LOGINDamien La lettre de Cecilia est arrivée ce matin, portée par un messager pressé et couvert de boue, et je l'ai lue avec un mélange d'agacement et de satisfaction. Cette femme est une imbécile, une intrigante sans envergure qui se croit plus maligne qu'elle ne l'est et qui s'imagine que je vais voler à son secours par pure bonté d'âme. Mais son message m'apporte des informations précieuses, des informations qui confirment ce que mes espions m'avaient déjà rapporté : Lydia a retrouvé la mémoire, elle a la Pierre de Mémoire, et elle prépare avec son frère un rituel pour briser le pacte qui la lie encore à Kaelan. Le rituel doit avoir lieu à la pleine lune. Dans trois jours, si mes calculs sont exacts. Cela me laisse peu de temps pour agir, mais je n'ai jamais été un homme qui recule devant un défi. Au contraire, j'aime l'urgence, j'aime la pression, j'aime sentir que le destin se joue à chaque instant et que la moindre erreur peut tout fair
LydiaL'orage éclate en fin d'après-midi, alors que je suis dans le jardin, seule, à marcher dans les allées bordées de buis et à respirer l'air lourd chargé d'humidité. Les nuages se sont accumulés tout au long de la journée, des nuages noirs et menaçants qui obscurcissaient le ciel et annonçaient la tempête, et maintenant ils crèvent, libérant des trombes d'eau qui s'abattent sur le sol avec un bruit assourdissant. Je n'ai pas le temps de me mettre à l'abri en quelques secondes, je suis trempée jusqu'aux os, les cheveux collés au visage, la robe plaquée contre mon corps, et je reste là, immobile sous la pluie battante, comme si j'avais besoin de cette violence des éléments pour apaiser la violence qui gronde en moi.Le baiser de Kaelan me hante. Depuis cette nuit dans la chambre du grenier, je ne peux pas cesser d'y penser, je ne peux pas cesser de sentir ses lèvres sur les miennes, ses mains sur mes épaules, son corps contre le mien. Il n'avait pas le
KaelanJe sors de la chambre du grenier en titubant, le cœur en miettes, les lèvres encore brûlantes du baiser que j'ai volé à Lydia. Le couloir est sombre, silencieux, et je m'appuie contre le mur pour reprendre mon souffle, pour calmer les battements affolés de mon cœur, pour tenter de comprendre ce qui vient de se passer. Je n'aurais pas dû l'embrasser. Je n'aurais pas dû m'approcher d'elle, la toucher, laisser mes émotions prendre le dessus sur ma raison. Mais quand j'ai vu cette robe, cette robe de mariée qu'elle tenait contre elle comme un bouclier et comme un trésor à la fois, j'ai été submergé par un flot de souvenirs et de désir que je n'ai pas pu contenir.C'était elle. C'était exactement elle, la femme que j'ai épousée il y a six ans, la femme que j'ai aimée et que je n'ai jamais cessé d'aimer, la femme que j'ai effacée et réduite à l'état de servante pour sauver notre fils. La robe de soie blanche contre son corps, les larmes sur ses joues, la fierté dans son regard malgré
Kaelan s'approche encore, et maintenant il est si près de moi que je sens la chaleur de son corps, son souffle sur mon visage, son odeur de bois de santal et de pluie et de regrets. Il tend la main, lentement, et ses doigts effleurent la robe, la soie, comme on effleure une relique sacrée.— Tu étais si belle, ce jour-là, dit-il d'une voix basse et vibrante, une voix de souvenir et de regret mêlés. La plus belle femme que j'aie jamais vue. Quand tu as remonté l'allée au bras de ton père, avec les fleurs bleues dans les cheveux et ce sourire lumineux, j'ai su que je ne méritais pas un tel bonheur. J'ai su que ma vie entière serait consacrée à te rendre heureuse, à te protéger, à t'aimer de toutes mes forces.— Et pourtant, tu m'as effacée, dis-je d'une voix plus dure que je ne l'aurais voulu. Tu as posé ta main sur mon front et tu as fait disparaître tout ce que nous avions partagé. Notre mariage, notre amour, notre fils. Tu as tout effacé, Kaelan. Tout.Kaelan ferme les yeux, et je vo
LydiaLe grenier est silencieux, enveloppé dans cette pénombre poussiéreuse que je connais bien maintenant, cette obscurité peuplée d'ombres et de souvenirs qui semblent attendre patiemment que quelqu'un vienne les réveiller. Je monte l'escalier étroit avec précaution, une bougie à la main, le cœur battant d'une émotion que je ne parviens pas à nommer. Cela fait des jours que je n'ai pas mis les pieds ici, des jours qui m'ont semblé des siècles, tant de choses ont changé depuis la dernière fois que j'ai forcé la serrure de la chambre secrète et découvert le portrait de la Duchesse Lydia Ashworth.Aujourd'hui, je ne cherche pas le portrait. Je sais déjà qui je suis, je sais déjà ce que j'ai perdu et ce que je m'apprête à reconquérir. Aujourd'hui, je cherche autre chose , quelque chose de plus intime, de plus personnel, de plus douloureux que tous les portraits du monde. Quelque chose qui m'appartient et qui m'a été volé en même temps que ma mémoire et mon identité.La chambre secrète e
LydiaJe n'aurais pas dû y aller. Je le sais, je le savais en franchissant les grilles du manoir à la tombée de la nuit, je le savais en prenant la route du village voisin, je le savais en entrant dans cette auberge discrète où Damien m'attendait depuis une heure déjà. Mais la curiosité a été plus forte que la prudence, et la colère qui m'habite depuis que j'ai retrouvé mes souvenirs m'a poussée à chercher des réponses là où je n'aurais peut-être trouvé que des mensonges.L'auberge est petite, enfumée, bondée de voyageurs et de villageois qui boivent et rient et se racontent des histoires à voix haute. Damien est assis dans un coin sombre, à une table isolée, un verre de vin à la main, et il se lève quand il me voit entrer, un sourire de bienvenue sur les lèvres.— Tu es venue, dit-il en me désignant la chaise en face de lui. J'espérais que tu viendrais, mais je n'étais pas sûr. Tu es une femme prudente, Lydia, et la prudence aurait pu te retenir







