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La peur de le voir

Author: Arichiebella
last update publish date: 2026-09-21 22:22:37

Elena était assise sur le bord du lit, observant son téléphone. Le message quelle avait envoyé restait affiché sur lécran: Es tu à Havenridge? Elle ne sétait pas attendue à en arriver là, ni à être celle qui tenterait de réduire la distance quelle avait tant travaillé à créer entre Adrian et elle. Son cœur fit un bond lorsque le téléphone émit un signal sonore, mais une minute passa, puis une autre, puis dix, sans quaucun texte ne vienne. Elena posa lappareil à côté delle et se leva pour sapprocher de la fenêtre, où la ville paisible sétendait devant elle.

Quelques porches laissaient filtrer des lumières tamisées, le lac brillait au delà des arbres et plus loin encore, la route par laquelle Adrian était passé demeurait visible. Quelque part dans Havenridge, à seulement quelques rues de là, se trouvait lhomme à qui elle avait autrefois promis de passer sa vie. Cette simple pensée lui tordit lestomac en un nœud de chagrin. Elle posa une main contre la vitre froide et ferma les yeux. Pendant des mois, elle avait rêvé de ne plus jamais avoir à penser à lui. Maintenant quil était proche, elle découvrait que la distance navait jamais réellement effacé son amour.

Marisol apparut sur le seuil de la porte et remarqua immédiatement quelle ne dormait pas. Elle observa Elena quelques secondes avant de demander si cétait à cause du message. Elena hocha la tête, avouant dans un souffle à peine audible que la perspective de le voir la terrifiait. Marisol vint sasseoir à ses côtés et lui prit doucement la main pour la rassurer. Tu nes aucunement obligée de laffronter si tu ne ten sens pas capable. Elena serra ses doigts et regarda le sol. Je sais. Mais cest justement ça qui me fait peur.

Des larmes coulèrent sur les joues dElena lorsquelle détourna le visage, submergée par une vague démotions contradictoires. Elle laissa échapper un rire étouffé à travers ses sanglots, admettant à quel point il lui était douloureux de reconnaître la réalité de ses sentiments. Si seulement elle ne laimait plus, tout serait tellement plus simple. Elle pourrait lui dire de rester à lécart, lui annoncer quelle avait tourné la page ou quelle pouvait élever son bébé sans jamais se retourner. Mais la vérité était quelle navait jamais cessé de laimer, malgré toutes ses tentatives pour étouffer cet attachement.

Je laime encore, murmura t elle finalement. Les mots semblèrent lui arracher quelque chose au fond de la poitrine. Marisol ne répondit pas immédiatement. Elle se contenta de rester près delle, lui laissant le temps de pleurer. Elena essuya ses joues avec le dos de sa main. Je pensais que partir suffirait. Je pensais quen étant loin de lui, je finirais par ne plus rien ressentir. Mais ça na pas marché. Je peux vivre sans lui à mes côtés, mais je ne peux pas prétendre quil na jamais compté pour moi.

Elle baissa la tête, les épaules secouées par les frissons, tout en expliquant à Marisol combien elle avait essayé de se convaincre que la solitude et la souffrance passées suffisaient à justifier son départ. En quittant le domicile conjugal, elle sétait répété quelle choisissait sa propre survie et quelle devait cesser de se soucier de lui. Pourtant, les souvenirs persistaient avec une ténacité troublante. Elle se rappelait les moindres attentions du quotidien, comme cette façon silencieuse quil avait de poser sa tasse de café à côté de son ordinateur portable, exactement comme elle laimait, tout en prétendant ne rien avoir fait.

Elle se souvint de la manière dont il observait ses habitudes les plus triviales, la façon dont elle tenait son téléphone ou la posture quelle adoptait lorsquelle restait immobile pendant des heures. Il remarquait des choses quelle même oubliait parfois. Pourtant, ces moments de douceur seffacaient toujours lorsquil se replongeait corps et âme dans son travail, la laissant avec un sentiment de vide absolu. Le plus difficile avait été de lire dans son regard ce basculement total lorsque tout avait volé en éclats. Elle laimait profondément, mais elle sétait sentie terriblement seule à ses côtés. Cette dualité douloureuse existait encore aujourdhui.

