FAZER LOGINJe le reconnus immédiatement, même si je ne l'avais aperçu que quelques fois. Il portait un costume noir parfaitement coupé, une chemise blanche dont le col était ouvert et une montre discrète qui devait coûter davantage que tout ce que je possédais. Ses cheveux sombres, légèrement grisonnants aux tempes, contrastaient avec son visage aux traits fermes. Il avait cette élégance naturelle des hommes qui n'ont pas besoin de vérifier si leur tenue leur va, parce qu'ils ont probablement un tailleur personnel pour s'en assurer.
Mais ce n'était pas seulement son apparence qui attirait mon attention.
C'était sa manière d'occuper l'espace sans chercher à le dominer, son regard calme qui parcourait la salle sans s'attarder sur les danseuses ni sur les groupes qui tentaient visiblement d'attirer son attention. Il salua un homme près de l'entrée, échangea quelques mots avec Vivienne, puis se dirigea vers le bar.
— Oh, murmura Inès en suivant mon regard. Le fameux Blackwood.
— Je n'ai rien dit.
— Tu n'as pas besoin de parler. Tu le regardes comme si tu venais de voir apparaître le dernier homme sur Terre.
— Il est beau .... très sexy ...c'est tout.
— Bien sûr.
Sofia sourit dans sa coupe.
— Tu devrais aller lui parler.
— C'est ce que je compte faire.
— Alors arrête de le regarder à distance et bouge-toi.
Je lui lançai un regard noir, mais elle avait raison. Je n'étais pas venue ici pour passer la soirée à observer un homme depuis l'autre bout de la pièce.
Je terminai mon champagne, reposai la coupe sur une table et pris quelques secondes pour réfléchir à ce que j'allais lui dire. Je ne voulais pas arriver devant lui avec une phrase trop préparée, ni donner l'impression que j'avais répété cette conversation toute la journée.
Ce qui, techniquement, était exactement ce que j'avais fait.
— Souhaitez-moi bonne chance, dis-je à mes amies.
— Bonne chance, répondit Sofia.
Inès leva son verre.
— Et si ça ne fonctionne pas, souviens-toi que tu es toujours assez jolie pour trouver un plan B.
— Ton soutien me touche énormément.
Je m'éloignai avant qu'elles puissent ajouter quoi que ce soit.
Alexander se tenait près d'une grande baie vitrée, un verre de whisky à la main. Il semblait écouter distraitement un homme qui lui parlait de quelque chose concernant les marchés financiers. Lorsque leur conversation prit fin, je profitai de l'occasion pour m'approcher.
— Vous avez l'air de vous ennuyer, remarquai-je en m'arrêtant à côté de lui.
Il tourna légèrement la tête.
— C'est si évident ?
Sa réponse me surprit suffisamment pour que je mette une seconde à retrouver mon aplomb.
— Disons que vous avez l'air d'être à un enterrement plutôt qu'à une soirée.
Un sourire presque imperceptible effleura ses lèvres.
— Peut-être que je n'aime pas les soirées.
— Dans ce cas, pourquoi venir ?
Il prit une gorgée de whisky avant de me répondre.
— Excellente question.
Je ris doucement.
— Vous êtes toujours aussi mystérieux ou c'est réservé aux grandes occasions ?
Cette fois, il me regarda vraiment. Ses yeux sombres se posèrent sur mon visage, puis descendirent brièvement vers ma robe avant de revenir à mes yeux. Ce regard ne dura qu'un instant, mais je le remarquai.
Et je remarquai surtout qu'il ne me souriait pas comme les autres hommes.
Il ne semblait pas chercher à me flatter, ni à me faire comprendre qu'il avait apprécié ce qu'il venait de voir. Il m'observait avec une attention difficile à interpréter, comme s'il essayait de comprendre ce que je faisais là.
— Vous posez beaucoup de questions, dit-il finalement.
— C'est un défaut professionnel.
— Vraiment ?
— Je pourrais vous dire que je suis journaliste, mais je doute que vous me croyiez.
— Vous auriez raison.
