FAZER LOGINLa première chose que je remarquai en montant dans la voiture, c'était l'odeur du cuir.
Un cuir propre, discret, mélangé à un parfum boisé qui me rappelait celui d'Alexander. Tout dans cette voiture respirait l'argent, depuis les sièges impeccables jusqu'aux finitions sombres du tableau de bord, en passant par le silence presque irréel de l'habitacle. Je m'installai sur la banquette arrière en prenant soin de ne pas abîmer davantage ma robe, puis ramenai la veste sur mes épaules. Elle était beaucoup trop grande pour moi et sentait son propriétaire, ce qui me parut étrangement déplacé compte tenu des circonstances.
Alexander s'assit à côté de moi et donna une adresse au chauffeur.
Je regardai par la vitre tandis que la voiture s'éloignait du club, emportant avec elle les lumières dorées, les basses et cette atmosphère artificielle dans laquelle j'avais passé les dernières heures à prétendre que tout allait bien. Mon reflet flottait sur la vitre teintée, le maquillage légèrement estompé, les cheveux en désordre et le visage plus pâle que je ne l'aurais voulu.
J'avais bu davantage que prévu.
Pas au point de ne plus savoir où je me trouvais, mais suffisamment pour que mes pensées s'emmêlent et que la fatigue me tombe dessus avec une brutalité inattendue. Entre le champagne, les nerfs et ce qui venait de se passer avec Richard, j'avais l'impression d'avoir passé la soirée dans une machine à laver.
Je tournai la tête vers Alexander.
Il regardait son téléphone, les sourcils légèrement froncés, comme si rien de particulièrement inhabituel ne venait de se produire. Il avait l'air parfaitement à sa place dans cette voiture, dans ce costume, dans cette vie où les choses semblaient se régler d'un simple appel.
J'aurais voulu lui demander où il m'emmenait exactement, ce qu'il comptait faire de moi et pourquoi il avait choisi de m'intervenir alors qu'il aurait très bien pu continuer sa soirée. Mais je ne trouvais pas la bonne manière de formuler mes questions sans donner l'impression que j'étais terrifiée.
Ce qui aurait été particulièrement agaçant.
— Vous savez, finis-je par dire, vous auriez pu me prévenir que vous aviez l'intention de m'embarquer chez vous.
Il releva les yeux de son téléphone.
— Vous préfériez que je vous laisse là-bas ?
Je me mordis l'intérieur de la joue.
— Ce n'est pas ce que j'ai dit.
— Alors ?
Je détestais les hommes qui vous forçaient à préciser chaque phrase, comme si le moindre mot devait être déposé devant un tribunal.
— Je dis que j'aimerais savoir ce qui se passe.
Il rangea son téléphone dans la poche intérieure de sa veste, puis se tourna légèrement vers moi.
— Je vous embarque chez moi.
Je le fixai, incrédule.
— Vous êtes toujours aussi agaçant ?
— On me le dit parfois.
— Ça ne vous donne pas envie de faire des efforts ?
— Pas particulièrement.
Je laissai échapper un rire malgré moi. Il y avait quelque chose de profondément irritant chez cet homme, mais je commençais à soupçonner qu'il le savait parfaitement.
Je voulus poursuivre la conversation, lui poser une autre question, trouver un moyen de le faire parler. Pourtant, les mots commencèrent à se mélanger dans ma tête. La ville défilait derrière la vitre, les lumières se brouillaient légèrement et mes paupières devenaient de plus en plus lourdes.
Je redressai la tête.
Je n'allais certainement pas m'endormir dans la voiture d'un homme que je connaissais à peine.
Ce serait ridicule.
Je fermai les yeux une seconde pour reposer ma vue.
Une seule seconde.
La lumière du matin filtrait à travers de lourds rideaux, dessinant des bandes dorées sur le parquet. Pendant quelques secondes, je restai immobile, les yeux fixés sur un plafond que je ne reconnaissais pas. Le matelas était immense, les draps d'une douceur presque irréelle et l'air sentait le linge propre plutôt que la lessive bon marché que nous utilisions à la Maison des Roses.
Puis je me redressai brusquement.
La chambre.
La voiture.
Alexander.
La soirée.
Richard.
Les souvenirs me revinrent par fragments, suffisamment pour me donner mal à la tête, mais pas assez pour que je comprenne exactement comment j'avais terminé ici.
