LOGINChapitre 3
Damien
La porte claque derrière elle avec un bruit mat qui résonne dans le hall, et je reste là, debout au milieu du salon, le téléphone à la main, sans même me souvenir de ce que je disais à ma mère il y a encore une seconde.
Le silence retombe, lourd, étouffant, seulement troublé par le crépitement de la pluie contre les vitres.
Je fixe la porte close avec une drôle de sensation au creux de la poitrine, comme une brûlure sourde que je ne veux pas nommer.
Ma mère continue de parler dans l'écouteur, sa voix stridente qui commente les derniers préparatifs du mariage, qui énumère les invités, qui se réjouit de cette alliance avec les Devereux comme si elle venait de remporter une guerre.
— Damien, tu m'écoutes ?
Je sursaute, et je réponds d'un ton que j'essaie de rendre ferme.
— Oui, mère. Pardonne-moi, j'étais distrait.
— Je te disais que Camille a choisi les fleurs ce matin. Des roses blanches, un choix parfait, tout à fait digne de notre rang. Sa mère était ravie. Tout se passe comme prévu. Mais toi, tu sembles soucieux. Quelque chose ne va pas ?
Je passe une main sur mon visage, les yeux toujours fixés sur les billets éparpillés sur la table basse.
— J'ai parlé à Elena. Elle est partie. Ce soir, la maison sera vide.
Un silence approbateur à l'autre bout du fil, puis elle reprend.
— Parfait. Tu as bien fait, mon fils. Cette femme n'était pas de notre rang, et Camille t'offrira enfin l'héritage que tu mérites. Je n'ai jamais compris pourquoi ton père avait accepté ce premier mariage. Une Voss, quelle idée. Mais enfin, c'est du passé maintenant.
— Oui, mère.
— Tu verras, Camille est brillante, élégante, elle connaît les codes. Elle tiendra son rôle à merveille. Les actionnaires sont déjà rassurés. Ton avenir est assuré.
— Oui, mère.
— Tu ne sembles pas enthousiaste, Damien. Ne me dis pas que tu regrettes déjà cette petite Voss.
Sa voix s'est faite plus coupante, et je sens la désapprobation pointer sous la sollicitude.
— Non, mère. Je ne regrette rien. C'est mieux ainsi.
— Bien. Alors ne traînons pas. Le mariage est dans six semaines, et il y a tant à faire. Je passerai demain matin pour les dernières confirmations.
Je raccroche sans répondre, et je me verse un verre de whisky, un geste automatique, presque rituel, pour chasser cette sensation de vide qui s'installe en moi depuis que la porte a claqué.
Le liquide ambré brûle ma gorge, mais il ne réchauffe rien, il ne dissout pas l'image d'Elena debout dans l'escalier, sa main posée sur son ventre, ses yeux gris noyés de larmes qu'elle retenait avec une dignité qui m'a serré le cœur.
Je n'ai pas voulu voir ces larmes.
Je les ai ignorées.
J'ai prononcé des mots cruels, glacés, j'ai jeté de l'argent comme un lâche, et maintenant je me tiens là, dans ce salon vide, à me demander pourquoi je ressens ce poids sur la poitrine, cette angoisse qui ne me ressemble pas.
C'est la bonne décision.
Je murmure cette phrase à voix haute, comme pour m'en persuader, et je la répète plusieurs fois, adossé au bar, le verre à la main, tandis que la pluie continue de tomber dehors, inlassable.
C'est la bonne décision.
L'empire Cross sera sauvé.
Camille est une femme superbe et ambitieuse.
Tout rentrera dans l'ordre dès que les vœux seront prononcés.
Le lendemain matin, la villa est étrangement silencieuse.
Je me surprends à guetter le bruit de ses pas dans l'escalier, le tintement de sa tasse de thé contre la soucoupe, avant de me rappeler qu'elle n'est plus là, qu'elle ne sera plus jamais là.
