LOGINJe ne sors pas de ma chambre.
Le silence est lourd. Presque hostile. Les minutes passent sans que je m'en rende compte. Je reste assise au bord de mon lit, les mains serrées sur mes genoux. J'essaie de remettre de l'ordre dans mes pensées, mais tout se mélange. Les paroles de Christopher. Les regards des autres. Les accusations. La peur. La honte. Tout tourne dans ma tête jusqu'à me donner l'impression d'étouffer. Je ferme les yeux quelques secondes. J'aimerais me réveiller et découvrir que tout cela n'était qu'un mauvais rêve. Mais quand je les rouvre, les murs sont toujours là. La même chambre. La même solitude. La porte s'ouvre. Ma mère entre. Sans frapper. Elle tient Hemera dans ses bras. Mon cœur fait un bond. Pendant une seconde, je crois qu'elle est venue me voir. Qu'elle a enfin décidé de me parler comme une mère parle à sa fille. Je me redresse aussitôt. - Maman ? Elle ne répond pas. Ses pas sont lents. Son visage est fermé, marqué par la fatigue. On dirait qu'elle a vieilli en une seule journée. Elle s'approche du lit et dépose délicatement Hemera à côté de moi. Le bébé remue doucement dans sa couverture. Je tends aussitôt les bras vers elle, comme si j'avais peur qu'on me l'enlève à nouveau. Je la serre contre moi. Sa chaleur me calme un peu. Je relève les yeux vers ma mère. - Maman, je répète Elle garde toujours le silence. Ses lèvres tremblent légèrement avant qu'elle ne prenne enfin la parole. - J'ai essayé. Je fronce les sourcils. - Je ne comprends pas... Elle pousse un profond soupir. - J'ai essayé de te comprendre. Ces mots me font mal avant même qu'elle continue. Parce qu'ils sonnent déjà comme un abandon. Elle lève enfin les yeux vers moi. Je ne reconnais pas son regard. Il n'y a ni douceur... Ni affection. Seulement une immense déception. - J'ai honte de toi, Lurie. Mon souffle se bloque. Ces mots résonnent dans toute la pièce. Je les entends encore et encore. Comme un coup de marteau. - Maman... Ma voix est à peine audible. - Tu aurais pu être différente. Sa voix tremble. Mais ce n'est pas de la tristesse. C'est de la déception. - Regarde Nevia. Mon cœur se serre. Encore elle. Toujours elle. Depuis que nous sommes petites, je vis dans son ombre. Nevia est la fille parfaite. La fille obéissante. La fille dont tout le monde est fier. Et moi, Je suis toujours celle qui déçoit. - Ne la compare pas à moi... Elle secoue lentement la tête. - Pourquoi pas ? Elle n'a jamais fait honte à cette famille, elle a toujours été une bonne fille. Je baisse les yeux. Je connais ce discours. Je l'ai entendu toute ma vie. Mais aujourd'hui,Il me détruit plus que jamais. - Tu aurais dû apprendre d'elle, poursuit-elle. Les larmes montent malgré moi. - Mais toi, tu refuses tout. Je serre Hemera un peu plus contre moi. Comme si elle était la seule chose qui me restait. - Même ce que la vie t'impose. Je relève lentement la tête. - Ce que vous appelez la vie, ce sont vos choix, pas les miennes. Un silence tombe. Ma mère détourne le regard. Elle ne cherche même plus à me convaincre. Comme si elle avait abandonné l'idée de sauver notre relation. Elle tourne les talons. Sans un mot de plus. La porte se referme. Je reste immobile. Une larme glisse sur ma joue avant de tomber sur la couverture d'Hemera. Je l'essuie rapidement. Je refuse qu'elle me voie pleurer. Même si elle est encore trop petite pour comprendre. Je pose doucement ma main sur sa joue. - Toi, je commence vraiment à t'aimer. Ma voix n'est qu'un murmure. Je ne sais pas comment. Je ne sais pas quand. Mais hemera a prit une grande place dans mon cœur. Quelques minutes passent. Puis des pas résonnent dans le couloir. Lourds, lents, déterminés. Je n'ai même pas besoin de lever les yeux pour savoir de qui il s'agit. Mon père entre. Son visage est impassible. Il ne regarde même pas Hemera. Ses yeux se posent directement sur moi. - Donne-moi ton téléphone. Je cligne des yeux. - Mais pourquoi ? -Ne me mets pas d'avantage en colère , fait ce que je te dis. Sa voix ne laisse aucune place à la discussion. Je serre instinctivement mon téléphone contre moi. C'est le seul lien qu'il me reste avec le monde extérieur. - Papa s'il te plaît... Ne me fait pas ça. Il avance d'un pas. - Tu ne vas plus sortir d'ici. Mon cœur s'emballe. - Tu n'as pas le droit, je ne suis pas une prisonnière - Donne. Cette fois, sa voix est encore plus froide. Je comprends que résister ne servira à rien. Mes doigts tremblent lorsque je lui tends le téléphone. Il me l'arrache presque des mains. Sans un regard. Sans une hésitation. Comme s'il confisquait un simple objet. Pas la dernière liberté qu'il me restait. Il recule vers la porte. - À partir d'aujourd'hui, tu restes ici jusqu'à ton mariage. Je sens la panique m'envahir. - Tu m'enfermes ? Et je fais comment pour mes cours ? Il garde le silence. Son regard répond à sa place. Oui, Il m'enferme. Il ouvre la porte. Sort. Puis je l'entends tourner la clé dans la serrure. Le bruit métallique résonne dans toute la chambre. Un seul déclic. Pourtant, il suffit à faire s'écrouler le peu d'espoir qui me restait. Je cours jusqu'à la porte. J'appuie sur la poignée. Elle ne bouge pas. Je frappe. Une fois. Puis deux. - Papa ! Aucune