MasukIl y avait un calme inhabituel dans le domaine Desmond. Adrian resta assis dans sa chambre pendant de longues minutes, relisant une liste qu il avait rédigée sur un petit morceau de papier. Il avait déjà rayé plusieurs éléments, mais il restait encore une chose. Des livres sur la parentalité.
Il fixa ces mots et laissa échapper un long soupir. Jamais il ne s etait attendu à entrer un jour dans une librairie pour chercher des livres sur les bébés, la grossesse ou l éducation des enfants, mais il etait là, avec une liste contenant des sujets auxquels il pensait à peine auparavant. Il plia le papier et le glissa dans sa poche avant de se lever. Quelques minutes plus tard, Adrian entrait dans l une des plus grandes librairies de la ville. C etait un vaste endroit dont les murs étaient tapissés d étagères remplies de livres. Il s avança dans le magasin, les mains dans les poches, un peu embarrassé. Il s approcha d un employé. Excusez-moi, dit-il, où puis-je trouver des livres sur la parentalité ? L employé le regarda un instant avant de pointer le fond du magasin. Section famille et parentalité. Deuxième allée sur la gauche. Merci, répondit-il. Adrian marcha dans la direction indiquée par le jeune homme et s arrêta net. Des centaines de livres. Des livres sur la grossesse. Des livres sur les nouveau-nés. Des livres pour les pères. Des livres pour les nouveaux parents. Des livres sur l éducation des enfants. Il se frotta le front. Cela va prendre une éternité. Il ramassa le premier livre qu il vit, La première année de la parentalité. Il lut le résumé au dos avant de prendre le suivant, puis encore un autre. Comprendre votre bébé. Devenir père. Adrian fixa la couverture du troisième livre pendant un long moment. Le mot père lui semblait étrangement lourd. Il ne s etait jamais vraiment demandé quel genre de père il serait. Il s etait à peine autorisé à penser à avoir des enfants, mais désormais tout avait changé et il avait conscience qu il ne pouvait plus simplement ignorer l avenir. Il posa le livre dans son panier, puis un autre, et encore un autre rapidement. Les ouvrages commençaient à alourdir son panier. Une femme qui passait à côté de lui jeta un coup d œil à ses achats et lui sourit. Quelqu un se prépare à un grand changement, dit-elle d un ton léger. Adrian leva les yeux vers elle. Quelque chose comme ça. Elle sourit à nouveau avant de poursuivre son chemin. Adrian observa de nouveau les étagères et attrapa un livre intitulé Le guide du nouveau père pour se préparer, puis en lut le résumé. Il y etait question de canaliser ses émotions, d être présent pour la mère, d apprendre à prendre soin du bébé et de soutenir sa famille au cours des premiers mois. Il reposa lentement le livre dans son panier. Il y avait quelque chose d étrangement différent dans cette situation. Pour la première fois, une sensation inhabituelle s installa dans sa poitrine. Ce n etait pas seulement un sujet dont les gens parlaient. C etait une réalité à laquelle il devait se préparer. Il plaça le livre dans son panier. Quarante-cinq minutes plus tard, le panier etait rempli de livres sur la parentalité et Adrian se dirigea vers les caisses. Le caissier regarda les livres dans son panier puis leva les yeux vers lui. Vous allez avoir de la lecture sérieuse. Adrian eut un faible sourire. J ai besoin d apprendre. Le caissier hocha la tête. C est probablement un bon point de départ. Adrian paya les livres et les emporta vers la sortie. Dehors, le soleil de l après-midi brillait toujours et les gens déambulaient sur le trottoir. Alors qu Adrian s avançait sur le trottoir, un homme s approcha. Il se tenait dans la rue et l observait depuis quelques minutes avec un appareil photo. Alors qu Adrian s approchait de sa voiture, l homme leva l appareil et déclencha. Clic. Adrian s arrêta brièvement, confus, et regarda dans la direction du bruit. L homme abaissa immédiatement l appareil photo. Adrian fronça les sourcils. Pendant