Le personnel de maison évite mon regard, et je donne des ordres secs pour qu'on prépare la demeure à l'arrivée de Camille, pour qu'on efface toute trace de l'ancienne épouse, comme on nettoie une pièce après un incendie.
Ma mère arrive en milieu de journée, triomphante, un dossier sous le bras et un sourire qui n'admet aucune contradiction.
— J'ai apporté les maquettes des faire-part, dit-elle en s'installant dans le salon sans attendre d'y être invitée, le traiteur a confirmé, et le couturier de Camille attend tes mesures pour le costume. Tout doit être parfait.
— Parfait, oui.
— Ne fais pas cette tête, Damien. C'est un mariage, pas un enterrement.
Je ne réponds pas, le regard perdu par la fenêtre vers le portail qu'Elena a franchi sous la pluie.
Ma mère suit mon regard et pince les lèvres.
— Cesse de penser à elle. Elle n'était pas faite pour ce monde. Camille, elle, comprendra tes ambitions. Elle les partagera.
— Je sais, mère.
— Alors agis en conséquence.
Elle pose les maquettes sur la table basse, là où les billets étaient éparpillés la veille, et je détourne les yeux.
Le reste de la journée se passe en préparatifs, en appels, en réunions, et je me plonge dans cette agitation comme un noyé s'accroche à une bouée, pour ne plus penser, pour ne plus sentir ce vide étrange qui ne cesse de grandir.
Le soir, quand je me retrouve seul dans mon bureau, je sors d'un tiroir une vieille photographie, une photo de notre voyage de noces en Italie, où Elena sourit, insouciante, le visage illuminé par le soleil toscan.
Je la regarde longtemps, et je sens un pincement que je ne veux pas analyser.
Alors je la range, je referme le tiroir, et je me plonge dans les dossiers du mariage à venir, les contrats, les listes, les chiffres, pour noyer ce vide qui ne demande qu'à parler.
Chapitre 102AlexanderLe soir est tombé sur la résidence, un soir doux et paisible, baigné par la lumière dorée des derniers rayons du soleil qui embrasent les jardins, les fontaines, les roses blanches, et je me tiens debout sur la terrasse, les mains posées sur la balustrade de pierre, le regard perdu sur l'horizon, le cœur plein d'une émotion si vaste, si profonde, si bouleversante que je ne sais pas comment l'exprimer, comment la contenir, comment la partager. Elena est à côté de moi, silencieuse, sa tête posée sur mon épaule, sa main dans la mienne, et je sens sa chaleur, sa présence, son amour, comme un baume sur toutes les blessures, comme une lumière sur toutes les ombres, comme une promesse que tout ira bien, que le pire est derrière nous, que l'avenir nous appartient. Les jours qui viennent de s'écouler ont &e
Chapitre 101Le ConseilLa salle du Conseil est baignée d'une lumière solennelle, les candélabres allumés, les tentures de velours tirées sur les fenêtres, et les membres du Conseil des Dix sont réunis autour de la longue table de chêne, leurs visages graves, leurs regards tournés vers moi, vers Elena qui se tient debout à ma droite, vers cette femme qui a traversé tant d'épreuves, tant de guerres, tant de trahisons, et qui s'apprête à prononcer le jugement, à rendre la justice, à sceller le destin de ceux qui ont failli, de ceux qui ont trahi, de ceux qui ont été piégés. L'atmosphère est chargée d'une tension palpable, d'une gravité presque religieuse, et je sens le poids de cet instant, de cette décision, de cette responsabilité qui pèse sur nos épaules, su
Chapitre 100ElenaLa cellule est un cube de béton gris, froid, nu, éclairé par un néon blafard qui bourdonne sans discontinuer, et je me tiens debout devant la porte de fer, le cœur battant, les mains crispées sur le châle de cachemire que j'ai jeté sur mes épaules, les yeux fixés sur cette silhouette assise sur la couchette, cette silhouette qui fut autrefois un homme puissant, redouté, intouchable, et qui n'est plus aujourd'hui qu'un prisonnier, un vaincu, un ennemi à ma merci. Alistair Ashford est là, menotté, le visage marqué par la fatigue, par la rage, par la défaite, et pourtant, malgré tout, malgré la cellule, malgré les menottes, malgré l'humiliation, il lève la tête à mon approche, il me regarde, et dans ses yeux pâles, dans ces yeux d'un bleu si clair qu'ils en paraiss
