ログインIl se lève. Il est plus grand que moi, beaucoup plus grand. Sa main toujours sur mon poignet, l'autre qui descend vers mes fesses, qui les pétrit avec une familiarité qui me fait vomir. Il me plaque contre lui, son bassin contre le mien, son odeur qui m'étouffe, qui m'empêche de respirer.
— Lâche-moi ou je...
— Ou tu quoi ? Tu vas faire quoi, la petite ? Appeler à l'aide ? Personne t'entendra. Personne vien
Est-ce que c'est pour ça que j'ai accepté ? Pour me rapprocher de mes ennemis, pour les frapper de l'intérieur, pour accomplir la promesse que j'ai faite à ma mère ? Ou est-ce que j'ai accepté pour lui, pour Cillian, pour cette ombre de sourire au coin de ses lèvres, pour ce frisson au creux du ventre que je ne peux plus nier ?Je ne sais pas. Je ne sais plus. Tout se mélange dans ma tête, la rage et le désir, la haine et l'attirance, le besoin de vengeance et le besoin de survie. Je ne sais plus qui je suis, ce que je veux, où je vais. Je suis perdue dans un brouillard de sensations contradictoires, et je ne sais pas quel chemin choisir.Le garde me raccompagne jusqu'aux grilles du domaine. La nuit est froide, étoilée, et la lune projette une lumière argentée sur l'allée de gravier blanc. Les statues de loups semblent me regarder passer, et je f
Il retourne derrière son bureau, s'assied dans son fauteuil, reprend sa posture de chef suprême. Mais l'ombre du sourire est toujours là, au coin de ses lèvres, et je ne peux pas m'empêcher de la regarder, de m'y accrocher, d'y voir un signe que tout ira bien.— Tu commenceras demain, dit-il. Un de mes hommes viendra te chercher à la cabane, à l'aube. Il t'aidera à déménager tes affaires, le peu que tu possèdes. Il installera ton père et ta tante dans les quartiers qui leur sont destinés, dans l'aile réservée aux familles des domestiques.— Mon père et ma tante ?Ma voix est incrédule. Je n'osais pas y croire, je n'osais pas espérer.— Tu croyais que je les laisserais dans cette cabane ?Sa voix est neutre, mais je perçois une nuance que je ne sais pas déchiffrer.
ÉabhaLes mots de Cillian résonnent dans le silence du bureau, lourds de sens, chargés de conséquences que je n'ose pas encore mesurer.Un poste dans son domaine. Des tâches administratives, des papiers, des registres, des lettres à recopier. Un salaire décent, régulier, qui me permettra de ne plus compter chaque pièce, de ne plus me demander si j'aurai assez pour le pain de demain. Une chambre, une vraie chambre avec un vrai lit, des draps propres, une porte qui ferme. De quoi vivre, vraiment vivre, et prendre soin de papa. De quoi lui offrir ce que je n'ai jamais pu lui offrir : un matelas qui ne soit pas une paillasse pourrie, des repas chauds, des soins, peut-être même un médecin.Je pense à la cabane qui fuit, au froid qui s'infiltre par les planches disjointes, à l'humidité qui pourrit tout, qui ronge les murs, les vêtements,
Le silence s'étire. Il me regarde, et je le regarde. Je ne baisse pas les yeux. Je ne peux pas. Quelque chose en moi refuse de se soumettre, même face à lui, même dans son propre domaine, même quand tout en moi hurle de le faire. C'est plus fort que moi. C'est cette chose qui s'est réveillée en moi, cette flamme qui refuse de s'éteindre, cette fierté stupide qui me pousse à le défier même quand je devrais me soumettre.— J'ai appris, dit-il enfin, pour ton altercation avec ma fille.Mon sang se glace. Voilà. C'est pour ça qu'il m'a convoquée. Saoirse s'est plainte, comme je le craignais, et il va me punir. Me chasser. Me détruire, comme sa fille a détruit ma vie. Tout ça pour avoir osé riposter, pour avoir refusé de me laisser humilier une fois de plus.— Saoirse m'a dit que tu l'avais insultée, co
Nous empruntons l'escalier de pierre, puis un couloir orné de tapisseries et de tableaux. Les tapisseries représentent des scènes de chasse, des loups courant après des cerfs, des batailles anciennes où des hommes à tête de loup affrontent d'autres créatures. Les tableaux sont des portraits, des générations d'O'Connor qui me regardent passer de leurs yeux peints, qui me jugent, qui me condamnent.Mes pas résonnent sur le sol dallé, et je me sens minuscule dans cet endroit immense, écrasée par le poids de l'histoire et du pouvoir. Chaque pas me rapproche de lui, et chaque pas fait battre mon cœur un peu plus vite, un peu plus fort.Le garde s'arrête devant une porte en bois sombre, massive, sculptée de motifs de loups entrelacés qui semblent vivants dans la lumière des torches. Il frappe deux coups, et une voix grave répond de
ÉabhaLe soir même, un garde du domaine des O'Connor vient me chercher.Je suis au bar, en train de ramasser les verres vides après une soirée tranquille. Les derniers clients sont partis depuis une heure, et il ne reste que Mooney derrière son comptoir, occupé à essuyer des chopes qui n'en finissent pas d'être essuyées, ce geste mécanique qu'il répète soir après soir comme un rituel. L'air est épais, saturé de fumée et d'alcool, et je sens la fatigue qui pèse sur mes épaules, dans mes jambes, au creux de mes reins.La porte s'ouvre, et le garde entre. Il est grand, large d'épaules, vêtu de l'uniforme sombre frappé de l'emblème des O'Connor, ce loup stylisé qui semble me regarder de ses yeux vides. Son visage est impassible, taillé dans la pierre, mais ses yeux me cherchent da
Éabla M. O'Flaherty rit, mais il n'y a pas de joie dans ce rire. Rien que de l'amertume.— Depuis quand la loi compte pour ceux qui ont le pouvoir, Declan ? Il est le futur gendre de Cillian O'Connor. Dans quelques mois, il sera intouchable. Tu crois que des petits commerçants comme nous peuvent l
Éabha...Le mot me frappe comme un coup de poing dans l'estomac. Je sais. Je sais avant qu'il ne le dise. Je sais depuis toujours, depuis cette nuit dans la forêt, depuis ce regard froid, depuis cette promesse de destruction.— Une société écr
Maman tremble. Elle tremble de tout son corps, un tremblement qui la secoue, qui la secoue, qui ne s'arrête pas. Ses dents claquent, ses mains sont froides comme la mort, ses lèvres sont bleues.— Prends ma couverture, dis-je. Je lui tends ce qui me reste.
ÉabhaLes premières neiges tombent un matin de décembre.Je suis à la blanchisserie quand je les vois par la fenêtre. De gros flocons blancs qui dansent dans le ciel gris, qui tournoient, qui s'amoncellent. Ils recouvrent les toits, le