Je souris, amusée malgré moi.
Il avait de la répartie. Je ne m'y étais pas attendue.
— Jade, dis-je en lui tendant la main.
Il baissa les yeux vers mes doigts avant de les serrer brièvement.
— Alexander.
— Je sais.
Il haussa légèrement un sourcil.
Je me repris aussitôt.
— Enfin, votre nom est assez connu ici. Ce serait difficile de ne pas le savoir.
— Je vois.
Je regrettai presque immédiatement cette réponse. Elle donnait l'impression que je m'étais renseignée sur lui, alors que je n'avais fait que poser quelques questions à Vivienne et écouter les conversations des autres résidentes.
Je décidai de changer de sujet.
— Vous venez souvent ici ?
— Assez.
— Et vous n'avez toujours pas trouvé ce que vous cherchez ?
La question était sortie plus directement que je ne l'avais prévu.
Son expression changea légèrement. Ce n'était presque rien, un léger resserrement de la mâchoire, mais je le remarquai.
— Qu'est-ce qui vous fait croire que je cherche quelque chose ?
Je soutins son regard, même si je commençais à regretter ma curiosité.
— Vous ne seriez pas là si vous ne cherchiez rien.
Il resta silencieux un instant, puis reposa son verre sur le rebord de la fenêtre.
— Vous devriez profiter de votre soirée, Jade.
Je détestais la manière dont il avait prononcé mon prénom. Pas parce qu'il y avait quelque chose de désagréable dans sa voix, mais parce qu'il avait réussi à rendre ma tentative de séduction presque enfantine en une seule phrase.
— Je... profite la, répondis-je avec un sourire. Je discute avec vous.
— Alors trouvez quelqu'un de plus intéressant.
Il ne paraissait ni agressif ni méprisant. C'était peut-être pire. Il me parlait comme si la conversation était terminée, comme s'il avait décidé que je n'avais rien de plus à lui apporter.
Je sentis une pointe d'irritation me traverser.
— Vous savez, vous pourriez au moins faire semblant d'être un peu charmé. Ça ne vous coûterait rien.
Un bref silence suivit ma remarque.
Cette fois, il sourit vraiment, mais son expression ne se réchauffa pas pour autant.
— Je ne suis pas certain que vous apprécieriez que je fasse semblant.
Je ne sus pas quoi répondre immédiatement.
Il y avait quelque chose dans cette phrase qui me dérangeait, quelque chose que je n'arrivais pas à identifier. J'avais l'habitude des hommes qui me regardaient comme s'ils attendaient que je leur donne une raison de dépenser de l'argent. Alexander, lui, semblait presque contrarié que je cherche à attirer son attention.
Je n'étais pas habituée à ça.
— Vous avez peut-être raison, finis-je par répondre.
Je lui adressai un sourire poli, celui que j'utilisais lorsque je voulais cacher que quelque chose m'avait vexée, puis je m'éloignai avant qu'il puisse ajouter quoi que ce soit.
Je n'avais pas l'intention de lui courir après toute la soirée.
Si cet homme voulait rester seul, grand bien lui fasse.
Il y avait suffisamment de monde dans cette pièce pour que je trouve quelqu'un d'autre à qui parler.
Je retournai auprès d'Inès et de Sofia, qui me dévisagèrent dès que j'arrivai.
— Alors ? demanda Sofia.
— Il est charmant.
Inès éclata de rire.
— À ce point-là ?
— Il m'a conseillé d'aller discuter avec quelqu'un de plus intéressant.
— Quel connard.
— Je te fais pas dire ! lui dis-je attrapant une nouvelle coupe sur un plateau.
Je bus une gorgée de champagne, davantage pour m'occuper les mains que par envie.
J'avais beau prétendre que cette conversation ne m'avait pas atteinte, elle avait laissé une petite marque sur mon amour-propre. j'en était déja à mon troisième ou quatrième ....verre . Je n'avais pas l'habitude de me faire ignorer aussi facilement, et je détestais l'idée qu'Alexander puisse avoir décidé que je ne méritais même pas quelques minutes de son temps.