une seconde, il se demanda s il n avait pas eu une hallucination. Au lieu de cela, il ouvrit la portière et posa les livres à l intérieur. Clic. Une autre photo. Cette fois, l homme avait capturé Adrian marchant à côté de sa voiture luxueuse, les bras chargés de livres sur la parentalité. L homme baissa rapidement l appareil et fit un pas en arrière. Adrian regarda autour de lui, mais l individu avait déjà disparu. Il secoua la tête et monta dans le véhicule. À l intérieur, il contempla les livres posés à côté de lui et eut un léger sourire. Au moins, il avait réussi à accomplir ce pour quoi il etait venu. Il démarra le moteur et s éloigna. De l autre côté de la rue, l homme examinait déjà les clichés sur son appareil. Il regarda la photo d Adrian et sourit. Adrian Desmond, héritier de la fortune Desmond, debout devant une librairie les bras chargés de livres sur la parentalité. Cela devrait faire une histoire intéressante, dit-il à voix haute. Il rangea son appareil et s éloigna. À son insu, Adrian ne savait pas qu il avait été photographié. Il etait peu probable qu il sache un jour que son après-midi avait été observée par quelqu un, ou que son avenir ne serait plus aussi simple qu il l etait autrefois. De retour au domaine, Adrian porta les livres à l intérieur et les posa sur son bureau. Il contempla la pile de livres sur la parentalité un instant avant de prendre le premier. Il ouvrit l ouvrage et commença sa lecture. À l extérieur de sa chambre, la vie de la maison suivait son cours habituel. Personne ne savait qu Adrian avait été photographié. Personne ne savait que quelque part dans la ville, une image de lui etait en train d être étudiée. Et personne ne savait qu il ne faudrait pas longtemps avant que cette simple photo ne tombe entre de mauvaises mains. Il etait peu probable qu Adrian sache ce qui allait suivre. En tout cas, cela n avait absolument rien à voir avec lui. Pas le moins du monde.CherylL enveloppe n avait rien de special. C est pourquoi j y ai prete attention. Si vous cherchez des informations sur Elena, les indices les plus vitaux s annoncent rarement. Ils peuvent apparaître dans une base de donnees, un reçu oublie, ou une adresse anodine griffonnee sur le coin d une enveloppe professionnelle.Je me suis adossee a un dossier sur mon bureau. Bellflower. Voss Textiles. Dossiers de distribution. Factures. Rien d anormal. Rien qui suggererait ou chercher des informations sur Elena Marisol Voss. Pas avant les informations d expedition. L adresse n etait pas le cottage d Elena. Ce n etait pas non plus l adresse de Marisol. C etait un petit centre d affaires a Havenridge.Je me suis penchee en avant et j ai jete un coup d œil au nom associe au compte. Bellflower Design Studio. J ai verifie la date sur l enveloppe, puis un autre document avec la meme adresse mais une date differente. Puis un autre. Il etait assez clair qu Elena recevait de la correspondance professi
AdrianLa chambre de bebe etait prete. C etait bien cela le probleme. Elle etait entierement prete pour un enfant qui n y avait jamais mis les pieds. J etais debout sur le seuil de la porte ce soir-la, une main pressee contre le cadre, observant la piece. Le berceau etait place sous la fenetre. La petite couverture blanche pliee soigneusement a ses pieds. La petite robe que j avais achetee il y a des mois etait toujours placee dans la vitrine a l interieur. Sur le mur, la plaque en bois proclamait: Vous etes aimee.J avais pense a ces mots comme a la promesse la plus simple que je pouvais faire. Ce soir, cependant, ces mots ressemblaient a un poids. Je suis entre dans la piece. Elle etait silencieuse. Pas paisible, mais en attente. Je me suis approche du berceau et j ai pose ma main sur le rebord en bois. Pendant des mois, j avais imagine cette piece remplie de sons. Les pleurs d un enfant a deux heures du matin. De petits pas a mesure qu elle grandissait. Des rires. Elena me disant q
