Mag-log inLe matin du deuxième trimestre d Elena arriva doucement. Elle ouvrit les yeux en constatant l absence des nausées habituelles. Sa main resta suspendue au-dessus du réveil. Elena ne réalisa qu elle etait vraiment réveillée qu après plusieurs secondes. Elle s assit et fut accueillie par la agréable surprise d une matinée sereine. Un sourire surpris effleura ses lèvres. Enfin. Elena fit pivoter ses jambes sur le côté du lit et se leva. Elle se sentait tellement bien. C etait un tel soulagement de ne pas se réveiller en se sentant mal. Son matin fut principalement consacré aux projets qu on lui avait confiés.
Le premier trimestre de sa grossesse avait été absolument épuisant. Une vague de nausées s etait accompagnée de maux de tête, de montagnes russes émotionnelles et d un sentiment général de fatigue. Il y avait des jours où le simple fait de s habiller semblait être une tâche impossible. La nouvelle sensation de se réveiller reposée etait cependant un changement bienvenu. Son appétit s améliorait régulièrement, tout comme sa capacité à accomplir sa liste de tâches. Même la chemise de nuit ample qu elle portait ne cachait plus le léger arrondi de son ventre naissant. Elena toucha son estomac des deux mains. Bonjour, petit être. Le bébé etait encore trop petit pour donner des coups ; néanmoins, Elena s etait habituée à parler à son ventre. Elle le faisait parfois lorsqu elle travaillait, ou juste avant de s endormir, ou encore dès qu elle en éprouvait le besoin. Cela avait un sens étrange pour Elena. Sa grossesse ne ressemblait plus à un événement étranger dans son corps - elle ressemblait plutôt à une autre vie qui grandissait en elle à côté de la sienne. En bas, Marisol préparait le petit-déjeuner quand Elena arriva. À sa vue, Marisol eut un hoquet de surprise. Tu as l air différente. Elena haussa un sourcil. Différente comment ? Vivante. Elena rit. Je me sens vivante. Le hoquet dramatique de Marisol fut la réaction à cela. Oh, plus de nausées matinales ? Plus rien de tout cela. Maux de tête ? Non. Épuisée ? À peine. Marisol posa une main sur son cœur. Notre fille est de retour. Elena rit à nouveau. Cela m avait manqué. À moi aussi. Marisol et Elena mangèrent le petit-déjeuner ensemble, et, pour la première fois depuis longtemps, Elena finit entièrement son assiette. Les yeux de Marisol s agrandirent. Quoi ? Tu as tout mangé. J avais faim. Tu as déjà eu faim auparavant. Je sais. Peut-être que le bébé commence enfin à faire des réclamations. Clairement, ce bébé a bon goût. Après avoir fini son repas, Elena retourna travailler. Son bureau etait recouvert de dessins, d échantillons de tissu et de notes de Clara concernant la collection à venir. La collection d Elena avait parcouru un long chemin depuis qu elle l avait dessinée. Elle s assit et travailla, feuilletant les croquis les uns après les autres, peaufinant les détails avec une ferveur qui ne l avait pas effleurée depuis des mois. Les changements que cela apportait à sa vie étaient toujours en cours, mais sa vie n etait plus aussi étroite qu autrefois. Elena ne voyait plus ses journées comme une simple lutte pour sa survie - elle bâtissait quelque chose. Une vie, une carrière, une maison, une famille. Quelle que soit la forme de ce dernier élément, il n avait plus le même sens pour elle qu auparavant. Elena se leva pour se dégourdir les jambes après plusieurs heures de travail d affilée. Une douleur sourde élançait dans le bas de son dos. Elle y posa une main, attendant que la sensation passe. Son médecin l avait avertie que de nombreux changements corporels étaient normaux à ce stade de la grossesse. Elena avait toutefois appris à se méfier de toute douleur qui persistait. Elle prit son téléphone et envoya un message rapide à l assistante du