เข้าสู่ระบบLe rapport du garde de la tour nord atterrit sur son bureau en fin de matinée, et Ren faillit ne pas y prêter attention — un simple compte-rendu de routine, comme il en recevait cent par semaine.
Sauf qu'une ligne, tout en bas, le fit s'arrêter net.
La scribe Ashby a demandé à consulter les registres de livraison, en sus de l'inventaire des armes. A pris des notes que je n'ai pas jugé utile de consigner en détail.
Il relut la phrase trois fois.
Un simple inventaire d'armes ne nécessitait pas de consulter les registres de livraison. Aucun scribe consciencieux n'aurait eu cette idée — sauf un scribe qui cherchait quelque chose de très précis, et qui savait exactement où chercher.
Ren posa le rapport, s'adossa à son fauteuil, et sentit quelque chose qui ressemblait presque à de l'admiration se glisser, contre sa volonté, entre l'inquiétude et l'agacement.
Elle enquête.
Cela n'aurait pas dû le surprendre. Ysaline avait toujours eu cet esprit-là, même enfant — cette façon de voir un mur et d'en chercher aussitôt la faille, cette patience redoutable pour assembler des fragments que personne d'autre n'aurait même remarqués. Il se souvenait d'elle à quatorze ans, démontant méthodiquement un mensonge de son propre père devant toute la maisonnée, avec trois phrases et un registre mal tenu comme seules armes.
Il se demanda, un instant, ce qu'elle avait trouvé dans ces registres de livraison. Puis il se demanda, avec un froid soudain qui n'avait rien à voir avec l'admiration, contre qui elle comptait s'en servir — et si ce quelqu'un faisait partie de sa propre garnison.
Corentin Vale le trouva encore penché sur le rapport, une heure plus tard.
— Tu as l'air préoccupé, Commandant, dit-il en s'installant sans y être invité, cette familiarité de capitaine ambitieux qui n'avait jamais vraiment su où s'arrêtait le respect de la hiérarchie.
— Les affaires de la garnison, dit Ren, sans lever les yeux.
— On me dit que la nouvelle scribe fouine dans les registres de livraison de la tour nord. dit Corentin, d'un ton qu'il voulait léger et qui ne l'était pas tout à fait. Curieux, pour une simple tenue de comptes.
Ren releva la tête, lentement, et laissa peser sur Corentin un silence qu'il savait parfaitement calculé pour être inconfortable.
— Elle fait son travail, dit-il enfin. Est-ce que quelque chose dans ces registres t'inquiète particulièrement, Capitaine ?
Il avait posé la question d'un ton neutre, presque distrait. Mais il observa, avec cette attention qu'il réservait d'ordinaire aux ennemis sur un champ de bataille, la fraction de seconde où quelque chose se crispa dans la mâchoire de Corentin avant que le sourire ne revienne, trop vite, trop lisse.
— Absolument rien, Commandant. Simple curiosité.
Après son départ, Ren resta longtemps immobile, la certitude s'installant en lui comme une lame froide contre la nuque : Corentin avait réagi. Pas beaucoup. Mais assez.
Elle a trouvé quelque chose de réel, pensa-t-il. Et elle ne me le dira pas — pas tant qu'elle croit encore que je ne suis rien de plus qu'un obstacle à contourner.
Il aurait pu la convoquer, exiger des réponses avec toute l'autorité que lui conférait son rang. Une part de lui — la part la plus ancienne, la plus lasse, celle qui se souvenait d'un garçon abandonné une nuit sans un mot d'explication — en mourait d'envie.
Il ne le fit pas.
Parce qu'il avait compris, en la regardant lui tenir tête la veille avec cette langue affûtée et ce regard qui ne cillait pas, qu'exiger ne fonctionnerait jamais avec elle. Ysaline Verel ne se laissait pas commander. Elle se laissait, tout au plus, accompagner — et encore, seulement si elle décidait elle-même que c'était son idée.
Très bien, se dit-il, avec cette détermination froide qu'il appliquait d'ordinaire à ses batailles. Je ne la forcerai pas à parler. Je resterai simplement assez proche pour qu'elle n'ait jamais à affronter ce qu'elle trouvera, seule.
Il rouvrit son registre des affectations et, la plume à la main, entreprit de réorganiser une fois de plus le planning de la semaine — de sorte que chaque tâche confiée à Mademoiselle Ashby, désormais, passe d'abord entre ses propres mains à lui, sous un prétexte ou un autre.
Il ne se demanda même plus, cette fois, s'il agissait par stratégie ou par un besoin bien plus simple, bien plus vieux, de ne jamais la laisser affronter quoi que ce soit seule.
Les deux raisons, songea-t-il en scellant le document, revenaient de toute façon au même.
