เข้าสู่ระบบSofiaLe printemps est revenu sur Newcastle. Les arbres de Grey Street bourgeonnent, les terrasses des cafés se remplissent, et les étudiants de l'université traversent les rues en riant, leurs cartables sur le dos. Après des mois de grisaille et de pluie, la ville respire à nouveau, et je respire avec elle.Aujourd'hui, c'est une journée particulière. Aujourd'hui, nous organisons un pique-nique dans le parc, tous les trois. Roman, Liv et moi. Un pique-nique de parents, pas d'amants. Un pique-nique de reconstruction, pas de retrouvailles.Je prépare les sandwiches dans la cuisine, pendant que Liv sautille autour de moi, impatiente.— Papa, il va venir quand ? demande-t-elle pour la dixième fois.— Bientôt, ma chérie. Il a dit onze heures.— Et Gabriel, il vient aussi ?La question me prend au dépourvu. Liv ne sait rien de mes tourments, de mes choix, de mes hésitations. Elle sait juste que Gabriel et Roman sont deux personnes importantes dans sa vie, et qu'elle les aime tous les deux.
SofiaLes semaines passent, et quelque chose a changé. Quelque chose de subtil, d'imperceptible, mais de profond. Un poids s'est levé de mes épaules, un poids que je portais depuis quatre ans sans même m'en rendre compte. La haine. La haine pour Roman, qui me rongeait de l'intérieur, qui m'empoisonnait le sang, qui m'empêchait d'avancer.Je ne l'avais pas sentie, cette haine. Je croyais l'avoir dépassée, l'avoir enterrée, l'avoir oubliée. Mais elle était là, tapie dans l'ombre, silencieuse et patiente, comme une bête immonde qui se nourrissait de mes souvenirs. Elle me réveillait la nuit, elle hantait mes rêves, elle contaminait mes joies.Et puis, en décidant de co-élever Liv avec Roman, en acceptant de lui faire une place dans nos vies, j'ai senti cette haine s'effriter, se fissurer, s'effondrer. Comme un mur que l'on croyait indestructible, et qui s'écroule au premier coup de pioche.Ce n'était pas encore le pardon. Le pardon, c'est autre chose. Le pardon, c'est un acte volontaire,
SofiaAprès le départ de Gabriel, je reste longtemps assise sur le canapé, à regarder le mur sans le voir. Ma décision est prise pour Gabriel, mais il reste Roman. Il reste cet homme qui a été mon amant, mon bourreau, mon fantôme. Il reste le père de ma fille, et cette réalité, personne ne peut l'effacer.Je prends mon téléphone, je compose son numéro. Il répond à la première sonnerie, la voix anxieuse, comme s'il attendait cet appel depuis des jours.— Sofia ? Tout va bien ?— Oui, tout va bien. Il faut qu'on parle, Roman. Tu peux venir ?— Maintenant ?— Maintenant.Il arrive une heure plus tard, le visage pâle, les traits tirés. Il n'a pas dormi non plus, cela se voit à ses yeux rougis, à ses gestes nerveux, à sa façon de triturer le col de sa chemise comme un écolier convoqué chez le directeur.Je le fais entrer, je lui offre un café qu'il accepte cette fois, et nous nous asseyons face à face. Comme avec Gabriel, mais tout est différent. L'atmosphère est plus lourde, plus chargée,
SofiaLe matin se lève sur Newcastle, gris et froid, mais mon cœur est plus clair qu'il ne l'a jamais été. Après cette nuit de réflexion, après ces heures de doute et de tourment, j'ai enfin trouvé ma réponse. Elle n'est pas simple, elle n'est pas évidente, elle n'est peut-être pas celle que j'espérais. Mais elle est mienne. Elle est vraie.Je dépose Liv à l'école, je l'embrasse sur le front, je lui promets de venir la chercher à la sortie. Puis je prends mon téléphone, et j'appelle Gabriel.— Sofia ? dit-il de sa voix grave et chaude. Tout va bien ?— Oui, tout va bien. Il faut qu'on parle. Vous pouvez venir chez moi ?— Maintenant ?— Maintenant. C'est important.Il arrive une demi-heure plus tard, le visage tendu, les yeux inquiets. Il porte un manteau sombre, une écharpe bleue, et il est si beau, si présent, si vivant que mon cœur se serre. Je le fais entrer, je lui offre un café qu'il ne boit pas, et nous nous asseyons face à face dans le salon.— Gabriel, dis-je en prenant une p
SofiaLa porte se referme derrière Roman, et le silence retombe sur la maison comme un couvercle. Je reste debout au milieu du salon, immobile, les bras ballants, le cœur en miettes. Les mots de Roman résonnent encore dans ma tête, se mêlent à ceux de Gabriel, forment une cacophonie qui m'empêche de penser.Je ne serai jamais l'homme que tu mérites, mais je passerai le reste de ma vie à essayer de le devenir.Voulez-vous m'épouser, Sofia ?Deux hommes. Deux propositions. Deux avenirs possibles. Et moi, au milieu, déchirée, écartelée, incapable de choisir.La journée passe sans que je m'en rende compte. Je dépose Liv à l'école, je vais au travail, je fais les courses, je prépare le dîner. Des gestes mécaniques, automatiques, qui me permettent de ne pas penser. Mais quand la nuit tombe, quand Liv est couchée, quand la maison est silencieuse, il n'y a plus d'échappatoire. Il n'y a plus que moi, face à moi-même, face à ce choix impossible.Je m'assieds sur le canapé, je prends une tasse d
RomanLa nouvelle m'est parvenue par un coup de téléphone d'Harrington, qui l'avait apprise d'un de ses associés, qui l'avait entendue d'un greffier, qui l'avait vue de ses propres yeux : Gabriel Delacroix avait demandé Sofia en mariage.J'ai raccroché, et je suis resté assis dans mon bureau, pétrifié, anéanti. La demande en mariage. Delacroix voulait l'épouser. Il voulait devenir le mari de Sofia, le père de Liv, la famille que j'aurais dû être.Et si Sofia disait oui, tout serait fini. Vraiment fini. Il ne resterait plus rien de mes espoirs, de mes rêves, de mes prières silencieuses.Je ne pouvais pas attendre. Je ne pouvais pas rester à Londres, impuissant, pendant que ma vie se jouait à Newcastle. Il fallait que j'y aille. Il fallait que je lui parle. Une dernière fois.J'ai pris la voiture, j'ai roulé pendant cinq heures dans la nuit, les mains crispées sur le volant, le cœur battant à tout rompre. L'autoroute défilait derrière le pare-brise, les phares trouaient l'obscurité, et
SofiaLes jours qui suivent sont un long tunnel gris. Je me lève. Je vais au bureau. Je travaille. Je rentre chez moi. Je dors. Et je recommence.
RomanMon téléphone sonne. Sofia. Je réponds immédiatement.— Sofia ?— Roman.Sa voix est étrange. Brisée. Je sens que quelque chose ne va pas.— Qu'est-ce qui se passe ? Où es-tu ?&mdas
SofiaLes jours suivants sont un enfer. Chaque matin, je franchis les portes de Kael Corp en sachant ce qui m'attend. Les regards en coin. Les chuchotements. Les rires étouffés. Les post-it. Les emails anonymes. Les "blagues" que plus personne ne prend la peine
SofiaLa salle de réunion est une cage de verre.Onze personnes autour de la table. Onze masques. Onze versions aseptisées de nous-mêmes. Laurent débite ses chiffres d'une voix monocorde, et tout le monde fait semblant d'écouter.Moi, j'essaie de ne pas regarder Roman.J'essaie depuis le début de c







