dans sa tête, pour la centième fois en une heure, les raisons qu'il se donnait de ne pas l'avoir fait. Ce n'était pas de la lâcheté, se dit-il en retirant son armure d'entraînement avec des gestes plus brusques que nécessaire. C'était de la stratégie. S'il la démasquait maintenant, elle aurait deux choix : mentir encore plus profondément, ou fuir. Et elle fuyait bien, Ysaline — elle avait fui une fois déjà, sans un regard en arrière, sans une lettre, sans une explication en dix ans, alors qu'il l'avait attendue comme un imbécile pendant des mois avant de comprendre qu'elle ne reviendrait pas.

Non. Cette fois, il ne lui laisserait pas le choix de partir.

C'était cette pensée-là, précisément, qui aurait dû l'inquiéter davantage qu'elle ne le fit.

Il se surprit, en s'asseyant à son bureau pour étudier les nouveaux quartiers du personnel, à déplacer délibérément le nom d'*Elowen Ashby* de la liste des logements du bâtiment des scribes vers celui de l'aile est — juste sous ses propres fenêtres. Officiellement, pour la commodité du service. Officiellement, parce qu'un commandant avait besoin d'un accès rapide à son scribe.

Il savait très bien que ce n'était pas la vraie raison, et il choisit, avec la même discipline froide qu'il appliquait à tout le reste de sa vie, de ne pas s'y attarder.

*Elle est revenue*, se répéta-t-il, comme pour tester la solidité de la phrase. *Elle est revenue, et cette fois, je saurai pourquoi avant qu'elle reparte. Si elle repart.*

Il n'avait pas dit *si*. Il s'en rendit compte trop tard, le mot déjà posé dans son esprit comme une décision prise sans qu'il l'ait vraiment votée.

---

Le soir même, Maël le trouva encore penché sur les registres du domaine, une chandelle presque consumée, l'air d'un homme qui cherchait quelque chose qu'il ne voulait pas nommer.

— Tu as l'air d'un homme qui a vu un fantôme, dit Maël en s'appuyant contre le chambranle, cette familiarité que seuls dix ans d'amitié permettaient encore face au commandant le plus craint de la garnison.

— Pas un fantôme, dit Ren sans lever les yeux. Quelque chose de bien plus compliqué à gérer.

— C'est en rapport avec la nouvelle scribe ?

Ren releva enfin la tête. Maël avait toujours eu ce talent agaçant de voir clair avant tout le monde.

— Elle s'appelle Elowen Ashby, dit Ren, d'un ton qui ne laissait aucune place à la discussion.

Maël le regarda un long moment, puis hocha lentement la tête, comme on accepte de jouer un rôle qu'on n'a pas choisi.

— Bien sûr, dit-il. Elowen Ashby.

Il ne posa pas d'autre question. Mais en sortant, il jeta un dernier regard à Ren — ce même regard, songea Ren avec une pointe d'agacement, qu'on adresse à un homme qu'on voit se préparer à commettre une erreur magnifique et irréversible.

Ren n'y prêta pas attention. Il rouvrit le registre des affectations, trempa sa plume, et commença à rédiger la liste des tâches qu'il assignerait le lendemain à Mademoiselle Ashby — des tâches qui, par un pur hasard de planification, la garderaient à moins de vingt pas de lui pour les trois prochaines semaines.

Il se dit que c'était pour la surveiller.

Une part de lui, la part qu'il refusait encore d'écouter, savait que c'était surtout pour ne plus jamais avoir à se réveiller en se demandant où elle se trouvait, et si, cette fois encore, elle avait disparu pendant la nuit.

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