Chapitre 99Le piègeLa grande salle de réception de l'hôtel Kingsbury a été transformée en un théâtre d'ombres et de lumières, une scène solennelle où doit se jouer la dernière manche de cette guerre souterraine, la comédie de la reddition, la tragédie des Ashford, le triomphe de la dynastie Voss, et je me tiens debout derrière les lourdes tentures de velours qui masquent l'entrée secondaire, le cœur battant à tout rompre, les mains glacées, l'esprit tendu comme une corde de violon prête à se rompre. Elena est à côté de moi, resplendissante dans une robe de velours noir qui la fait paraître plus fragile, plus vulnérable, plus vaincue, et c'est exactement ce que nous voulons, exactement ce que les Ashford attendent, exactement ce qu'ils espèrent voir : une h&eac
Chapitre 98ElenaLa salle de commandement est plongée dans une pénombre studieuse, les écrans clignotant doucement, les cartes déployées sur la table massive, les visages de mes gardiens tournés vers moi comme des fleurs vers le soleil, et je me tiens debout au centre de cette ruche souterraine, les mains posées à plat sur le verre froid, le cœur battant avec une lenteur solennelle, l'esprit en ébullition, la peur et la détermination se livrant en moi un combat acharné dont je refuse de laisser paraître la moindre trace. Liam est en sécurité, loin, protégé par Marcus et Zero, et cette certitude, cette unique certitude, me donne la force de penser, de réfléchir, d'élaborer, de préparer le plan le plus audacieux, le plus risqué, le plus dangereux que j'aie jamais conçu. Les Ashford sont
Chapitre 97DamienLe parc de la résidence est baigné par la lumière pâle de cette fin d'après-midi, les ombres des grands chênes s'allongeant sur les pelouses, les roses blanches frissonnant dans la brise, et je me tiens debout près de la fontaine aux nymphes, le cœur battant, les mains moites, les yeux fixés sur la terrasse où Elena apparaît enfin, escortée par Dante et Victoria, son visage pâle, ses traits tirés par l'angoisse, par des nuits sans sommeil, par cette peur qui ne la quitte plus depuis que Liam est caché dans cette forteresse secrète, loin d'elle, loin de nous, loin de tout ce qui pourrait le protéger autant qu'elle voudrait le faire elle-même. Je me suis agenouillé, je ne sais pas pourquoi, peut-être par habitude, par soumission, par ce besoin viscéral de me faire pardonner, de me faire
Chapitre 9AlexanderLa vibration contre ma poitrine est un code que je connais par cœur, un signal qui ne retentit que lorsque le monde est sur le point de basculer, que lorsque les fondations invisibles de l’ordre secret vacillent, que lorsque le sang de la dynastie est menacé. Je suis debout au
Chapitre 8ElenaLa douleur est un éclair blanc qui déchire le bas de mon ventre, une déflagration si violente que je tombe à genoux sur le carrelage glacé avant même de comprendre ce qui m’arrive, et le bruit de mes rotules frappant les tomettes disjointes se mêle au fracas de la boîte de thé qui
Chapitre 2 ElenaL'argent est resté sur la table, éparpillé comme les débris de ma vie, et je ne l'ai même pas regardé en passant devant pour monter dans ce qui était encore ce matin ma chambre conjugale.Les murs sont tapissés de souvenirs qui se moquent de moi : la photo de notre mariage sur la
Chapitre 1 ElenaJe tiens encore le petit bâtonnet entre mes doigts lorsque la salle de bains se met à tourner autour de moi, les murs de marbre blanc se diluant dans une brume de larmes que je ne sens même pas couler.Deux lignes roses.Deux lignes minuscules qui dansent devant mes yeux comme une