Dr Whitfield pour demander si ce désagrément etait inquiétant. La réponse fut rapide, la rassurant sur le fait que, bien qu il s agisse d un événement assez courant, elle devait rester vigilante et consulter son médecin si la douleur s aggravait. Elena fit ce qu on lui disait. Elle éteignit son ordinateur et, pour une fois, ne travailla pas pendant sa pause déjeuner. Ce soir-là, Elena se promena dans le jardin. L air frais et la lumière dorée lui donnaient envie de dormir. Elle se tint devant les campanules et sourit. Tu m as rendue sentimentale. Elena meula une mèche de cheveux rebelle de sa joue, puis se regarda avec un certain amusement. Son ventre commençait à se voir maintenant. C etait encore un petit changement, à peine perceptible pour quiconque passait par là, mais c etait suffisant pour qu Elena ressente la transformation. Elle sortit son téléphone. Pendant un instant, elle songea à prendre une autre photo. Elle pensa au cliché que Marisol avait pris plus tôt, des fleurs - d Elena elle-même - qu elle avait failli envoyer à Adrian. Son pouce resta suspendu sur le déclencheur de l appareil photo, mais elle laissa plutôt tomber sa main. Pas parce qu elle etait en colère. Même pas parce qu elle le punissait. Elena n etait simplement pas encore prête à le faire. À l intérieur du cottage, Marisol trouva Elena en train de trier ses vêtements. Tu vas devoir investir dans une nouvelle garde-robe bientôt. Elena regarda la petite pile dans les bras de Marisol. Je sais. Ces jeans ne tiendront plus très longtemps. Ils t ont bien servie. Ils sont sur le point de prendre leur retraite. Elena rit tandis qu elles triaient son armoire, plaçant les cotons doux dans une pile et les soies structurées dans une autre. Elle garda quelques pièces favorites, mais d une manière générale, elle etait prête à se séparer des autres. Lorsqu elles étalèrent enfin l assortiment de vêtements de maternité que Marisol lui avait acheté, Elena s émerveilla. C est en train de se produire pour de vrai. Marisol sourit. Oui. Elena s assit sur le bord du lit. C etait la première fois qu elle pensait à la perte d Adrian sans songer à ce que cela signifierait pour elle. C etait la première fois qu elle pensait plutôt à commencer quelque chose de nouveau. Un bébé, une nouvelle saison de la vie, une famille... Bien sûr, ce n etait pas exactement ainsi qu elle s attendait à ce que cela se passe. Le téléphone dans la main d Elena sonna. Clara. Elena répondit avec un sourire fatigué. Bonjour. S il te plaît, dis-moi que tu es assise. Elena jeta un coup d œil de côté à Marisol. Pourquoi ? Parce que le conseil d administration a adoré la dernière collection. Elena sentit son cœur battre contre ses côtes. Vraiment ? Ils veulent aller de l avant avec la collection élargie. Le sourire fatigué d Elena se transforma en quelque chose de plus lumineux. Aussi vite ? Ils sont impressionnés. Et il y a d autres nouvelles. Quel genre ? Cole Industries a exprimé son intérêt pour gérer une partie de la distribution. Le sourire d Elena s effaça. Cole. La simple mention de ce nom suffisait à lui donner envie de se cacher. Elle se tourna vers la fenêtre. Tu es sûre ? C est encore préliminaire. Rien n a été finalisé. Elena inspira lentement. Envoie-moi tout. Je le ferai. Elles raccrochèrent, et Marisol fut rapide à détecter le changement d humeur d Elena. Tu n es pas obligée d accepter. Je sais. Tu peux tourner le dos à tout cela. Je sais. Elena regarda par-dessus son épaule les croquis éparpillés sur son bureau. Je n en ai pas envie. Parce que ce sont de bonnes affaires ? C en est. Et à cause d Adrian ? Elena hésita. Peut-être les deux. Marisol hocha la tête. Alors prends cette décision pour Elena, et non pour Adrian. Elena sourit. Comme tu le fais toujours. Plus