Mag-log inTrois semaines apres avoir quitte la ville, Elena se reveilla avant que son réveil ne sonne. Elle resta la un instant, a l ecoute du cottage. Puis cela lui frappât l esprit. Aujourd hui etait le grand jour. Elle posa une main sur son ventre. Bonjour, mon petit. Rien ne bougea. Il etait bien trop tot pour cela, se raisonna-t-elle. Pourtant, parler au bebe etait devenu une habitude. Une habitude reconfortante. L une de ces choses intimes qui n appartenaient qu a elle.
Elena se leva lentement, tirant un tiroir pour en sortir un pull souple couleur creme et un pantalon sombre. Le jean etait devenu etroit autour de la taille, mais il etait bien trop tot pour que quiconque s en apercoive. Lorsqu elle entra dans la cuisine, Marisol preparait deja le petit-dejeuner. Tu as l air nerveuse. Je ne le suis pas. Tu fixes le meme morceau de pain grille depuis trente secondes. Elena baissa les yeux. C etait vrai. Je vais bien. Tu as le droit d etre nerveuse. Elena soupira. Je sais. Elle attrapa le pain grille et en croqua une bouchee. Son estomac l accepta, ce qui etait une bonne chose. Marisol sourit. Tu vois? Ne me porte pas poisse. Elles partirent peu apres. La clinique se trouvait a quarante minutes de route du cottage, un petit cabinet exclusif niche entre les arbres et les batiments medicaux. Elena l avait choisi pour etre suffisamment eloigne de la ville afin de ne croiser personne qu elle connaissait. Elle ne voulait pas que quiconque sache. Surtout pas sa famille. Principalement, elle ne voulait pas qu Adrian la retrouve avant qu elle ne soit prete. Marisol se gara sur le parking. Avant de sortir de la voiture, elle se tourna vers Elena. Tu n es pas obligee de faire cela seule. Elena hocha la tete. Je sais. Je suis serieuse. Moi aussi. Marisol se pencha par-dessus la console centrale et lui serra la main. Alors allons-y. La salle d attente etait chaleureuse et paisible. Elena s enregistra et prit place. Elle avait a peine sorti son telephone de sa poche que le couple a la table voisine attira son attention. Ils etaient jeunes et visiblement dans l attente d un enfant. L homme etait assis a cote de sa femme, tenant une bouteille d eau d une main tout en lui frottant le dos de l autre. Tu vas bien? Je vais bien. Tu as dit cela trois fois. Elle sourit. Je suis juste fatiguee. Alors appuie-toi sur moi. Elle s executa. Elena detourna le regard. Quelque chose se tordit dans sa poitrine. Ce n etait pas de la jalousie. Pas exactement. C etait juste... different. Un sentiment etrange qu elle avait pris cela pour acquis — les petites choses entre un homme et une femme, la facon dont cet homme observait le moindre mouvement des muscles du visage de sa femme. Elena baissa les yeux sur son telephone. Marisol a du la voir faire. Tu vas bien? Oui. Tu mens. Elena reussit a esquisser un petit sourire. Je reflechis. A lui l? Elena ne repondit pas. Elle n en avait pas besoin. Marisol se pencha plus pres. Tu n as pas a prendre de decision aujourd hui. Je sais. Mais tu devrais etre honnete avec toi-meme. La receptionniste appela le nom d Elena. Elle se leva. Son coeur battait la chamade dans sa poitrine. Le Docteur Bennett la salua chaleureusement et la guida dans la salle d examen. Apres plusieurs questions de routine, le medecin prit la tension arterielle et les symptomes d Elena. Comment vont les nausees? Mieux. Des saignements? Non. Des crampes? Occasionnellement, mais rien de grave. Bien. Le Docteur Bennett sourit. Jetons un coup d oeil. Elena s allongea. Quelques secondes plus tard, le bourdonnement familier remplit la piece. Puis, ce fut la. Un battement rapide et regulier. Elena arreta de respirer. Ses yeux s agrandirent. C est le coeur de votre bebe. Elle fixa le moniteur. La, sur le petit ecran, se trouvait une toute