— Tu sais ce que tu devrais faire ? suggéra Inès. L'ignorer à ton tour.
— C'est exactement ce que je compte faire.
— Bien. Et maintenant, regarde-moi ce type qui vient de nous commander une bouteille.
Elle désigna une table située un peu plus loin, où un homme d'une cinquantaine d'années nous observait avec un sourire assuré.
— Il a l'air plutôt généreux, ajouta-t-elle.
Je suivis son regard.
L'homme portait un costume gris, une chemise ouverte au col et une montre imposante. Il avait les cheveux clairsemés et un visage qui semblait avoir été conçu pour exprimer une autorité qu'il n'avait pas nécessairement méritée. Il nous adressa un signe de la main.
Inès leva les yeux au ciel.
— Je sens que ma soirée va être longue.
Je ris, et pendant quelques minutes, je parvins à oublier Alexander. Nous discutâmes avec deux autres résidentes, échangeâmes quelques plaisanteries avec des invités et observâmes les danseuses qui se succédaient sur la scène. L'une d'elles, vêtue d'un ensemble noir scintillant, exécutait une chorégraphie lente autour de la barre tandis que des hommes assis au premier rang lui tendaient des billets.
Un peu plus loin, un couple disparut derrière la porte d'un salon privé. Une femme qui attendait près de l'entrée consulta son téléphone avant de suivre un homme qui lui avait murmuré quelque chose à l'oreille.
Je commençais à comprendre que cette soirée ne faisait que commencer.
C'est à ce moment-là que l'homme au costume gris s'approcha de moi.
Alexander releva les yeux vers moi, comme s’il n’avait pas été certain d’avoir bien entendu. Assis dans le salon, il avait posé sa veste sur le dossier d’un fauteuil et desserré légèrement le col de sa chemise. Malgré l’heure tardive, il conservait cette allure impeccable qui semblait faire partie de lui, comme si le moindre détail de son apparence répondait à une règle que lui seul connaissait.— Vous acceptez ?Je retins un sourire. Il fallait croire que, pour une fois, j’avais réussi à le surprendre.— Vous avez parfaitement entendu. J’accepte votre proposition.Il resta silencieux quelques secondes, ses yeux sombres fixés sur mon visage, comme s’il cherchait à déceler une hésitation que j’aurais oublié de dissimuler. Je soutins son regard sans ciller. Si je devais vivre sous le toit de cet homme, autant prendre l’habitude de ne pas baisser les yeux chaque fois qu’il me regardait comme s’il pouvait lire jusqu’à mes pensées.— Je suis curieux, finit-il par dire. Qu’est-ce qui vous
Jade : Les filles, vous n'allez jamais croire ce qui m'arrive.Inès : Si tu as épousé Blackwood pendant la nuit, je vais être très vexée de ne pas avoir été invitée.Sofia : Attends, quoi ? Tu es où ?Je pris une inspiration avant de leur raconter la soirée, l'intervention d'Alexander, le trajet jusqu'à sa maison et la proposition qu'il m'avait faite ce matin.Les réponses arrivèrent presque immédiatement.Inès : ATTENDS. Il t'a emmenée chez lui et maintenant il veut payer tes études ?Sofia : Jade, tu es sérieuse ? Il ne t'a vraiment rien demandé ?Jade : C'est justement ça le problème. Il ne veut rien. Enfin, il veut que je reprenne mes études, mais il ne me demande rien d'autre.Inès : Ma belle, tu as tiré le jackpot.Sofia : C'est peut-être une opportunité incroyable.Inès : Peut-être ? Il est milliardaire, il est beau et il veut lui payer sa vie. Moi, je signe où ?Je ris malgré moi.Jade : Vous êtes inutiles.Inès : Nous sommes réalistes.Sofia : Je suis contente que tu sois en
