LOGINLe silence dans le couloir dure une seconde de trop.
Puis Gérard fronce les sourcils. - Qu’est-ce que tu fais ici avec lui ? Je le fixe, sans comprendre immédiatement son ton. - Gérard… Christophe tente de parler. - Ce n’est pas ce que tu crois— Mais Gérard ne l’écoute pas. Sa voix monte brusquement. - Donc c’est ça ? C’est comme ça que tu mets le déshonneur sur notre famille ? Je recule d’un pas. - Écoute Gérard, je .... Mais il s’avance. - Tu te rends compte de ce que tu fais ? Dans un hôtel ? Avec un homme ? Christophe lève les mains. -Calme-toi, je peux t’expliquer— Gérard le frappe. Tout arrive trop vite. Christophe chancelle, surpris, puis recule. - Christophe ! criai-je. - Pars ! Je lui dit . Ça va aller ! Il hésite une seconde, puis s’éloigne rapidement dans le couloir. Je reste figée. Le souffle coupé. Je me tourne vers Gérard. - Mais tu es malade ?! Il me regarde, hors de lui. - Et toi ? Tu sais ce que tu es en train de faire ? - Je suis adulte ! Ma vie ne te regarde pas ! Sa mâchoire se crispe. - Tu crois que je vais te laisser détruire la réputation de notre famille ? Il m’attrape par le bras. - Lâche-moi . Mais il ne m’écoute pas. Il me tire hors de l’hôtel. Le trajet du retour est silencieux. Brutal. Je n’arrive même pas à parler. Quand nous arrivons à la maison, il me pousse violemment dans le salon. - Explique-toi tout de suite. Il me le dit avec la rage . Je perds l’équilibre un instant. Ma mère se lève immédiatement. - Mais qu’est-ce qui se passe ici ? Gérard parle le premier. - Je suis allé déposer un ami à l’hôtel. Et je les ai vus. Il me désigne. - Elle et un homme. Ensemble. Dans un hôtel. Le monde semble s’écrouler. Je reste figée. - Ce n’est pas ce que tu crois… murmuré-je. Mais ma voix est trop faible. Trop tard. Ma mère porte une main à sa bouche. - Oh mon Dieu , Oh mon Dieu, cette fille nous a tué . Dit maman de façon hystérique Mon père entre à son tour. Son regard tombe sur moi. Et il ne demande pas d’explication. - Est-ce vrai ? dit-il simplement. Je tremble. - Je ... Je ... Je... Je bégaie Son visage se durcit. - Tu n’as aucune idée de ce que tu viens de faire. Je recule. - Papa, écoute-moi— Mais sa main s’abat sur la table. - Silence. Le son me fait sursauter. Ma mère est choquée. - Lurie… comment as-tu pu , qu'est ce qui t'es passé par la tête Sa voix tremble. - Est-ce ça l’éducation que nous t’avons donnée ? Les larmes montent à mes yeux. - Je suis désolé ! Mais personne ne m’écoute. Mon père s’approche. - Tu te rends compte de ce que les gens vont dire ? Tu te rends compte de ce que cela signifie pour ton avenir ? Je secoue la tête, en larmes. - Vous ne comprenez rien… Il me saisit le bras plus fermement cette fois. - Tu vas monter dans ta chambre , et crois moi , tu n'en sortira pas d'aussi tôt Je le regarde, choquée. - Lâche-moi… Ce n'est pas juste ce que vous me faites . Mais il ne lâche pas tout de suite. Puis il me repousse. Je manque de tomber. Ma mère détourne le regard, incapable de soutenir la scène. Je monte les escaliers en tremblant. Chaque marche me semble plus lourde que la précédente. Dans ma chambre, je referme la porte. Et je m’effondre. Pour la première fois… Je comprends que dans cette maison, une erreur suffit pour tout faire basculer.Le dimanche est enfin là.Pour une fois, la maison est calme.Le soleil traverse les grandes baies vitrées du salon et baigne la pièce d'une lumière douce.Je termine de débarrasser la table du petit-déjeuner pendant qu'Hemera joue sur le tapis avec ses cubes en bois.Depuis quelques jours, elle marche de mieux en mieux.Elle fait trois ou quatre petits pas avant de tomber sur ses fesses, puis éclate de rire comme si c'était la chose la plus amusante au monde.- Mon petit cœur...Je m'accroupis devant elle et lui tends les bras.Elle pousse un cri de joie avant de se relever tant bien que mal.Ses petites jambes tremblent légèrement.Elle avance vers moi, concentrée, les bras tendus pour garder son équilibre.Un pas, puis un deuxième, un troisième.Et finalement, elle se jette dans mes bras en riant.Je l'embrasse plusieurs fois sur les joues.- Tu deviens un
Depuis quelque temps, ma vie reprend doucement son cours.Les journées sont rythmées par Hemera, mes préparatifs pour la rentrée universitaire et les sorties que j'accepte enfin de faire avec Amy.Je n'aurais jamais imaginé retrouver un jour cette légèreté.Elle est encore fragile.Mais elle existe.Ce samedi après-midi, Amy m'envoie un message.- Les filles se retrouvent au café dans une heure. Tu viens ?Je souris en lisant son message.Depuis que nous sommes devenues amies, elle refuse de me laisser m'enfermer entre les quatre murs de cette maison.Je réponds rapidement.- J'arrive.Je confie Hemera à la nounou, puis je quitte la maison.Le café est animé.Amy est déjà installée avec plusieurs de ses amies.Lorsque j'arrive, elle se lève immédiatement pour me prendre dans ses bras.- Enfin !On croyait que tu allais nous poser un lapin.