Je ne regrette pas dêtre partie, dit Elena dune voix tremblante. Mais je regrette ce que nous sommes devenus. Marisol tourna légèrement la tête vers elle. Elena inspira profondément. Je regrette que nous soyons devenus de véritables étrangers. Je voulais quil me parle. Je voulais quil me demande ce qui nallait pas. Je voulais quil me dise quil avait peur lui aussi. Mais il sest enfermé dans son silence et moi, je me suis enfermée dans ma douleur. Nous nous sommes fait du mal sans même savoir comment arrêter.

Marisol lenlaça doucement. Tu n as pas à décider ce soir si tu dois lui pardonner, lui faire confiance ou accepter de le revoir. Elena ferma les yeux contre son épaule. Je sais. Mais une partie de moi veut savoir pourquoi il est venu. Une autre partie a peur de la réponse. Et il y a cette troisième partie de moi qui voudrait simplement courir jusquà lui. Elle eut un petit rire triste. Cest ridicule. Non, répondit Marisol. Ce nest pas ridicule. Cest humain.

Pendant ce temps, à lautre bout de la ville, Adrian fixait toujours le message dElena dans sa chambre dhôtel. Il avait relu ses quelques mots tellement de fois quil connaissait désormais chaque lettre par cœur. Il finit par taper une réponse simple et directe: Oui. Je suis à Havenridge. Après lavoir envoyée, il posa son téléphone sur la table de chevet, lesprit en ébullition. Moins dune minute plus tard, il le reprit, lorgnant un écran désespérément muet. Son doigt resta suspendu au dessus du clavier, mais il résista à la tentation denvoyer un second texte.

Il se leva et marcha jusquà la fenêtre qui offrait une vue dégagée sur les quelques lumières de la ville. Quelque part là dessous se trouvait Elena. Il se demanda si sa présence lirritait, si elle lui faisait peur ou si elle exigeait simplement des explications. Il se rappela la promesse quil sétait faite. Quoi quil arrive par la suite, il ne lui mentirait plus jamais. Il avait déjà perdu suffisamment de temps à cacher ses émotions derrière son travail, son silence et son orgueil. Il ne voulait plus recommencer.

Au cottage, le téléphone dElena vibra enfin. Elle le prit avec précaution, comme si la réponse pouvait lui brûler les doigts. Oui. Je suis à Havenridge. Elle fixa lécran sans respirer. Marisol observa attentivement son visage. Alors? demanda t elle doucement. Elena avala difficilement sa salive. Il est ici. Vraiment ici. Marisol se rapprocha delle. Veux tu que je lui demande de partir? Elena secoua lentement la tête.

Non. Mais je ne veux pas quil vienne jusquà moi non plus. Pas encore. Elle posa une main sur son ventre et sentit son bébé sagiter doucement sous ses doigts. Ce petit mouvement lui rappela quelle nétait plus seulement responsable delle même. Chaque décision quelle prendrait aurait une conséquence sur sa vie et sur celle de son enfant. Elle ne voulait pas prendre une décision dictée par la peur. Mais elle ne voulait pas non plus confondre lamour avec lobligation de retourner immédiatement dans une relation qui lavait autrefois fait souffrir.

Marisol la regarda avec tendresse. Alors tu as encore besoin de temps. Elena hocha la tête. Oui. Mais je crois que je suis fatiguée de fuir. Cette phrase resta suspendue entre elles. Elena regarda la fenêtre, puis son téléphone. Elle avait passé des mois à construire une vie dans laquelle Adrian ne pouvait pas entrer. Pourtant, elle venait elle même de lui ouvrir une petite porte en lui demandant sil était à Havenridge. Elle ne savait pas encore si elle voulait quil franchisse cette porte. Elle savait seulement quelle ne voulait plus faire semblant quelle nexistait pas.

Elle prit une profonde inspiration et sassit à nouveau. Ses doigts flottèrent au dessus du clavier. Elle pouvait arrêter la conversation maintenant. Elle pouvait poser le téléphone et attendre le lendemain. Mais quelque chose en elle refusait de revenir au silence. Elle tapa lentement une nouvelle question: Pourquoi es tu ici? Elle relut la phrase plusieurs fois. Cette fois, elle ne supprima pas le message. Elle appuya sur envoyer.