tard cette nuit-là, Elena s assit près de la fenêtre ouverte avec son cahier. Elle écrivit un paragraphe sur son deuxième trimestre, sur son énergie accrue et la vie grandissante dans son ventre, sur Campanule et la nouvelle collection. Son stylo s interrompit sur la page, et elle ajouta une dernière ligne : Je commence à croire que je peux bâtir une belle vie, même si ce n est pas la vie que j imaginais autrefois. Elena ferma le livre et s endormit, et, quelque part à l autre bout du comté, Adrian parcourait des propositions commerciales dans son bureau lorsque Daniel entra. Campanule a été approuvée pour un examen de distribution préliminaire. Adrian leva les yeux de la pile de paperasse sur son bureau. Campanule ? Daniel hocha la tête. Le nom d Elena etait tout en haut du dossier du projet. L expression d Adrian resta neutre lorsqu il fixa le document. Il en tapota le rebord distraitement, puis l ouvrit. Page après page, le dossier etait rempli des dessins d Elena, de ses idées, de sa touche artistique. La femme qui avait autrefois représenté tout son univers etait en train de bâtir quelque chose de tout à fait extraordinaire. Adrian toucha le coin de sa bouche, esquissant un léger sourire. Elle a l air heureuse. Daniel l observa attentivement. Tu ne lui as pas parlé. Non. Tu ne vas pas essayer de m arrêter ? Adrian referma le dossier. Non. Je veux qu elle réussisse, même si je ne trouve jamais de place dans ce succès. Et, dans le calme du cottage, Elena posa une main sur son ventre rond et sourit à la vie qui grandissait en elle.CherylL enveloppe n avait rien de special. C est pourquoi j y ai prete attention. Si vous cherchez des informations sur Elena, les indices les plus vitaux s annoncent rarement. Ils peuvent apparaître dans une base de donnees, un reçu oublie, ou une adresse anodine griffonnee sur le coin d une enveloppe professionnelle.Je me suis adossee a un dossier sur mon bureau. Bellflower. Voss Textiles. Dossiers de distribution. Factures. Rien d anormal. Rien qui suggererait ou chercher des informations sur Elena Marisol Voss. Pas avant les informations d expedition. L adresse n etait pas le cottage d Elena. Ce n etait pas non plus l adresse de Marisol. C etait un petit centre d affaires a Havenridge.Je me suis penchee en avant et j ai jete un coup d œil au nom associe au compte. Bellflower Design Studio. J ai verifie la date sur l enveloppe, puis un autre document avec la meme adresse mais une date differente. Puis un autre. Il etait assez clair qu Elena recevait de la correspondance professi
AdrianLa chambre de bebe etait prete. C etait bien cela le probleme. Elle etait entierement prete pour un enfant qui n y avait jamais mis les pieds. J etais debout sur le seuil de la porte ce soir-la, une main pressee contre le cadre, observant la piece. Le berceau etait place sous la fenetre. La petite couverture blanche pliee soigneusement a ses pieds. La petite robe que j avais achetee il y a des mois etait toujours placee dans la vitrine a l interieur. Sur le mur, la plaque en bois proclamait: Vous etes aimee.J avais pense a ces mots comme a la promesse la plus simple que je pouvais faire. Ce soir, cependant, ces mots ressemblaient a un poids. Je suis entre dans la piece. Elle etait silencieuse. Pas paisible, mais en attente. Je me suis approche du berceau et j ai pose ma main sur le rebord en bois. Pendant des mois, j avais imagine cette piece remplie de sons. Les pleurs d un enfant a deux heures du matin. De petits pas a mesure qu elle grandissait. Des rires. Elena me disant q