Je baissai les yeux sur moi-même et découvris un pantalon de pyjama gris et un haut assorti. Mes vêtements de la veille avaient disparu, remplacés par une tenue propre qui ne m'appartenait pas.
Mon estomac se contracta.
— Putain…
Je repoussai les couvertures et sortis du lit si rapidement que j'en eus le vertige. Je regardai autour de moi, cherchant mes affaires, mon sac, mon téléphone. Tout était posé sur une chaise près de la porte, soigneusement rangé. Ma robe noire avait été pliée à côté, et ma petite pochette se trouvait sur la table de chevet.
Je vérifiai mon téléphone.
Aucun message suspect. Aucun appel manqué. Rien qui puisse m'expliquer ce qui s'était passé après mon arrivée.
Je passai une main dans mes cheveux, le cœur battant de plus en plus vite.
Est-ce qu'il m'avait touchée pendant que je dormais ?
Est-ce qu'il m'avait changée ?
Est-ce que j'avais accepté quelque chose sans m'en souvenir ?
Je détestais les trous dans ma mémoire. Je détestais l'impression de ne plus savoir ce qui m'appartenait, ce que j'avais décidé et ce qui avait été décidé à ma place.
Je m'obligeai à respirer lentement.
Il fallait que je sache.
J'enfilai un gilet trouvé sur le dossier d'un fauteuil, récupérai mon téléphone et ouvris la porte.
Le couloir était immense, décoré de tableaux et de photographies encadrées. Je descendis l'escalier en essayant de ne pas me laisser distraire par la maison, même si chaque pièce que j'apercevais semblait plus grande que l'ensemble de notre espace commun à la Maison des Roses.
Je finis par entendre le bruit discret d'une page qu'on tourne.
Alexander était assis dans un salon baigné de lumière, un journal ouvert devant lui et une tasse de café posée sur la table basse. Il portait un pantalon sombre et une chemise blanche dont les manches étaient retroussées jusqu'aux avant-bras. Ses cheveux étaient encore légèrement humides, comme s'il venait de prendre une douche, et il semblait tellement absorbé par sa lecture qu'il ne remarqua ma présence qu'au moment où je m'arrêtai devant lui.
Il leva les yeux.
— Bonjour, Jade.
Je le regardai, puis regardai le journal, puis revins à son visage.
— Bon....Qu'est-ce ...qui s'est passé hier soir ?
Il replia tranquillement le journal.
— Bonjour à vous aussi.
— Je suis sérieuse !
— Je n'en doute pas.
Je serrai les doigts autour de mon téléphone.
— Je me réveille dans une chambre que je ne connais pas, avec des vêtements que je n'ai jamais vus de ma vie. Je ne me souviens pas de tout ce qui s'est passé après la voiture, et vous êtes assis là à lire votre journal comme si tout était parfaitement normal. Alors je vais vous poser la question une deuxième fois : qu'est-ce qui s'est passé ?
Alexander posa le journal sur la table et me regarda avec une attention nouvelle.
— Vous êtes arrivée chez moi hier soir. Vous étiez épuisée et vous aviez beaucoup bu. Margaret vous a accompagnée dans une chambre et vous a préparé des vêtements pour dormir.
Je sentis mon visage se figer.
— Margaret m'a changée ?
— C'est bien ça....elle vous a plus au moins aidé !
Je baissai les yeux vers mon pyjama, essayant de rassembler mes souvenirs. Je ne me rappelais pas m'être changée, mais je me souvenais vaguement d'avoir aperçu une salle de bains, d'avoir posé mon sac sur une chaise et d'avoir eu envie de dormir immédiatement.
Cela ne suffisait pas à me rassurer complètement.
— Et vous ? demandai-je. Vous êtes entré dans ma chambre ?
— Non.
— Vous ne m'avez pas touchée ?
Son expression se durcit légèrement, non pas de colère, mais d'une forme d'incrédulité contenue.
— Non, Jade. Nous n'avons rien fait.
Je le dévisageai, cherchant la moindre hésitation, le plus petit signe qui aurait pu trahir un mensonge. Je n'en trouvai aucun.
— Vous comprenez que je n'ai aucune raison de vous croire sur parole ?
— Oui.
Sa réponse me déstabilisa davantage qu'une protestation.
Il ne se défendait pas. Il ne me reprochait pas de l'accuser. Il semblait accepter que je puisse douter de lui, ce qui n'était pas le genre de réaction auquel j'étais habituée.