réponse. Seulement le silence. Je laisse mon front reposer contre le bois froid. Les larmes coulent enfin sans que je puisse les retenir. Pour la première fois, je comprends que ce n'est plus une menace. Ce n'est plus une punition. C'est une prison.Les mois passent.Si vite que j'ai parfois l'impression qu'ils me glissent entre les doigts.L'hiver laisse doucement sa place aux premiers rayons du printemps.Les arbres retrouvent leurs couleurs.Les fleurs recommencent à éclore.Et, contre toute attente, quelque chose change aussi dans cette maison.Pas brusquement.Pas du jour au lendemain.Seulement à travers de petites choses presque insignifiantes.Des habitudes qui s'installent sans qu'on s'en rende compte.Chaque dimanche, ou presque, nous sortons désormais tous les trois.Au début, c'était uniquement pour faire plaisir à Hemera.Aujourd'hui...J'attends ces journées avec impatience.Parce que ce sont les seuls moments où j'oublie tout le reste.La tradition.Les comparaisons.Les reproches.Pendant quelques heures, je ne suis plus la sœur de Nevia.Je su
Le rire d'Hemera résonne dans tout le parc.À chaque mouvement de la balançoire, elle éclate un peu plus de rire.Ses petites jambes s'agitent dans tous les sens tandis qu'elle tend les mains vers le ciel.Je ne peux pas m'empêcher de rire avec elle.- Je crois qu'elle adore ça.Lux esquisse un léger sourire.- On dirait bien.Je continue de pousser doucement la balançoire.Chaque éclat de rire de notre fille réchauffe mon cœur.J'aimerais arrêter le temps.Conserver cet instant pour toujours.Au bout de quelques minutes, Hemera commence à remuer dans son siège.Elle tend les bras vers moi.Je comprends immédiatement.- Tu veux descendre ?Elle pousse un petit cri enthousiaste.Lux la détache avec précaution avant de la poser au sol.À peine ses pieds touchent-ils la terre qu'elle repart à l'aventure.- Hemera !El
Le dimanche est enfin là.Pour une fois, la maison est calme.Le soleil traverse les grandes baies vitrées du salon et baigne la pièce d'une lumière douce.Je termine de débarrasser la table du petit-déjeuner pendant qu'Hemera joue sur le tapis avec ses cubes en bois.Depuis quelques jours, elle marche de mieux en mieux.Elle fait trois ou quatre petits pas avant de tomber sur ses fesses, puis éclate de rire comme si c'était la chose la plus amusante au monde.- Mon petit cœur...Je m'accroupis devant elle et lui tends les bras.Elle pousse un cri de joie avant de se relever tant bien que mal.Ses petites jambes tremblent légèrement.Elle avance vers moi, concentrée, les bras tendus pour garder son équilibre.Un pas, puis un deuxième, un troisième.Et finalement, elle se jette dans mes bras en riant.Je l'embrasse plusieurs fois sur les joues.- Tu deviens un
Depuis quelque temps, ma vie reprend doucement son cours.Les journées sont rythmées par Hemera, mes préparatifs pour la rentrée universitaire et les sorties que j'accepte enfin de faire avec Amy.Je n'aurais jamais imaginé retrouver un jour cette légèreté.Elle est encore fragile.Mais elle existe.Ce samedi après-midi, Amy m'envoie un message.- Les filles se retrouvent au café dans une heure. Tu viens ?Je souris en lisant son message.Depuis que nous sommes devenues amies, elle refuse de me laisser m'enfermer entre les quatre murs de cette maison.Je réponds rapidement.- J'arrive.Je confie Hemera à la nounou, puis je quitte la maison.Le café est animé.Amy est déjà installée avec plusieurs de ses amies.Lorsque j'arrive, elle se lève immédiatement pour me prendre dans ses bras.- Enfin !On croyait que tu allais nous poser un lapin.
Les jours passent paisiblement.Pour la première fois depuis longtemps, je n'ai plus l'impression que les journées se ressemblent toutes.Je continue de m'occuper d'Hemera.Je prépare doucement ma reprise à l'université.Et surtout, j'apprends à penser un peu plus à moi.Ce n'est pas facile.Pendant longtemps, j'ai eu l'impression que mes envies n'avaient aucune importance.Aujourd'hui encore, lorsque je fais quelque chose uniquement pour moi, une petite voix au fond de ma tête me murmure que je suis égoïste.Amy, elle, ne cesse de me répéter le contraire.- Tu as le droit d'être heureuse, Lurie.Au début, je n'y croyais pas.Maintenant, j'essaie.Un samedi matin, mon téléphone sonne.Le nom d'Amy s'affiche sur l'écran.Je décroche aussitôt.- Bonjour.- Bonjour ? Seulement bonjour ?Je souris.- Qu'est-ce que j'ai encore f
Depuis le départ de mes parents, la maison est devenue étrangement silencieuse.Je pensais ressentir du soulagement.Pourtant, je n'arrive pas à me débarrasser complètement de ce qui s'est passé.Les paroles de ma mère tournent encore dans ma tête.Tu n'es plus la fille que nous avons élevée.Peut-être avait-elle raison.Mais pour la première fois, je ne sais pas si je dois en avoir honte.Je suis assise dans le salon avec Hemera lorsqu'elle commence à devenir agitée.Elle joue depuis quelques minutes avec ses cubes, mais quelque chose semble différent.Elle se frotte les yeux.Puis elle se met à pleurnicher.- Qu'est-ce qu'il y a, mon bébé ?Je la prends dans mes bras.Son petit corps est étonnamment chaud.Je fronce les sourcils.Je pose ma main sur son front.- Hemera...Elle gémit doucement.Mon cœur se serre.







