Se connecterChapitre 77
Clara
Le silence est revenu.
Les corps des assaillants gisent sur le sol, immobiles. Leurs ombres allongées dansent sous la lumière des braises, s'étirent, se rétractent, s'étirent à nouveau. Ils ne bougeront plus. Ils ne se relèveront pas. Leurs yeux sont fermés, leurs bouches entrouvertes, leurs visages figés dans des expressions que la mort a saisies, p&
Chapitre 82ClaraLe pavillon de Yasmina est caché au fond des jardins suspendus, à l’écart du palais. Pour s’y rendre, il faut traverser une allée de gravier blanc qui crisse sous les pas, longer un bassin aux eaux dormantes où flottent des lotus blancs aux pétales à peine entrouverts, puis emprunter un petit pont de pierre en dos d’âne dont les rampes de fer forgé sont rouillées par les années. De l’autre côté du pont, les arbres se font plus denses, les branches se rejoignent au-dessus du chemin, formant une voûte de verdure qui tamise la lumière. Le pavillon apparaît au bout de cette voûte, comme un secret qu’on révèle, comme une confidence qu’on chuchote.Un petit bâtiment de pierre blonde aux murs épais, couvert de vigne vierge
Chapitre 81ClaraLes jours passent.Le palais a retrouvé son rythme. Les fontaines chantent, leurs eaux claires s'écoulant sur la pierre polie. Les servantes vaquent à leurs tâches, leurs robes blanches bruissant sur le marbre. Les gardes montent la garde, immobiles, leurs visages impassibles. Les courtisans se croisent, échangent des banalités, des sourires de façade, des regards qui en disent long sur les alliances et les trahisons.La vie continue, indifférente.Indifférente à ce qui s'est passé dans le désert. À la tempête de sable qui a failli nous engloutir. À la maison de pierre où nous avons combattu pour nos vies. À la nuit où nos corps se sont cherchés, trouvés, aimés. À l'aube où nous avons scell&e
Chapitre 80ClaraLe palais réapparaît à l'horizon.Les tours blanches, les coupoles turquoises, les jardins suspendus. La lumière du soleil, déjà haute, frappe les faïences, les fait briller, les transforme en joyaux. Les reflets dansent, clignotent, aveuglent par éclats.Tout semble plus petit qu'avant.Moins imposant. Moins menaçant. Les murs ne sont plus des murs. Ce ne sont que des pierres. Des pierres assemblées, cimentées, patinées par les siècles. Rien de plus. Des pierres que des hommes ont posées, que d'autres hommes pourraient déposer.Les tours ne touchent pas le ciel. Les coupoles ne percent pas les nuages. Les jardins ne sont que des arbres, des fleurs, de l'eau. La magie s'est dissipée. L'illusion est tombée.
Chapitre 79ClaraL'aube se lève sur le désert.Les premières lueurs rosées filtrent par les fentes des murs, par la porte en éclats, par les fenêtres étroites. Des rais de lumière traversent la poussière encore suspendue dans l'air, dessinent des colonnes dorées qui s'appuient sur le sol de terre battue.La lumière est douce, timide, presque hésitante. Elle semble demander la permission d'entrer, de chasser l'obscurité, de révéler ce que la nuit a caché. Elle glisse lentement sur les pierres, sur les corps des assaillants étendus, sur les flaques de sang séché, sur nos visages fatigués.Elle atteint la couverture de laine où nos corps se sont réchauffés. Les fibres épaisses, rèches, captent la lumière
Chapitre 78RahimSes mains.Elles sont posées sur ma poitrine. Doigts écartés. Paumes ouvertes. Les lignes de sa main, les plis, les rides, dessinent des cartes invisibles sur ma peau. Les petites coupures, là où la pierre a mordu sa chair, forment des points rouges, des éraflures.Elles sentent le feu, le sang, la terre. Les odeurs de la nuit, du combat, de la survie. Mais sous ces odeurs, il y a la sienne. Indéfectible. Jasmin. Moins léger qu'avant. Plus intense. Plus sauvage. Comme si la violence avait libéré quelque chose en elle, quelque chose de primitif, de puissant.Elle est au-dessus de moi.Ses cheveux défaits tombent sur ses épaules, sur ses bras, frôlent mon visage, mon cou, ma poitrine. Des mèches brunes, emmêlées, certaine
Chapitre 77ClaraLe silence est revenu.Les corps des assaillants gisent sur le sol, immobiles. Leurs ombres allongées dansent sous la lumière des braises, s'étirent, se rétractent, s'étirent à nouveau. Ils ne bougeront plus. Ils ne se relèveront pas. Leurs yeux sont fermés, leurs bouches entrouvertes, leurs visages figés dans des expressions que la mort a saisies, pétrifiées.Rahim est assis contre le mur de pierre.Ses jambes sont étendues devant lui, les genoux légèrement fléchis, les pieds écartés. Sa tête est renversée en arrière, appuyée contre la pierre rugueuse. Sa nuque est offerte, la pomme d'Adam saillante, la gorge vulnérable.Ses yeux sont fermés. Ses paupières sont lourdes, bleut&
Chapitre 29ClaraLes servantes entrent dans la salle du thé pour débarrasser.Elles sont silencieuses, efficaces, invisibles presque. Leurs robes blanches bruissent sur le marbre, leurs babouches glissent sans bruit, leurs mains saisissent les plateaux, les tasses, les coupelles avec une dextérité
Chapitre 27ClaraJe ne dors pas cette nuit-là. Pas tout de suite, en tout cas.Je reste allongée sur le lit de Leïla, les yeux grands ouverts dans l'obscurité, les mains posées à plat sur les draps de soie. Les voiles de mousseline du baldaquin dansent doucement dans la brise du climatiseur, blanc
Chapitre 25ClaraJe ne sais pas comment j'en suis arrivée là.Une seconde, nous étions en train de nous faire face, nos regards rivés l'un à l'autre, la dispute encore brûlante entre nous. Une seconde, il reculait, ses yeux noirs toujours plantés dans les miens, sa poitrine se soulevant sous la tu
Chapitre 24RahimJe l'ai suivie.Je ne sais pas pourquoi. Je ne sais pas ce qui m'a poussé à me lever avant l'aube, à quitter mon bureau sans même enfiler ma tunique, à marcher pieds nus dans les couloirs encore obscurs.Mes pieds nus sur le marbre froid. Je devrais enfiler mes bottes, comme tout