— Très bien, dis-je finalement. Alors expliquez-moi pourquoi vous m'avez ramenée ici.
Il désigna le fauteuil en face de lui.
— Asseyez-vous.
— Je préfère rester debout.
— Comme vous voulez.
Je restai donc debout, les bras croisés, tandis qu'il reprenait sa tasse de café.
— Je vous ai emmenée ici parce que vous ne pouviez pas retourner tranquillement à la Maison des Roses après ce qui s'était passé. Vous étiez épuisée, vous aviez bu et je ne voulais pas vous laisser dans un endroit où cet homme aurait pu vous approcher de nouveau.
Je fronçai les sourcils.
— Vous auriez pu me ramener au foyer.
— J'aurais pu.
— Mais vous ne l'avez pas fait.
— Non.
Je laissai échapper un rire sans joie.
— Vous êtes toujours aussi bavard quand vous devez expliquer quelque chose ?
Il posa sa tasse.
— Vous voulez une réponse honnête ?
— Ce serait un changement agréable.
— Je vous ai observée hier soir.
Je me raidis légèrement.
— Pardon ?
— Vous êtes venue me parler. Vous avez essayé d'attirer mon attention, vous m'avez posé des questions sur ce que je cherchais ici et vous avez tenté de me convaincre que vous étiez intéressée par moi.
Je sentis mes joues chauffer.
— Je n'ai jamais prétendu le contraire.
— Je sais.
— Alors ?
Il me regarda quelques secondes avant de poursuivre.
— Je pense que vous êtes venue à la Maison des Roses avec un objectif précis. Vous cherchez un homme qui puisse vous offrir une vie plus confortable que celle que vous avez actuellement. Je me trompe ?
Je ne répondis pas immédiatement.
J'aurais pu nier, prétendre que j'étais simplement curieuse ou que j'avais abordé Alexander parce qu'il me plaisait. Mais cela aurait été inutile. Il avait vu clair dans mon jeu, et je n'avais aucune envie de perdre mon temps à lui raconter des histoires.
— Non, répondis-je. Vous ne vous trompez pas.
— Bien.
Il se pencha légèrement en avant, les avant-bras posés sur ses genoux.
— Alors parlons franchement. Je peux vous offrir cette vie.
Alexander releva les yeux vers moi, comme s’il n’avait pas été certain d’avoir bien entendu. Assis dans le salon, il avait posé sa veste sur le dossier d’un fauteuil et desserré légèrement le col de sa chemise. Malgré l’heure tardive, il conservait cette allure impeccable qui semblait faire partie de lui, comme si le moindre détail de son apparence répondait à une règle que lui seul connaissait.— Vous acceptez ?Je retins un sourire. Il fallait croire que, pour une fois, j’avais réussi à le surprendre.— Vous avez parfaitement entendu. J’accepte votre proposition.Il resta silencieux quelques secondes, ses yeux sombres fixés sur mon visage, comme s’il cherchait à déceler une hésitation que j’aurais oublié de dissimuler. Je soutins son regard sans ciller. Si je devais vivre sous le toit de cet homme, autant prendre l’habitude de ne pas baisser les yeux chaque fois qu’il me regardait comme s’il pouvait lire jusqu’à mes pensées.— Je suis curieux, finit-il par dire. Qu’est-ce qui vous
Jade : Les filles, vous n'allez jamais croire ce qui m'arrive.Inès : Si tu as épousé Blackwood pendant la nuit, je vais être très vexée de ne pas avoir été invitée.Sofia : Attends, quoi ? Tu es où ?Je pris une inspiration avant de leur raconter la soirée, l'intervention d'Alexander, le trajet jusqu'à sa maison et la proposition qu'il m'avait faite ce matin.Les réponses arrivèrent presque immédiatement.Inès : ATTENDS. Il t'a emmenée chez lui et maintenant il veut payer tes études ?Sofia : Jade, tu es sérieuse ? Il ne t'a vraiment rien demandé ?Jade : C'est justement ça le problème. Il ne veut rien. Enfin, il veut que je reprenne mes études, mais il ne me demande rien d'autre.Inès : Ma belle, tu as tiré le jackpot.Sofia : C'est peut-être une opportunité incroyable.Inès : Peut-être ? Il est milliardaire, il est beau et il veut lui payer sa vie. Moi, je signe où ?Je ris malgré moi.Jade : Vous êtes inutiles.Inès : Nous sommes réalistes.Sofia : Je suis contente que tu sois en