petite forme. Si petite. Si impossiblement petite. D un coup, le monde sembla se reduire autour de cette petite tache. C est... Sa voix trembla. C est mon bebe? Le Docteur Bennett sourit. Oui. Les yeux d Elena se remplirent de larmes. Elle n etait pas censée pleurer. Elle tourna legerement le visage et essuya son oeil. Marisol se tenait a ses cotes. Sa main trouva l epaule d Elena. Le battement de coeur continuait, rapide, fort et reel. Elena rejeta un oeil sur le moniteur. Puis, sans avertissement, elle pensa a Adrian. Il devrait entendre cela. La pensee la frappa si soudainement qu elle ne put la combattre. Elle l imagina debout juste la, a cote d elle.nSon visage serait probablement calme au debut. Il regarderait le moniteur comme s il s agissait d une sorte de presentation PowerPoint abstraite qu on lui avait demande de revoir a la derniere minute. Puis quelque chose changerait dans son expression, tres legerement. Elena le connaissait suffisamment pour le savoir. Sa poitrine se serra. Elle detourna le regard. Le Docteur Bennett expliquait deja les chiffres a l ecran. Tout etait normal. La grossesse se déroulait comme elle le devait. Elena ecoutait attentivement, posant des questions chaque fois que quelque chose n etait pas clair. Mais son esprit revenait sans cesse a ce premier son. Lorsque la derniere partie de l examen fut terminee, le medecin imprima quelques photos pour Elena. Elle les prit avec precaution. L une d elles montrait le bebe un peu plus clairement. Elena la glissa dans son sac a main. Lorsqu elles quitterent la salle d examen, Marisol attendait dans le couloir. Tu l as entendu. Elena hocha la tete. Son coeur qui battait. Ou le sien. Elena reussit a esquisser un petit sourire. C est vrai. Elles retournerent dans la salle d attente. Le couple etait parti, mais le mari aidait sa femme a enfiler son manteau. Il lui embrassa le front. Elena baissa les yeux. Elle se demanda soudain si elle n avait pas fait une erreur en le tenant a l ecart d Adrian. C etait stupide, vraiment. Elle ne regrettait pas de l avoir quitte. Elle avait eu besoin d espace. Elle avait eu besoin de temps pour respirer. Pourtant, le silence le protegeait-il ou lui faisait-il du mal? Etait-il juste de continuer a le laisser dans l ignorance lorsqu il s agissait de blessures qu il ne pouvait pas voir? Elena s assit dans la voiture mais ne demarra pas le moteur. Marisol attacha sa ceinture de securite et attendit. Elena parla enfin. Penses-tu que je sois injuste? Marisol ne feignit pas de ne pas comprendre. A propos d Adrian? Oui. Elle fixa la photographie dans sa main. Il ne sait pas. Pas encore. Il merite de savoir. Marisol garda le silence. Elena avala sa salive. Je n arrete pas de me dire que je protege le bebe. C est le cas. Mais est-ce vraiment ce que je fais? Elle regarda a travers le pare-brise. Et si le bebe grandit et me demande pourquoi je n ai jamais donne sa chance a son pere? C est une chose que tu devras décider. Je ne veux pas que mon enfant grandisse en pensant que je l ai eloigne de lui parce que j etais en colere. Marisol se tourna vers elle. Es-tu en colere? Elena rit. Bien sur que je le suis. Ce n est pas ce que j ai demande. Le rire s effaca. Elena fixa la photographie dans sa main. Je suis blessee. Il y a une difference. Je sais. Elena suivit le bord du papier du pouce. Je l aimais. Marisol ne dit rien. Je l aime toujours. Les mots l effrayerent. Elle ferma les yeux. Mais l aimer ne veut pas dire que je peux revenir. Non. Et lui parler du bebe ne veut pas dire non plus que je doive revenir. Exactement. Elena ouvrit les yeux. Pour la premiere fois, elle realisa que c etait possible. Elle pouvait le dire a Adrian. Elle n avait pas a revenir de la meme maniere qu elle etait partie, mais la certitude qu