ElenaLe cottage etait exceptionnellement calme cet apres-midi-la. Marisol etait allee en ville pour acheter des commissions et les medicaments que le docteur Whitfield avait prescrits. On m avait ordonne de me reposer et je etais donc assise dans le salon avec une couverture sur les jambes et un verre d eau sur la table a cote de moi. Mon corps etait fatigue, mais pas mon esprit. Il n arretait pas de retourner a l hopital. Les moniteurs, les lumieres vives, le son du rythme cardiaque d Amara et Adrian. Surtout Adrian.Ses messages etaient toujours ouverts sur mon telephone. J aurais aime y etre moi aussi etait une phrase que j avais lue tant de fois que je pouvais presque imaginer sa voix me la lire. Il n y avait aucune exigence dans ses mots, ni aucune tentative de me faire culpabiliser pour que je reponde. Ils enonçaient simplement la verite, et cette verite etait difficile a ignorer. J ai pris mon telephone. Son nom etait tout en haut de mes messages recents. Je l ai fixe.L appel
ElenaLe matin est venu, calme. Je me suis reveillee au doux son de pas dans le couloir et au bip du moniteur a cote de mon lit. J ai oublie ou je me trouvais. Puis j ai vu le plafond de l hopital. La perfusion dans mon bras. Le moniteur enroule autour de mon ventre. Et Marisol endormie dans le fauteuil a cote de moi. Je me suis souvenue de tout. La peur. Le trajet. Les questions. La longue nuit a attendre chaque nouveau resultat.Ma main s est immediatement dirigee vers mon ventre. Bonjour. J ai entendu un doux mouvement en reponse. J ai souri. Tu es toujours la. Mais bien sur qu elle l est. J ai regarde vers la porte. Le docteur Whitfield etait la, une tablette a la main. Je me suis redressee legerement. Comment va-t-elle? Le docteur a souri. Elle va tres bien. Le souffle suivant qui est sorti de moi etait du soulagement.Vraiment? Vraiment. Son rythme cardiaque s est maintenu toute la nuit. Votre examen est rassurant et nous ne voyons pas de signes indiquant que vous avez commence
ElenaA dix heures ce soir-la, je etais convaincue que le pire de la journee etait derriere moi. J avais pris le medicament que le docteur Whitfield avait recommande, j avais bu plus d eau et j avais passe la soiree allongee sur le canape avec les pieds mesures élevés. Marisol n avait presque pas quitte mon regard pendant tout ce temps. Elle a fait de la soupe. Elle s est penchee au-dessus de moi toutes les vingt minutes. Elle a meme réagencé les coussins tout autour de moi comme si le bon ordre ou la bonne disposition allait d une certaine maniere garantir que rien d autre de grave ne se produirait. J ai apprecie cela. Plus que tu ne pourrais jamais le savoir.Tu as besoin de dormir, ai-je dit a Marisol. Toi aussi. C est ce que je fais! Tu fixes la meme partie du plafond depuis quinze minutes. J aime cette partie du plafond. Elle a leve les yeux au ciel. Elle le faisait toujours. J ai souri. Pour la premiere fois depuis le matin, j avais une lueur de normalite, le quotidien banal que
ElenaLa journee a commence normalement. C est ce qui a rendu la frayeur encore plus effrayante. Je me reveillais avant l aube presque chaque jour maintenant, une main sur le ventre. Je restais la pendant quelques secondes en regardant autour du cottage vide sous la douce couverture. Les oiseaux etaient occupes dehors et, quelque part plus loin, une voiture passait de temps en temps. J ai souri en reconnaissant cette sensation familiere sous ma main. Bonjour, petite fille. Il n y a pas eu de coup de pied en reponse.Je ne etais pas trop inquiete parce que ce n etait pas comme si Amara n avait pas un emploi du temps. Du moins, c etait ce que je me disais. Je me suis levee, j ai mis des vêtements confortables et j ai rejoint Marisol dans la cuisine qui preparait deja le petit-dejeuner. Tu as l air fatiguee, a-t-elle dit en m observant. Je le suis. Tu m as dit cela chaque jour cette semaine. Parce que je suis enceinte chaque jour cette semaine. Elle a ri doucement puis m a fait un sourir