Je clignai des yeux.— Quoi ?— Une maison confortable, un compte suffisamment approvisionné pour que vous n'ayez plus à vous inquiéter de vos dépenses courantes, la possibilité de reprendre vos études et le temps nécessaire pour décider de ce que vous voulez faire de votre avenir.Je le regardai sans comprendre.— Vous êtes sérieux ?— Parfaitement.— Pourquoi ?— Comme ..... Disons que vous etes tomber sur le jackpot . Je partis d'un rire incrédule.— C'est votre explication ?— Oui.....pourquoi vous ne me croyez pas ? Je passai une main sur mon visage, essayant de comprendre à quel moment la situation avait cessé d'avoir le moindre sens.— Attendez. Vous êtes en train de me dire que vous voulez m'offrir une maison de l'argent et la possibilité de reprendre mes études, tout ça parce que je vous ai parlé pendant cinq minutes dans un club ?— Je ne vous ai pas tout a fait dit ça j'ai plutot dit que vous pourrez rester ici .— Ah mas oui ! pardon. Ça change absolument tout !!!Il
La première chose que je remarquai en montant dans la voiture, c'était l'odeur du cuir.Un cuir propre, discret, mélangé à un parfum boisé qui me rappelait celui d'Alexander. Tout dans cette voiture respirait l'argent, depuis les sièges impeccables jusqu'aux finitions sombres du tableau de bord, en passant par le silence presque irréel de l'habitacle. Je m'installai sur la banquette arrière en prenant soin de ne pas abîmer davantage ma robe, puis ramenai la veste sur mes épaules. Elle était beaucoup trop grande pour moi et sentait son propriétaire, ce qui me parut étrangement déplacé compte tenu des circonstances.Alexander s'assit à côté de moi et donna une adresse au chauffeur.Je regardai par la vitre tandis que la voiture s'éloignait du club, emportant avec elle les lumières dorées, les basses et cette atmosphère artificielle dans laquelle j'avais passé les dernières heures à prétendre que tout allait bien. Mon reflet flottait sur la vitre teintée, le maquillage légèrement estompé
— Vous êtes ravissante, dit-il en s'arrêtant à ma hauteur.Je lui adressai le sourire que j'avais appris à utiliser dans ce genre de situation.— C'est gentil.— Je m'appelle Richard. Et vous ?— Jade.Il prit ma main sans me demander la permission et y déposa un baiser qui me donna immédiatement envie de la retirer.— Enchanté, Jade.Je récupérai mes doigts avec un sourire qui, je l'espérais, paraissait naturel.— Moi aussi.Il me posa quelques questions sur mon âge, mes études et mon séjour à la Maison des Roses. Je répondis avec prudence, évitant les détails qui auraient pu lui donner l'impression qu'il avait déjà accès à ma vie. Il semblait pourtant satisfait de la conversation et, au bout de quelques minutes, me proposa de lui montrer un salon privé où nous pourrions nous entendre sans avoir besoin de crier par-dessus la musique.Je refusai poliment.Il insista.Je refusai de nouveau.Son sourire se figea légèrement.— Allons, Jade. Je ne vais pas vous manger.J'aurais voulu lui
Je le reconnus immédiatement, même si je ne l'avais aperçu que quelques fois. Il portait un costume noir parfaitement coupé, une chemise blanche dont le col était ouvert et une montre discrète qui devait coûter davantage que tout ce que je possédais. Ses cheveux sombres, légèrement grisonnants aux tempes, contrastaient avec son visage aux traits fermes. Il avait cette élégance naturelle des hommes qui n'ont pas besoin de vérifier si leur tenue leur va, parce qu'ils ont probablement un tailleur personnel pour s'en assurer.Mais ce n'était pas seulement son apparence qui attirait mon attention.C'était sa manière d'occuper l'espace sans chercher à le dominer, son regard calme qui parcourait la salle sans s'attarder sur les danseuses ni sur les groupes qui tentaient visiblement d'attirer son attention. Il salua un homme près de l'entrée, échangea quelques mots avec Vivienne, puis se dirigea vers le bar.— Oh, murmura Inès en suivant mon regard. Le fameux Blackwood.— Je n'ai rien dit.—







