LOGINJe cherche du travail partout. Tous les jours. Toutes les heures. Je me lève avant l'aube, je marche des kilomètres, je vais dans les fermes, dans les commerces, dans les maisons riches. Je frappe à toutes les portes. Je propose de laver, de coudre, de nettoyer, de garder les enfants, de porter des charges. Je propose tout. Je ferais n'importe quoi.
— Rien pour toi, ma petite.
— On a déjà quelqu'un. On a toujours eu qu
ÉabhaJe la prends. Je la prends et je marche vers la cabane. J'ouvre la porte, j'entre. Papa est assis sur la paillasse, il ne bouge pas. Tante Aisling est près de la cheminée, elle essaie de ranimer le feu avec ses dernières allumettes.Je vais vers la cheminée. Je jette la couronne dans les flammes mourantes.Les fleurs crépitent, se recroquevillent, noircissent. Les pétales se tordent dans la chaleur, se recroquevillent sur eux-mêmes, deviennent des cendres. L'odeur des lys brûlés remplit la cabane, une odeur douce et âcre à la fois, une odeur de mort et de parfum, une odeur qui reste dans les narines.Je regarde les pétales qui se tordent, les tiges qui se brisent, les couleurs qui s'effacent. Le blanc devient jaune, puis brun, puis noir. Les fleurs qui étaient si belles ne sont plus que des cendres grises, des souvenirs, rien.Bientôt, il ne r
Et je la jette.Les anciens amis font de même, un par un, avec des gestes gênés, des regards furtifs. Ils ne connaissaient pas ma mère. Pas vraiment. Pas comme nous. Ils sont là par devoir, par souvenir, par ce qui reste d'une amitié qui n'existe plus.Puis c'est fini.Maman est sous terre.Maman n'est plus.Les anciens amis s'en vont, un par un, sans se retourner. Leurs pas s'éloignent sur la neige fraîche, s'effacent, disparaissent. Bientôt, il n'y a plus que nous. Seuls devant la tombe. Seuls avec notre chagrin. Seuls avec ce qui nous reste.Je reste là, immobile, à regarder la terre qui recouvre ma mère. La neige tombe, plus épaisse maintenant, plus rapide. Bientôt, elle aura tout recouvert. Bientôt, on ne verra plus la tombe. Bientôt, on ne saura même plus qu'elle est là, sous cette terre, sous cette neige,
Je suis là, dans ma robe la moins trouée, celle que j'ai gardée pour les grandes occasions, celle que maman m'avait offerte pour mon dix-huitième anniversaire. Mes cheveux sont brossés, mes mains sont lavées. Je veux être belle pour elle. Je veux qu'elle soit fière.Papa est là, portant le drap blanc comme on porte un trésor, comme on porte sa propre vie, comme on porte tout ce qui reste d'un monde qui n'existe plus. Il marche lentement, chaque pas est un effort, chaque souffle est une prière.Et quelques autres.Des anciens amis de mon père. Des gens qui ont travaillé avec lui pendant des années, qui ont partagé des repas, des rires, des moments. Ils sont là, le chapeau à la main, le regard baissé, la gêne sur le visage. Ils n'osent pas s'approcher trop. Ils restent en retrait, comme s'ils craignaient d'être cont
Je reste à genoux près de ma mère. Sa main est froide dans la mienne. Sa peau a déjà pris cette couleur de cire, cette texture de chose qui n'est plus vivante. Je la regarde. Je regarde ses mains qui ont tant travaillé, ses doigts noueux par l'arthrose, ses ongles cassés par les lessives, ses paumes durcies par les années. Je les porte à mes lèvres. Je les embrasse. Une dernière fois.Tante Aisling s'approche enfin. Ses mains se posent sur mes épaules, ses bras m'entourent, elle me serre contre elle. Elle ne dit rien. Il n'y a rien à dire. Rien qui puisse remplir ce vide, rien qui puisse combler ce manque.Je pleure. Je pleure toutes les larmes que j'ai gardées pendant des semaines, toutes celles que j'ai enfouies au fond de moi pour tenir, pour avancer, pour survivre. Je pleure sur la main froide de ma mère, sur son visage gris qui n'aura plus jamais
Sa voix est ferme, malgré la faiblesse. Il n'y a plus rien à espérer. Il n'y a plus rien à faire. Je sais. Je sais depuis longtemps, depuis qu'elle a craché son premier sang, depuis qu'elle n'a plus pu se lever, depuis qu'elle a commencé à s'en aller.— Il n'y a plus rien, ma chérie. Je sais. Je sais depuis le début. Depuis cette nuit où tu es rentrée, avec ta robe déchirée et tes mains en sang. Depuis ce jour où ils nous ont pris notre maison. Depuis cet hiver qui n'en finit pas. Je sais.Sa main se serre sur la mienne. Une pression infime, presque inexistante, mais je la sens. Je la sens comme si c'était la chose la plus forte du monde. Comme si toute la force qui lui reste s'est concentrée dans ce geste, pour me dire : je suis encore là. Je t'aime encore. Je ne te quitte pas.— Je voulais te voir heureuse, dit-elle.
ÉabhaLa nuit du trente-deuxième jour est une nuit sans lune, sans étoiles, sans rien.Le ciel est noir, opaque, une chape de ténèbres qui écrase la cabane, qui écrase nos vies, qui écrase tout. Il ne neige plus, mais le froid est là, plus mordant que jamais, un froid qui pénètre les murs de bois pourri, qui traverse les couvertures usées jusqu'à la trame, qui s'infiltre dans les os et y reste comme une présence, comme un rappel que la mort est proche.Maman n'a pas bougé de la journée. Pas un geste, pas un mot, pas un souffle qu'on puisse entendre sans tendre l'oreille jusqu'à la douleur.Elle est allongée sur la paillasse, ses yeux ouverts mais vides, fixés sur quelque chose que je ne vois pas, quelque chose qui n'est pas dans cette cabane, pas dans ce monde. Sa bouche est entrouverte mais silencieuse, comme
Il recule d'un pas. Juste un pas. Ses yeux se plissent, deviennent deux fentes étroites.— Tu ne ferais pas ça.— Essaie-moi.Nous nous regardons. Une minute. Deux minutes. Trois minutes. Le silence est si épais qu'on pourrait le
ÉabhaIl est passé minuit quand on frappe à la porte.Trois coups. Discrets mais fermes. Le bruit traverse la cabane comme un coup de tonnerre dans le silence de la nuit. Le bois vibre, les murs tremblent, le sommeil se déchire.Tante
Il se lève. Il est plus grand que moi, beaucoup plus grand. Sa main toujours sur mon poignet, l'autre qui descend vers mes fesses, qui les pétrit avec une familiarité qui me fait vomir. Il me plaque contre lui, son bassin contre le mien, son odeur qui m'é
ÉabhaLe retour au Sanglier Écarlate, le lendemain, est plus dur que tout ce que j'ai fait jusqu'ici.Mes jambes tremblent encore en poussant la porte. Mes mains tremblent encore en prenant mon plateau. L'endroit où Cormac m'a touchée est violet, bleu, marqué dans ma chair. Chaque mouvement me rapp







