MasukChapitre 40
Viktor
La chambre d'hôtel est plongée dans une obscurité presque totale, une obscurité que troublent seulement les reflets orange et tremblotants des réverbères qui filtrent à travers les rideaux jaunis, découpant sur le mur des ombres mouvantes, des formes spectrales qui dansent et se déforment et disparaissent pour renaître aussitôt. Je suis assis sur le bord du li
Chapitre 74NadiaNous sommes assis à la table bancale. Face à face. Les cartes étalées entre nous. Les notes. Les noms. Les lieux. Tout ce que je sais sur Alexei. Sur les Triades. Sur leurs habitudes. Leurs faiblesses. Leurs peurs.— Voilà le plan, dis-je.— Je t'écoute.— Dimitri Volkov existe. Alexei le connaît. Il lui fait confiance. Il a acheté ses armes. Il a partagé ses secrets. Il croit en lui. Alors on va utiliser ça.— Comment ?— Tu vas devenir Dimitri Volkov. Pour de vrai. Pas juste pour une réunion. Pour toujours. Pour Alexei. Pour les Triades. Pour tout le monde. Tu vas t'installer à Port-Lament. Tu vas reprendre tes affaires. Tu vas devenir son partenaire. Son allié. Son fr&egra
Chapitre 73ViktorJe suis furieux.Une fureur froide. Glaciale. Mortelle. Une fureur qui ne crie pas. Qui ne frappe pas. Qui ne casse rien. Une fureur qui attend. Qui calcule. Qui prépare. Une fureur de roi brisé. De père trahi. D'homme qui vient d'apprendre que sa fille est une cible.Alexei veut Mila. Ma fille. Mon sang. Ma vie. Il veut s'en servir. Comme monnaie d'échange. Comme otage. Comme héritière. Comme pion. Il veut la toucher. La menacer. L'utiliser. La vendre. La briser. Peut-être la tuer.Non.Pas ma fille.Pas Mila.Pas tant que je serai en vie.Je me lève. Je marche. De long en large. Dans ce salon misérable. Mes poings serrés. Mes mâchoires crispées. Mes yeux gris. Fixes. Durs. La rage pulse dans mes
Chapitre 72NadiaJe le regarde. Il attend. Il veut savoir. Il veut comprendre. Alors je vais lui dire. Tout. Ce que je sais. Ce que j'ai compris. Ce qu'Alexei veut vraiment.— Viktor.— Quoi ?— Tu veux savoir pourquoi Alexei me traque depuis cinq ans. Pourquoi il ne lâche pas. Pourquoi il fouille mon appartement chaque semaine. Pourquoi il me menace. Pourquoi il veut Mila.— Oui.— Alors écoute-moi. Écoute-moi bien. Parce que ce que je vais te dire va peut-être changer la façon dont tu vois les choses.— Je t'écoute.— Alexei veut Mila. Pas parce qu'elle est ma fille. Pas parce qu'elle est innocente. Pas parce qu'il veut me faire du mal. Il veut Mila parce qu'elle est ton hériti&e
Chapitre 71ViktorNous sommes assis à la table bancale. Face à face. Les tasses de thé refroidies entre nous. Mila dort dans la chambre. La porte est entrouverte. Je l'entends respirer. Doucement. Paisiblement.— Il faut qu'on parle, dis-je.— Je sais.— Pas de nous. Pas de pardon. Pas de sentiments. Pas maintenant. Maintenant, il faut qu'on parle d'eux.— Alexei.— Alexei. Et les Triades.Elle hoche la tête. Elle pose ses mains à plat sur la table. Elle me regarde. Ses yeux noirs. Déterminés. Froids. La survivante est de retour.— Je t'écoute.— Alexei te traque depuis cinq ans. Il ne te lâchera jamais. Il ne nous lâchera jamais. Pas tant qu'il sera en vie. Pas tant que les Triades existeront.— Je sais.— Il veut Mila.— Je sais.— Il veut ce qu'elle représente. L'héritière de Viktor Orlov. Le dernier vestige de mon empire. Un otage. Une monnaie d'échange. Une arme.— Je sais.— Alors il faut le détruire.— Oui.— Pas seulement lui. Les Triades. Toute l'organisation. Tous ceux qui
Chapitre 70NadiaIl est agenouillé devant moi. Ses mains dans les miennes. Ses yeux gris dans les miens. Et il vient de me dire qu'il ne me pardonne pas encore. Mais qu'il est prêt à essayer. Pour Mila. Pour nous.Je le regarde. Longtemps. Ses cicatrices. Ses yeux. Sa bouche. Tout ce qu'il est. Tout ce qu'il a souffert. Tout ce qu'il a perdu. À cause de moi. Pour moi. Pour notre fille.— Viktor.— Quoi ?— Je t'aime.Il ne bouge pas. Il ne détourne pas le regard. Il encaisse. Comme il a encaissé tout le reste.— Je t'aime. Je ne t'ai jamais oublié. Pas un seul jour. Pas une seule nuit. Pas une seule seconde.Il ne dit rien.— Pendant cinq ans. Chaque matin. Chaque soir. Chaque fois que je regardais
Chapitre 69ViktorJe suis agenouillé devant elle. Ses mains dans les miennes. Ses yeux noirs dans les miens. Et je dois lui dire. Maintenant. Avant que le silence ne devienne trop lourd. Avant que l'espoir ne devienne trop grand. Avant que tout ne se brise.— Nadia.— Quoi ?— Je ne te pardonne pas.Elle ne bouge pas. Elle ne détourne pas le regard. Elle encaisse. Comme elle a encaissé tout le reste. Sans fuir. Sans crier. Sans s'effondrer.— Je ne te pardonne pas. Pas encore. Pas tout de suite. C'est trop tôt. La douleur est trop fraîche. Les souvenirs sont trop lourds. L'incendie. La prison. Les cinq ans. Mila qui grandit sans moi. Toi qui souffres sans moi. Tout ça. C'est trop. Trop pour un seul pardon. Trop pour un seul mot.— Je sais.&
Chapitre 6ViktorLa clinique clandestine est une cave humide sous un immeuble abandonné de Lament-Sud, une cave aux murs de briques peints à la chaux, aux étagères chargées de flacons d'antiseptique et de rouleaux de gaze, au plafond bas traversé de tuyaux qui fuient et de fils électriques qui pen
Chapitre 5ViktorLa chambre d’hôtel pue la moisissure et la cigarette éteinte. Je suis assis sur le bord du lit défait, les mains posées sur mes cuisses, le dos courbé. Le matelas grince à chaque mouvement, un bruit aigu qui vrille mes tempes.Ivan est debout devant la fenêtre, le dos tourné. Il f
Chapitre 4NadiaLe silence, après le bruit des bottes, est une caresse et une torture. Je reste adossée au mur, les bras croisés, les doigts enfoncés dans mes propres avant-bras. Mes ongles laissent des marques rouges, des demi-lunes de douleur. Je ne les sens pas.La porte défoncée balance doucem
Chapitre 3ViktorLe vent glacé des docks siffle encore dans mes oreilles quand les phares trouent la brume. Une voiture. Une seule. Ivan est ponctuel, comme toujours. La Lada Niva bleu nuit ralentit, tousse un coup, puis s’arrête à une vingtaine de mètres de moi. Le moteur tourne au ralenti, un br