ElenaLe cottage etait exceptionnellement calme cet apres-midi-la. Marisol etait allee en ville pour acheter des commissions et les medicaments que le docteur Whitfield avait prescrits. On m avait ordonne de me reposer et je etais donc assise dans le salon avec une couverture sur les jambes et un verre d eau sur la table a cote de moi. Mon corps etait fatigue, mais pas mon esprit. Il n arretait pas de retourner a l hopital. Les moniteurs, les lumieres vives, le son du rythme cardiaque d Amara et Adrian. Surtout Adrian.Ses messages etaient toujours ouverts sur mon telephone. J aurais aime y etre moi aussi etait une phrase que j avais lue tant de fois que je pouvais presque imaginer sa voix me la lire. Il n y avait aucune exigence dans ses mots, ni aucune tentative de me faire culpabiliser pour que je reponde. Ils enonçaient simplement la verite, et cette verite etait difficile a ignorer. J ai pris mon telephone. Son nom etait tout en haut de mes messages recents. Je l ai fixe.L appel
ElenaLe matin est venu, calme. Je me suis reveillee au doux son de pas dans le couloir et au bip du moniteur a cote de mon lit. J ai oublie ou je me trouvais. Puis j ai vu le plafond de l hopital. La perfusion dans mon bras. Le moniteur enroule autour de mon ventre. Et Marisol endormie dans le fauteuil a cote de moi. Je me suis souvenue de tout. La peur. Le trajet. Les questions. La longue nuit a attendre chaque nouveau resultat.Ma main s est immediatement dirigee vers mon ventre. Bonjour. J ai entendu un doux mouvement en reponse. J ai souri. Tu es toujours la. Mais bien sur qu elle l est. J ai regarde vers la porte. Le docteur Whitfield etait la, une tablette a la main. Je me suis redressee legerement. Comment va-t-elle? Le docteur a souri. Elle va tres bien. Le souffle suivant qui est sorti de moi etait du soulagement.Vraiment? Vraiment. Son rythme cardiaque s est maintenu toute la nuit. Votre examen est rassurant et nous ne voyons pas de signes indiquant que vous avez commence
ElenaA dix heures ce soir-la, je etais convaincue que le pire de la journee etait derriere moi. J avais pris le medicament que le docteur Whitfield avait recommande, j avais bu plus d eau et j avais passe la soiree allongee sur le canape avec les pieds mesures élevés. Marisol n avait presque pas quitte mon regard pendant tout ce temps. Elle a fait de la soupe. Elle s est penchee au-dessus de moi toutes les vingt minutes. Elle a meme réagencé les coussins tout autour de moi comme si le bon ordre ou la bonne disposition allait d une certaine maniere garantir que rien d autre de grave ne se produirait. J ai apprecie cela. Plus que tu ne pourrais jamais le savoir.Tu as besoin de dormir, ai-je dit a Marisol. Toi aussi. C est ce que je fais! Tu fixes la meme partie du plafond depuis quinze minutes. J aime cette partie du plafond. Elle a leve les yeux au ciel. Elle le faisait toujours. J ai souri. Pour la premiere fois depuis le matin, j avais une lueur de normalite, le quotidien banal que
ElenaLa journee a commence normalement. C est ce qui a rendu la frayeur encore plus effrayante. Je me reveillais avant l aube presque chaque jour maintenant, une main sur le ventre. Je restais la pendant quelques secondes en regardant autour du cottage vide sous la douce couverture. Les oiseaux etaient occupes dehors et, quelque part plus loin, une voiture passait de temps en temps. J ai souri en reconnaissant cette sensation familiere sous ma main. Bonjour, petite fille. Il n y a pas eu de coup de pied en reponse.Je ne etais pas trop inquiete parce que ce n etait pas comme si Amara n avait pas un emploi du temps. Du moins, c etait ce que je me disais. Je me suis levee, j ai mis des vêtements confortables et j ai rejoint Marisol dans la cuisine qui preparait deja le petit-dejeuner. Tu as l air fatiguee, a-t-elle dit en m observant. Je le suis. Tu m as dit cela chaque jour cette semaine. Parce que je suis enceinte chaque jour cette semaine. Elle a ri doucement puis m a fait un sourir







