MasukChapitre 39ViktorIvan se tient debout près de la fenêtre, les bras croisés, le visage grave, et il me regarde avec cette expression qu'il a toujours quand il s'apprête à m'annoncer quelque chose qui va bouleverser ma vie, quelque chose qu'il sait depuis longtemps et qu'il a attendu le bon moment pour me révéler.— J'ai les résultats de mes recherches, Viktor, dit-il enfin, et sa voix est calme, trop calme, une voix de médecin qui annonce un diagnostic fatal. J'ai retrouvé une sage-femme qui a accouché Nadia il y a quatre ans et demi, dans une clinique clandestine de Lament-Sud, une clinique pour les femmes qui n'ont pas de papiers, pas d'argent, pas d'autre choix que de mettre leur enfant au monde dans une cave transformée en maternité de fortune. Elle se souvient très bien de Nadia Petrova, parce que Nadia est arriv&e
Chapitre 38NadiaLa porte de l'appartement se referme derrière moi, le loquet rouillé claque contre le chambranle tordu, et je m'adosse au mur du couloir, les yeux fermés, le cœur battant, la tête pleine d'images et de sensations qui se bousculent et qui refusent de s'apaiser. Les flammes de l'explosion dansent encore derrière mes paupières, le bruit de la détonation résonne encore dans mes oreilles, et ce regard, ce regard de Volkov, ce regard trop long qui m'a transpercée et qui m'a fait frissonner, continue de me hanter comme une mélodie obsédante dont on ne peut pas se défaire.Mila dort dans la chambre, je l'entends respirer, je l'entends remuer dans son sommeil, et je me dirige vers elle, je m'agenouille à côté du matelas défoncé, je la prends dans mes bras, je la serre contre moi, j'enfouis mon visage dans
Chapitre 37ViktorL'explosion déchire la nuit, une fleur de feu orange et rouge qui s'épanouit au-dessus des docks et qui illumine le ciel de Port-Lament comme un soleil artificiel, comme une aurore boréale née de la violence et de la poudre et de la haine. La cargaison d'armes des Triades, des caisses entières de fusils d'assaut et de munitions et de grenades, vient de partir en fumée, réduite en cendres et en débris fumants qui retombent en pluie sur les eaux noires du canal, et je me tiens sur le toit de l'entrepôt voisin, les mains dans les poches, le vent glacé qui fouette mon visage couvert de cicatrices, et je regarde le brasier avec une satisfaction froide, une satisfaction de prédateur qui vient de frapper un coup décisif.Nadia est à côté de moi, emmitouflée dans son manteau troué, le visage &ea
Chapitre 36NadiaDans cette obscurité étouffante, dans ce réduit exigu où nos corps sont pressés l'un contre l'autre sans échappatoire possible, je ferme les yeux à mon tour, j'essaie de calmer mon cœur qui bat trop vite, j'essaie de respirer lentement, profondément, pour ne pas céder à la panique, pour ne pas hurler, pour ne pas m'effondrer, et c'est alors que je la sens, que je la respire, que je la reconnais. Son odeur. L'odeur de Volkov.Sous les effluves de cuir de son manteau, sous l'odeur âcre de la cigarette qu'il a fumée avant l'opération, sous le parfum métallique de la sueur et de la peur et de l'adrénaline, il y a autre chose, quelque chose de plus profond, de plus ancien, de plus intime. Une note familière qui remonte du passé, qui traverse les années, qui perce le brouillard de ma mémoire, et qui vient me frapper en pleine poitrine comme un coup de poing, comme une décharge électrique, comme une révélation
Chapitre 35ViktorL'opération contre l'entrepôt des Triades a mal tourné, tout a mal tourné, et maintenant nous sommes là, Nadia et moi, coincés dans un réduit obscur derrière une cloison de tôle rouillée, un espace si étroit que nous devons nous tenir debout l'un contre l'autre, poitrine contre poitrine, hanche contre hanche, sans un centimètre de distance entre nos corps. Les hommes des Triades fouillent l'entrepôt, leurs pas résonnent sur le béton, leurs voix crient des ordres et des jurons, et nous retenons notre souffle, nous nous faisons aussi petits que possible, nous prions pour qu'ils ne nous trouvent pas, pour qu'ils abandonnent les recherches, pour qu'ils s'en aillent.Dans cette obscurité presque totale, troublée seulement par un rai de lumière qui filtre à travers une fente de la
Chapitre 34NadiaQuelque chose a changé chez Volkov, quelque chose que je ne parviens pas à définir précisément mais que je sens, que je perçois, que je respire dans l'air entre nous chaque fois que nous nous rencontrons. Il est plus distant qu'avant, plus lointain, comme si une partie de son esprit était ailleurs, occupée par des pensées qu'il ne partage pas, par des préoccupations qu'il ne révèle pas, par un secret qu'il garde enfermé derrière ses yeux gris et son masque de cuir et ses silences qui s'éternisent. Mais en même temps, paradoxalement, il est plus intense, plus présent, plus brûlant, et quand il pose son regard sur moi, quand il me fixe de ces prunelles d'acier qui ne cillent jamais, j'ai l'impression qu'il voit à travers moi, qu'il perce mes défenses, qu'il lit dans mes pensées les plus secr&egrav
Chapitre 4NadiaLe silence, après le bruit des bottes, est une caresse et une torture. Je reste adossée au mur, les bras croisés, les doigts enfoncés dans mes propres avant-bras. Mes ongles laissent des marques rouges, des demi-lunes de douleur. Je ne les sens pas.La porte défoncée balance doucem
Chapitre 3ViktorLe vent glacé des docks siffle encore dans mes oreilles quand les phares trouent la brume. Une voiture. Une seule. Ivan est ponctuel, comme toujours. La Lada Niva bleu nuit ralentit, tousse un coup, puis s’arrête à une vingtaine de mètres de moi. Le moteur tourne au ralenti, un br
Chapitre 2NadiaL’odeur du bois humide monte du plancher, une odeur de cave et de moisissure, de pourriture lente. Mes genoux s’enfoncent dans les lattes gondolées, et je sens à travers le tissu de mon jean chaque aspérité, chaque clou rougi par le temps. La poussière danse dans le rai de lumière
Chapitre 5ViktorLa chambre d’hôtel pue la moisissure et la cigarette éteinte. Je suis assis sur le bord du lit défait, les mains posées sur mes cuisses, le dos courbé. Le matelas grince à chaque mouvement, un bruit aigu qui vrille mes tempes.Ivan est debout devant la fenêtre, le dos tourné. Il f







