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Chapitre 12 — La proposition

Author: Eternel
last update publish date: 2026-09-29 18:07:44

Zoé

Massimo me fait monter le jeudi, par Gino, qui remonte l'escalier deux fois pour être sûr d'avoir bien dit il vous demande et non il vous convoque, nuance qui, visiblement, lui tient à cœur.

L'appartement du dernier étage est différent en journée. La lumière du port entre par les grandes fenêtres et rase tout, et sous cette lumière-là Massimo paraît à la fois mieux et pire : mieux parce qu'il a dormi, il me le dit lui-même, avec la mauvaise grâce d'un homme qui doit une victoire à quelqu'un
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    ZoéDès le lendemain, j'impose le régime à tout l'immeuble, et l'immeuble tremble.Ce n'est pas une décision de coquette. C'est une décision de guerre. La règle numéro un dit : pas de sel. La règle numéro un vise en réalité une tisane que je n'ai pas encore le droit d'accuser. Pour tester la tisane, il faut tester la cuisine. Pour tester la cuisine, il faut tester Fifi. Pour tester Fifi, il faut tester tout le monde. Alors je teste tout le monde.Je descends chez Fifi à sept heures du matin. Il est déjà debout, évidemment, il n'y a pas d'heure où Fifi n'est pas debout, il fait cuire du saindoux dans une poêle qui aurait honte à Bruxelles.— Fifi. La poêle. Éteins.— Docteur, c'est pour le personnel, ce n'est pas pour le Don, jure, jure sur ma mère.— Éte

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    ZoéDonna Carmela organise le dîner de fiançailles en quarante-huit heures, et je comprends ce soir-là que dans cette famille, l'émotion et l'organisation sont la même chose : on ne pleure pas, on prépare.La maison au-dessus du port brille de tous ses cierges. Il y a vingt personnes, peut-être trente, la grande table a été allongée avec des rallonges qui ont l'âge de Vincenzo, et Fifi a cuisiné depuis l'aube avec l'énergie d'un homme qui célèbre et qui angoisse à parts égales, il m'a confié dans l'escalier, en me voyant arriver : J'ai fait sans sel pour le Don, Docteur, sans sel, vous rendez-vous compte, si mon grand-père savait, il se retournerait, et il est enterré face au mur, exprès.Massimo est venu me chercher en bas de mon escalier, mon escalier, le privé, le symbole, en costume sombre, la main droite encore bandée sous un gant fin, et il m'a regardée une seconde de trop avant d'offrir son bras. J'avais mis ma seule robe sérieuse, celle des remises de diplôme et des enterremen

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    Zoé— Première règle : pas de sel.Il hausse un sourcil, ce qui, sur son visage, est l'équivalent d'un éclat de rire chez quelqu'un d'autre.— Pardon ?— Pas. De. Sel. Votre rythme cardiaque est limite, votre tension joue à l'ascenseur, et vous dormez quatre heures par nuit les bonnes semaines. Si je dois porter votre nom devant la ville entière, je refuse de le porter jusqu'à votre enterrement. Alimentation surveillée, menus validés par moi, tisanes incluses, je veux savoir tout ce qui entre dans votre corps, et c'est moi qui dis ce qui y entre. C'est ma clause de conscience professionnelle.Je ne dis pas : et comme ça, je verrai ce qu'Enzo prépare, chaque soir, avec sa régularité d'horloge. Je ne le dis pas parce que je n'ai rien, toujours rien, qu'une vibration derrière les côtes et une liste de coïncidences dans un carnet. Mais cette règle-là, je la pose comme une sonde : elle mesurera ce que je ne peux pas encore regarder en face.— C'est un chantage médical, dit Massimo.— C'est

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