Je clignai des yeux.— Quoi ?— Une maison confortable, un compte suffisamment approvisionné pour que vous n'ayez plus à vous inquiéter de vos dépenses courantes, la possibilité de reprendre vos études et le temps nécessaire pour décider de ce que vous voulez faire de votre avenir.Je le regardai sans comprendre.— Vous êtes sérieux ?— Parfaitement.— Pourquoi ?— Comme ..... Disons que vous etes tomber sur le jackpot . Je partis d'un rire incrédule.— C'est votre explication ?— Oui.....pourquoi vous ne me croyez pas ? Je passai une main sur mon visage, essayant de comprendre à quel moment la situation avait cessé d'avoir le moindre sens.— Attendez. Vous êtes en train de me dire que vous voulez m'offrir une maison de l'argent et la possibilité de reprendre mes études, tout ça parce que je vous ai parlé pendant cinq minutes dans un club ?— Je ne vous ai pas tout a fait dit ça j'ai plutot dit que vous pourrez rester ici .— Ah mas oui ! pardon. Ça change absolument tout !!!Il
La première chose que je remarquai en montant dans la voiture, c'était l'odeur du cuir.Un cuir propre, discret, mélangé à un parfum boisé qui me rappelait celui d'Alexander. Tout dans cette voiture respirait l'argent, depuis les sièges impeccables jusqu'aux finitions sombres du tableau de bord, en passant par le silence presque irréel de l'habitacle. Je m'installai sur la banquette arrière en prenant soin de ne pas abîmer davantage ma robe, puis ramenai la veste sur mes épaules. Elle était beaucoup trop grande pour moi et sentait son propriétaire, ce qui me parut étrangement déplacé compte tenu des circonstances.Alexander s'assit à côté de moi et donna une adresse au chauffeur.Je regardai par la vitre tandis que la voiture s'éloignait du club, emportant avec elle les lumières dorées, les basses et cette atmosphère artificielle dans laquelle j'avais passé les dernières heures à prétendre que tout allait bien. Mon reflet flottait sur la vitre teintée, le maquillage légèrement estompé
— Vous êtes ravissante, dit-il en s'arrêtant à ma hauteur.Je lui adressai le sourire que j'avais appris à utiliser dans ce genre de situation.— C'est gentil.— Je m'appelle Richard. Et vous ?— Jade.Il prit ma main sans me demander la permission et y déposa un baiser qui me donna immédiatement envie de la retirer.— Enchanté, Jade.Je récupérai mes doigts avec un sourire qui, je l'espérais, paraissait naturel.— Moi aussi.Il me posa quelques questions sur mon âge, mes études et mon séjour à la Maison des Roses. Je répondis avec prudence, évitant les détails qui auraient pu lui donner l'impression qu'il avait déjà accès à ma vie. Il semblait pourtant satisfait de la conversation et, au bout de quelques minutes, me proposa de lui montrer un salon privé où nous pourrions nous entendre sans avoir besoin de crier par-dessus la musique.Je refusai poliment.Il insista.Je refusai de nouveau.Son sourire se figea légèrement.— Allons, Jade. Je ne vais pas vous manger.J'aurais voulu lui
Je le reconnus immédiatement, même si je ne l'avais aperçu que quelques fois. Il portait un costume noir parfaitement coupé, une chemise blanche dont le col était ouvert et une montre discrète qui devait coûter davantage que tout ce que je possédais. Ses cheveux sombres, légèrement grisonnants aux tempes, contrastaient avec son visage aux traits fermes. Il avait cette élégance naturelle des hommes qui n'ont pas besoin de vérifier si leur tenue leur va, parce qu'ils ont probablement un tailleur personnel pour s'en assurer.Mais ce n'était pas seulement son apparence qui attirait mon attention.C'était sa manière d'occuper l'espace sans chercher à le dominer, son regard calme qui parcourait la salle sans s'attarder sur les danseuses ni sur les groupes qui tentaient visiblement d'attirer son attention. Il salua un homme près de l'entrée, échangea quelques mots avec Vivienne, puis se dirigea vers le bar.— Oh, murmura Inès en suivant mon regard. Le fameux Blackwood.— Je n'ai rien dit.—