À lautre bout de la ville, Adrian vit immédiatement apparaître le nouveau message. Pourquoi es tu ici? Il resta immobile. Cette question était différente. Elena ne lui demandait plus seulement sil était là. Elle lui demandait pourquoi. Il sentit son cœur accélérer. Il avait attendu ce moment pendant des mois, mais maintenant quil était arrivé, il comprenait quil ne pouvait pas répondre avec une phrase facile.

Il sassis au bord du lit et passa une main sur son visage. Pourquoi était il réellement venu? Pour elle. Pour lenfant. Pour comprendre. Pour attendre. Pour montrer quil pouvait être présent sans simposer. Toutes ces réponses étaient vraies, mais aucune ne semblait suffisante. Il commença à taper. Je suis venu parce que... Puis il sarrêta. Il effaça les mots. Il recommença. Je voulais être près de toi. Il effaça encore.

Il ne voulait pas que cette phrase ressemble à une pression. Il ne voulait pas quelle pense quil était venu pour lobliger à lui parler. Il finit par écrire une réponse plus honnête. Je suis venu parce que je ne voulais pas continuer à fuir ce que je ressens. Je ne veux pas te forcer à me voir. Je voulais simplement être assez proche pour savoir que je navais pas encore abandonné. Il regarda les mots, puis hésita avant de les envoyer.

Elena vit les trois petits points apparaître sur lécran. Ils disparurent. Puis réapparurent. Elle sentit son cœur battre plus vite. Adrian était en train de réfléchir à sa réponse. Cela la surprit. Autrefois, elle aurait imaginé quil répondrait froidement ou quil éviterait la conversation. Maintenant, elle comprenait quil faisait attention à ses mots. Enfin, le téléphone vibra.

Elena lut lentement sa réponse. Je suis venu parce que je ne voulais pas continuer à fuir ce que je ressens. Je ne veux pas te forcer à me voir. Je voulais simplement être assez proche pour savoir que je navais pas encore abandonné. Elle resta silencieuse. Les larmes revinrent dans ses yeux, mais cette fois elles nétait pas uniquement faites de tristesse. Elle posa le téléphone contre sa poitrine et ferma les yeux.

Marisol ne demanda pas ce quil avait écrit. Elle savait quElena parlerait lorsquelle serait prête. Après quelques secondes, Elena murmura: Il dit quil ne veut pas me forcer. Marisol hocha la tête. Et toi, que veux tu? Elena regarda son ventre, puis le téléphone dans sa main. Je ne sais pas encore. Mais je veux comprendre. Pour la première fois, elle prononça ces mots sans trembler.

Elle ne savait pas si comprendre conduirait au pardon. Elle ne savait pas si le pardon conduirait à une nouvelle chance. Elle ne savait même pas si une nouvelle chance était réellement possible. Mais elle savait désormais quelle ne voulait plus laisser la peur décider à sa place. Elle avait peur de voir Adrian, mais elle avait aussi peur de passer toute sa vie à se demander ce qui aurait pu arriver sils avaient enfin parlé honnêtement.

Cette nuit là, Elena ne lui demanda pas de venir. Adrian ne le proposa pas non plus. Ils restèrent chacun de leur côté de la ville, séparés par quelques rues et par des mois de blessures. Pourtant, quelque chose avait changé. Elena avait reconnu ce quelle ressentait. Elle aimait encore Adrian. Et même si cette vérité lui faisait peur, elle ne voulait plus la cacher derrière la colère ou le silence.

Elle regarda une dernière fois le message avant de poser son téléphone sur la table de chevet. Demain ne serait peut être pas plus facile. Elle pourrait encore avoir peur. Elle pourrait encore douter. Mais ce soir, elle avait fait quelque chose quelle navait pas réussi à faire depuis des mois. Elle avait cessé de fuir la question la plus douloureuse de toutes: que ferait elle si elle laimait encore?

Dans sa chambre dhôtel, Adrian posa lui aussi son téléphone. Il ne savait pas ce quElena ferait ensuite. Il ne savait pas si elle accepterait de le voir ou si elle aurait besoin de plusieurs jours encore. Mais il avait enfin compris que son rôle nétait pas de décider pour elle. Il devait simplement être honnête, rester patient et lui laisser le choix. Et pour la première fois depuis longtemps, attendre ne lui semblait plus être une punition. Cela ressemblait à une chance.

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