il serait pere etait une chose qu elle pouvait lui offrir. Il pourrait décider par lui-meme du genre de pere qu il voulait etre. Elle pourrait décider par elle-meme du genre d acces qu elle etait prête a lui accorder. Mais la peur la rongeait toujours. Et s il se lance a ma poursuite? L expression de Marisol se durcit. Alors tu fixes tes limites clairement. Et s il change? Alors tu décideras si tu le crois ou non. Elena baissa a nouveau les yeux sur la photographie. Il semblait impossible que quelque part dans la ville, Adrian se promene, heureusement ignorant que son enfant avait un coeur qui battait. Elle s imaginait le lui dire. Elle imaginait l expression sur son visage. Elle imaginait la deception qu elle ressentirait si ce n etait pas la reaction qu elle esperait. C etait la chose qui la terrifiait le plus — l espoir. Elena ne voulait pas esperer qu Adrian change. L espoir avait fait trop mal. J ai besoin de temps, murmura-t-elle. Marisol hocha la tete. Alors prends-le. Elena tourna enfin la cle dans le contact. Alors qu elles quittaient le parking, elle placa la photographie a l interieur du livre pour bebe qu elle avait achete. Elle referma la couverture. A bien des egards, cela avait ete la question essentielle: savoir si Adrian meritait de savoir ou non. Il le meritait, se raisonna-t-elle. Venait maintenant la question bien plus difficile : quand serait-elle prete a le lui dire. Quelque part dans la ville, Adrian cherchait une femme qui n avait aucune idee que la distance entre eux etait sur le point de changer a jamais.Cheryl fut la première à remarquer qu’Adrian avait cessé de poser des questions. Pendant plusieurs mois, il semblait attendre de ses nouvelles à chaque lever de soleil. Chaque piste. Chaque endroit possible où Elena aurait pu se cacher si elle n’avait pas déjà quitté la ville. Il voulait tout ce qu’elle pouvait lui fournir. Des noms, des dates, des lieux, des contacts, tout ce qui pouvait l’aider à retrouver sa femme. Désormais, même trois jours après son retour en ville, le téléphone de Cheryl restait silencieux sans aucun de ses appels. Elle n’y pensa pas grand-chose au début. Cela aurait pu être une semaine chargée pour lui.Puis une autre semaine passa. Cheryl finit par prendre le téléphone et l’appela. Il répondit à la deuxième sonnerie. Cheryl. Je pensais que tu aimerais avoir des nouvelles. Une pause. À propos d’Elena? Cheryl entendit le soupir à l’autre bout de la ligne avant qu’Adrian ne reprenne la parole. Elle est toujours à Havenridge, dit-elle. Je le sais, répondit-il.El
Elena regarda les trois petits points sous le nom d’Adrian disparaître, puis réapparaître, puis disparaître à nouveau. Elle faillit rire. Il choisissait probablement chaque mot pour ce message, même à travers un écran de téléphone. Elle n’était pas sûre de savoir si cela était un réconfort ou une menace. Finalement, son message arriva. Tu n’es pas obligée de savoir.Elena le fixa, et un autre message arriva. Pas ce soir. Pas demain. Pas tant que tu ne seras pas prête. Sa gorge se serra. Elle s’était attendue à une explication, peut-être à des excuses, peut-être même à une tentative désespérée de la convaincre qu’il était différent de ce qu’elle pensait autrefois. Au lieu de cela, il lui avait donné la permission de ne pas décider. Elena posa le téléphone contre sa poitrine et ferma les yeux.Qu’est-ce qu’il dit? demanda Marisol. Il a dit que je n’étais pas obligée de savoir. La bouche de Marisol esquissa un doux sourire. Cela ressemble bien à Adrian. Non. Elena ouvrit les yeux. Pas du