Les jours passent paisiblement.Pour la première fois depuis longtemps, je n'ai plus l'impression que les journées se ressemblent toutes.Je continue de m'occuper d'Hemera.Je prépare doucement ma reprise à l'université.Et surtout, j'apprends à penser un peu plus à moi.Ce n'est pas facile.Pendant longtemps, j'ai eu l'impression que mes envies n'avaient aucune importance.Aujourd'hui encore, lorsque je fais quelque chose uniquement pour moi, une petite voix au fond de ma tête me murmure que je suis égoïste.Amy, elle, ne cesse de me répéter le contraire.- Tu as le droit d'être heureuse, Lurie.Au début, je n'y croyais pas.Maintenant, j'essaie.Un samedi matin, mon téléphone sonne.Le nom d'Amy s'affiche sur l'écran.Je décroche aussitôt.- Bonjour.- Bonjour ? Seulement bonjour ?Je souris.- Qu'est-ce que j'ai encore f
Depuis le départ de mes parents, la maison est devenue étrangement silencieuse.Je pensais ressentir du soulagement.Pourtant, je n'arrive pas à me débarrasser complètement de ce qui s'est passé.Les paroles de ma mère tournent encore dans ma tête.Tu n'es plus la fille que nous avons élevée.Peut-être avait-elle raison.Mais pour la première fois, je ne sais pas si je dois en avoir honte.Je suis assise dans le salon avec Hemera lorsqu'elle commence à devenir agitée.Elle joue depuis quelques minutes avec ses cubes, mais quelque chose semble différent.Elle se frotte les yeux.Puis elle se met à pleurnicher.- Qu'est-ce qu'il y a, mon bébé ?Je la prends dans mes bras.Son petit corps est étonnamment chaud.Je fronce les sourcils.Je pose ma main sur son front.- Hemera...Elle gémit doucement.Mon cœur se serre.
Le lendemain matin, je suis réveillée par la sonnette.Une fois.Puis deux.Puis trois.La personne qui se trouve derrière la porte ne semble pas décidée à attendre.Je jette un coup d'œil au réveil.Neuf heures.Je sors rapidement de ma chambre.Dans le salon, la nounou joue tranquillement avec Hemera sur le tapis.En me voyant, elle se lève immédiatement.- Bonjour, Madame.Je lui souris.- Bonjour, Aline. Je vais ouvrir.À peine ai-je posé la main sur la poignée que la porte s'ouvre brusquement.Ma mère entre la première.Son visage est fermé.Mon père la suit de près.Son expression est tout aussi sévère.Je n'ai même pas le temps de les saluer.Le regard de ma mère se pose immédiatement sur la jeune femme assise près d'Hemera.Elle fronce les sourcils.- Qui est cette femme ?Aline s
Depuis l'anniversaire d'Hemera, quelque chose a changé en moi.Je ne peux plus continuer à vivre uniquement pour les autres.Les paroles de ma famille m'ont profondément blessée.Pourtant, au lieu de m'anéantir, elles ont fini par réveiller une partie de moi que je croyais perdue.Je recommence doucement à vivre.Je sors davantage avec Amy.Je découvre de nouveaux cafés.De nouveaux endroits.Je rencontre aussi quelques-unes de ses amies.Au début, j'étais intimidée.J'avais l'impression de ne plus savoir comment être une jeune femme de vingt ans.Mais elles ne me jugent jamais.Avec elles, je ne suis ni la sœur de Nevia, ni la femme de Lux.Je suis simplement Lurie.Ce vendredi soir, Amy m'envoie un message.« Prépare-toi. On sort toutes ensemble ! »Je souris malgré moi.Je regarde Hemera, qui joue tranquillement dans le salon ave







