ログインPoint de vue de MarcelL'horloge du tableau de bord affichait 18 h 08. Un vendredi soir.Le parking de la Laurent Corporation se vidait peu à peu tandis que les employés se hâtaient de regagner leurs foyers pour entamer leur week-end. Quelques voitures s'attardaient aux niveaux souterrains, leurs phares balayant les piliers de béton.Je ralentis ma Mercedes noire près de la sortie, et il était là.Martin Wellbeck se tenait à côté de sa berline grise, une mallette dans une main et son téléphone dans l'autre, arborant l'air d'un homme qui avait passé toute la journée à répondre à des questions qu'il préférait éluder.Je souris. Timing parfait.Je m'arrêtai à sa hauteur et baissai la vitre du passager. « Wellbeck ! »Il leva les yeux. « Monsieur Laurent. »« En route pour la maison ? »« C'était le plan. »« Changement de programme. Monte. »Il promena son regard de moi à la voiture. « Il y a un problème ? »« Faut-il qu'il y ait un problème pour que je t'invite quelque part ? »Un souri
Point de vue de Paul La salle de réunion ne m'avait jamais paru aussi étouffante. Je m'asseyais au bout de la longue table en acajou, les mains posées sur le dernier rapport financier. Autour de moi se trouvaient six administrateurs, Martin Wellbeck et mon frère. Personne n'avait touché au café ni aux viennoiseries disposés devant eux. Ils voulaient des réponses, et je n'en possédais pas assez. « Pouvons-nous commencer ? » demandai-je. Richard Coleman, le président, rajusta ses lunettes. « Je crois que nous ferions mieux. Cette réunion se fait grandement attendre, Paul. » « D'accord. » Il ouvrit son dossier. « Nous avons reçu plusieurs rapports concernant des transactions douteuses au sein de cette entreprise. Trois millions de dollars en acquisitions qui ont été soit mal documentées, soit passées sous silence. Et l'on nous a affirmé qu'une partie de cet argent avait pu transiter par des sociétés écran. » Il leva les yeux. « Alors, qu'est-ce qui se passe exactement ici ? » Je
Point de vue d'Yvonne Je fixais la confirmation de rendez-vous depuis près de dix minutes. Vendredi. 9 h 00. Mon sac à main reposait sur la chaise près de la penderie. L'adresse de la clinique était toujours affichée sur mon téléphone. Et j'étais toujours perchée sur le bord de mon lit, comme si me lever relevait d'une décision plutôt que d'un simple mouvement. Je savais que je devais y aller. J'avais fait une promesse à Steph. Mais l'idée de m'asseoir devant un médecin et de mettre des mots sur tout cela me nouait l'estomac. Et si quelque chose d'infiniment grave clochait ? J'avalai ma salive. Peut-être surréagissais-je. Le stress pouvait provoquer de tels états. Je mangeais à peine, et je n'avais pas dormi correctement depuis mon départ du manoir des Laurent. Il existait des explications parfaitement sensées. Du moins, je l'espérais. Je me levai et m'approchai de la fenêtre. Le trafic matinal s'intensifiait en bas. Les bus soufflaient au bord du trottoir, les passants se hâ
Point de vue de Gwen La première chose que je remarquai fut le plafond. Il était trop haut, trop blanc, et ce n'était pas le mien. Pendant quelques secondes de désorientation, je restai immobile, attendant que mon esprit rattrapé le fil. Puis je tournai la tête et embrassai du regard les rideaux crème, les hautes fenêtres, le mobilier lourd et somptueux, et tout revint en mémoire d'un seul coup. Le manoir des Laurent. La maison de Paul. Je me redressai lentement, tirant la couette contre ma poitrine, et un sourire se dessina sur mon visage avant que je ne pusse l'en empêcher. J'avais réellement passé la nuit ici. Pendant des mois, j'étais allée et venue dans cette maison. Des dîners, des réunions privées, les quelques heures que Paul consentait à m'accorder. Et à chaque fois, j'étais repartie avant que la nuit ne se transformât en matinée. Jamais personne ne m'avait demandé de rester. Jamais je ne m'étais tout à fait autorisée à le désirer. La veille, Paul l'avait demandé. Il
Point de vue d'Yvonne La première chose que je vis lorsque j'ouvris les yeux fut l'heure. 5 h 03. Je restai étendue à fixer le plafond, me demandant pourquoi j'étais déjà réveillée. Mon corps paraissait lourd, et une sourde douleur persistait au bas de mon ventre, compagne à laquelle je commençais beaucoup trop à m'habituer. Je tendis la main vers mon téléphone. Deux courriels. L'un provenait d'une infonulettre dont je ne me rappelais pas m'être abonnée. L'autre était arrivé la veille à 21 h 46. Invitation à un entretien – Poste d'analyste financier. Je me redressai d'un bond, pressant le téléphone contre ma poitrine pendant une seconde, de peur qu'il ne change d'avis. C'était l'entreprise auprès de laquelle j'avais postulé trois jours plus tôt. Ils avaient examiné ma candidature et souhaitaient me voir à 10 h 30 ce matin-là. Je lus le courriel du début à la fin, vérifiant l'adresse, le nom du contact, la demande d'apporter mon CV et mes justificatifs. Puis je le relus, au cas o
Point de vue de Paul La ville défilait en flou par ma fenêtre tandis que je rentrais chez moi en voiture. Manhattan était toujours animée malgré l'heure avancée. Les voitures se pressaient dans les rues, les taxis s'arrêtaient brusquement aux intersections, et les piétons se hâtaient sur les trottoirs, le visage enfoui dans leur téléphone. D'ordinaire, ce mouvement m'apportait du réconfort. Ce soir, il ne faisait qu'accroitre mon agitation. Ma conversation avec Marcel tournait en boucle dans mon esprit. Lui as-tu vraiment donné une chance de s'expliquer ? Je resserrai mes mains sur le volant. Je ne voulais pas penser à Yvonne. Pas ce soir. Mon téléphone vibra contre le siège passager. Je jetai un coup d'œil à l'écran. Gwen. Son nom trottait dans un coin de ma tête depuis son message un peu plus tôt. Elle avait voulu me dire quelque chose, mais la journée avait avalé la conversation. La réunion avec Marcel et Martin y avait veillé. Je répondis par le biais du système mains lib