Elles chevauchèrent en silence une bonne partie du chemin du retour, chacune digérant à sa manière l'ampleur de ce qu'elles venaient d'apprendre.— Une trahison envers le royaume tout entier, dit enfin Ysaline, rompant le silence. Pas simplement une vengeance contre notre famille. C'est bien plus grand que ce que nous imaginions.— Et bien plus dangereux, dit Liora. Un homme qui trahit son propre pays par rancœur ne reculera devant rien pour protéger un secret de cette ampleur.Elles arrivèrent à Fenmarch à la tombée de la nuit, et trouvèrent Ren les attendant dans la cour, visiblement soulagé de les voir revenir saines et sauves, mais l'inquiétude encore lisible sur son visage.— Alors ? demanda-t-il, sans même attendre qu'elles aient mis pied à terre.— Vaine trahit le royaume, dit Ysaline, une fois à l'intérieur, dans le bureau où Corentin les rejoignit rapidement. Il s'est allié avec le pays voisin par rancœur, à cause de terres perdues à la frontière est, il y a des années. La Co
Le domaine de la Comtesse Elvane se trouvait à une journée de cheval de Fenmarch, un manoir plus modeste que dans les souvenirs de Liora, mais tout aussi chargé de cette élégance étudiée qui caractérisait chaque détail de la vie de la Comtesse.Elles s'étaient présentées sous une identité soigneusement construite — deux nobles dames de province, cousines éloignées d'une famille tombée en disgrâce mais cherchant à se rétablir dans les bonnes grâces de la cour, une histoire assez proche de la vérité pour être racontée avec conviction, assez éloignée pour ne réveiller aucun soupçon.— Mesdames, dit la Comtesse en les accueillant dans son salon, un sourire poli mais évaluateur sur les lèvres. Quel plaisir de recevoir de nouvelles visiteuses. On me dit si peu de choses, ici, loin de la capitale.— C'est précisément ce que nous espérions, dit Liora, avec un sourire qu'elle sentait remonter d'un lieu ancien en elle, une habileté sociale qu'elle croyait avoir perdue depuis dix ans passés loin
Ysaline trouva sa sœur, deux jours après son arrivée à Fenmarch, penchée avec une attention inattendue sur les copies de registres étalées dans le bureau qu'on lui avait laissé.— Tu n'es pas obligée de t'y intéresser, dit-elle, en s'approchant. Tu as bien assez enduré sans qu'on t'ajoute nos batailles sur les épaules.— C'est déjà ma bataille, dit Liora, sans lever les yeux du document qu'elle étudiait. Vaine a détruit notre famille avant de détruire quoi que ce soit d'autre. Je ne compte pas rester à l'écart pendant que d'autres se battent pour moi.Elle désigna une ligne du registre, le doigt appuyé fermement sur un nom qu'Ysaline n'avait pas remarqué jusque-là.— Ce nom, dit Liora. La Comtesse Elvane. Je l'ai rencontrée plusieurs fois, avant la chute de notre famille — elle recevait souvent Lord Vaine dans son salon, à une époque où je ne comprenais pas encore ce que cela signifiait vraiment. Si elle figure dans ces registres comme intermédiaire de paiement, ce n'est probablement
Ils décidèrent, dans les jours qui suivirent, de faire ramener Liora à Fenmarch plutôt que de la laisser exposée plus longtemps au couvent, aussi discret celui-ci fût-il devenu depuis l'incident. Maël partit lui-même avec une petite escorte de confiance, sous couvert d'une mission de ravitaillement, pour ne pas attirer l'attention sur le véritable objectif du voyage.En son absence, Ren consacra ses journées à surveiller Brasten d'un œil et à assembler, avec Ysaline, les pièces éparses de leur dossier contre Vaine — un travail lent, méthodique, qui avançait par fragments minuscules, chaque preuve arrachée à des registres poussiéreux ou des rumeurs prudentes.Ce fut au marché de la ville basse, où Ren s'était rendu en personne pour évaluer discrètement les réserves de la garnison, qu'il entendit pour la première fois la rumeur.— On dit que le Prince va enfin rentrer, disait un marchand de tissus à son voisin, sans se douter que le commandant de la garnison se trouvait à portée de voix
La lettre tremblait encore entre ses doigts quand Ren la lui prit doucement des mains pour la relire lui-même, son visage se fermant à mesure qu'il en assimilait le contenu.Ton silence sera pris pour une réponse, Capitaine. Le couvent de Sainte-Aubine n'est pas aussi hors d'atteinte que tu sembles le croire.— Il bluffe peut-être, dit Ren, sans grande conviction.— Non, dit Corentin, la voix rauque. Vaine ne menace jamais sans avoir déjà les moyens d'agir. S'il dit qu'il sait où est le couvent, c'est qu'il a déjà des hommes prêts à s'y rendre.Ysaline pâlit, portant une main à sa bouche.— Nous devons envoyer quelqu'un la protéger, dit-elle, immédiatement. Maintenant, avant qu'il ne soit trop tard.— Trois jours de cheval, dit Ren, la voix tendue par le calcul rapide qu'il effectuait déjà. Même en partant à l'instant, même au galop, nous ne serions pas certains d'arriver avant ses hommes, s'ils sont déjà en route.Corentin sentit une vieille terreur remonter en lui, familière et pour
Ils décidèrent, après une nuit de discussion tendue, de laisser le message de Brasten poursuivre son chemin, légèrement modifié par les soins habiles de Maël — assez pour brouiller la piste de Corentin sans éveiller les soupçons de l'espion sur le fait que sa correspondance avait été interceptée.— Un délai, dit Ren, en refermant la porte de son bureau derrière eux tous. C'est tout ce que nous pouvons espérer gagner. Assez de temps pour rassembler des preuves solides avant que Vaine ne décide quoi faire de Corentin.— Alors utilisons ce temps, dit Ysaline, en étalant sur la table les copies des registres qu'elle avait rapportés de la tour nord, des mois plus tôt maintenant, il lui semblait, tant de choses avaient changé depuis.Elle avait passé la matinée à recouper les dates de livraison avec les registres de solde de la garnison, cherchant le fil ténu qui relierait ce fournisseur d'armes suspect aux coffres personnels de Lord Vaine. Ce travail, méthodique et patient, était exactemen