Elena regarda le message sur son téléphone. Pourquoi es tu ici? Elle avait envoyé le message avant d avoir le temps de se rétracter. Désormais, il ne lui restait plus qu une seule option: attendre. De l autre côté de la pièce, Marisol était blottie dans le coin du canapé, observant chaque battement de cœur et chaque changement sur le visage de son amie. Tu lui as demandé? Elena hocha la tête. Et? Il dit quoi? Il écrit. Marisol s approcha doucement. Alors respire. Je respire. Tu regardes le téléphone comme s il avait commis un meurtre. Un sourire effleura les lèvres d Elena malgré les circonstances.Puis l indicateur de saisie disparut. Un nouveau message le remplaça. Parce que je voulais être assez près pour savoir que tu étais en sécurité. Un souffle de soulagement mêlé au choc séchappa des poumons d Elena. Elle relut la phrase plusieurs fois, comme si elle cherchait quelque chose caché derrière les mots. Puis un autre message apparut. Mais je ne suis pas venu pour te forcer à me voi
Elena était assise sur le bord du lit, observant son téléphone. Le message quelle avait envoyé restait affiché sur lécran: Es tu à Havenridge? Elle ne sétait pas attendue à en arriver là, ni à être celle qui tenterait de réduire la distance quelle avait tant travaillé à créer entre Adrian et elle. Son cœur fit un bond lorsque le téléphone émit un signal sonore, mais une minute passa, puis une autre, puis dix, sans quaucun texte ne vienne. Elena posa lappareil à côté delle et se leva pour sapprocher de la fenêtre, où la ville paisible sétendait devant elle.Quelques porches laissaient filtrer des lumières tamisées, le lac brillait au delà des arbres et plus loin encore, la route par laquelle Adrian était passé demeurait visible. Quelque part dans Havenridge, à seulement quelques rues de là, se trouvait lhomme à qui elle avait autrefois promis de passer sa vie. Cette simple pensée lui tordit lestomac en un nœud de chagrin. Elle posa une main contre la vitre froide et ferma les yeux. Pen
C était un lundi matin quand Elena remarqua quelque chose d anormal pour la première fois. Un événement insignifiant qui, en soi, ne voulait rien dire. Elle revenait de la boulangerie, un sac en papier calé sous le bras, lorsqu elle vit une berline sombre garée près du coin de la rue. Elle ralentit jusqu à s arrêter. La voiture lui était familière. Pas le véhicule exact, mais c en était un qu elle avait déjà vu. Son esprit remonta jusqu à la route devant le cottage, au café et à cet après midi où elle avait eu la curieuse impression d être observée.Elena s arrêta à côté du portail. La berline resta là où elle était. Ses vitres étaient teintées, elle ne pouvait donc pas voir à l intérieur. Elle la fixa pendant quelques secondes avant que la vue ne soit masquée par le passage d une camionnette de livraison. Lorsqu elle fut passée, la berline avait disparu et son cœur battait la chamade. Elle reprit sa marche vers le cottage, chassant déjà ce qu elle venait de voir. Il n était pas rare
Adrian resta à Havenridge. Pas devant le cottage d Elena, pas à surveiller ses fenêtres et pas à demander à Cheryl de garder un œil sur elle. Il trouva un petit hôtel de l autre côté de la ville et sy enregistra sous son propre nom. Il se dit quil resterait quelques jours. Il ny avait pas de raison particulière, du moins pas une quil pouvait expliquer à qui que ce soit. Cétait simplement quil sentait quil nétait pas prêt à quitter la région. Peut-être quêtre proche d Elena, sans pour autant simmiscer dans sa vie, laiderait à comprendre ce que signifiait réellement attendre.Le premier matin, il se réveilla avant le lever du soleil. Pendant un instant, il oublia où il se trouvait. Puis il se rappela. Havenridge. Elena était quelque part dans les environs. Son premier réflexe fut de shabiller et de conduire vers le cottage. Il lutta fortement contre cette impulsion. Au lieu de cela, il descendit et déambula dans la salle à manger de lhôtel. Sa routine habituelle consistait à commander u







