MasukZoé
Trois jours passent, sans résultat, sans nouvelles d'Inès, dans une tension à laquelle mon métier ne m'avait pas préparée : attendre.
Le mardi soir, Massimo m'emmène dîner au Vecchio Molo, un restaurant sur la digue, où il a sa table, sa banquette d'angle, ses habitudes, et où le patron l'accueille en s'inclinant si bas qu'on voit sa calvitie. Nous devons être vus ensemble, dit-il
DarioJe vais vous dire un truc sur moi : je ne suis pas intelligent. Je le sais, tout le monde le sait, ma marraine Carmela le dit en soupirant, le patron le dit en riant, et Enzo, lui, Enzo dit que l'intelligence est surestimée et que ce qui compte c'est le cœur. C'est pour ça que j'aime Enzo. C'est le seul qui a jamais trouvé quelque chose de bien à dire sur ma tête vide.Alors quand les rumeurs ont commencé, ces rumeurs de couloir que même les murs de l'immeuble finissent par répéter, j'ai fait ce que font les gens pas intelligents : j'ai refusé de les entendre.C'était un soir, chez L'Auberge du Quai, où les hommes du port boivent depuis que le monde est monde. Toto le Bavard était au comptoir, trois pastis de trop dans le nez, et il disait, à celui qui voulait l'entendre, que l'infirmière du patron fouillait partout, que la vieille Carmela tenait un carnet, qu'il y avait des histoires sur la mort de monsieur Vincenzo qui refaisaient surface, et que le nom d'Enzo tournait dans ce
ZoéGino et Fifi ne sont pas des enquêteurs. Gino pleure sur les romans d'amour et Fifi s'évanouit devant les aiguilles, et pourtant, ce soir-là, dans le bureau du fond que Massimo leur a donné comme on donne une cuisine à deux enfants sages, ce sont eux qui trouvent la trace.C'est Fifi qui a eu l'idée, et il faut la raconter, parce que personne ne croira jamais que l'idée vienne de Fifi.— Docteur, il m'a dit, trois jours après mon retour. Vous cherchez comment il a tué monsieur Vincenzo. Mais vous cherchez les preuves de maintenant. Moi je me dis : les morts, ça coûte cher. Pas les balles, les balles c'est rien. Mais faire disparaître une voiture, payer les gars qui nettoient, faire taire un témoin, graisser un gardien de fourrière, ça coûte cher. Et l'argent, docteur, l'argent il laisse toujours des traces. Toujours. Même monsieur Enzo, il peut pas payer du liquide qui existe pas. Le liquide, il sort de quelque part.Alors ils ont fouillé. Pas les comptes actuels, trop surveillés,
ZoéTrois jours plus tard, je remonte avec ma valise. Le taxi me dépose devant la porte à dix-neuf heures, l'heure bleue, celle où le port allume ses lampes et où la ville ressemble à une carte postale qu'on aurait légèrement brûlée sur les bords.Gino est dans le hall. Il me voit, il se lève, et il pleure. Il pleure comme il pleure sur ses romans, sans bruit, les larmes qui coulent toutes seules, et il prend ma valise avec une délicatesse absurde, comme si c'était un ostensoir.— Docteur. Vous êtes revenue.— Je suis revenue, Gino.— Je le savais. Je disais à Fifi, elle reviendra. Fifi disait non. Fifi a perdu vingt euros.— Dis à Fifi qu'il me doit un service, alors.Il monte la valise. Je monte derrière. L'escalier est le même, la cire est la même, l'odeur de la sauce de Rosalie descend du premier comme un baiser de bienvenue. Au premier palier, la porte de l'appartement de Carmela s'entrouvre d'un centimètre, et un œil noir me regarde, et la porte se referme sans un mot. Message r
ZoéJe le fais attendre quatre jours. Pas par cruauté. Par chirurgie. Parce qu'une réconciliation, c'est comme une suture : si on la fait trop tôt, sur une plaie pas nettoyée, ça s'infecte, et la deuxième infection est toujours pire que la première.Le quatrième jour, je monte à la maison. En plein jour. Par la grande porte. Je veux que tout l'immeuble me voie monter : Gino sur sa chaise du hall, les gardes au pied de l'escalier, Rosalie à sa fenêtre de cuisine. Je veux que la nouvelle remonte avant moi, jusqu'au premier étage, jusqu'à la fenêtre entre les rideaux, jusqu'à l'ombre feutrée. L'infirmière revient. Le plan reprend. Qu'il croie que le plan reprend. C'est exactement ce que je veux qu'il croie.Massimo m'attend dans le salon. Il n'a pas dormi, je le vois à ses yeux, je vois aussi qu'il n'a pas bu une goutte de
ZoéIl revient trois jours plus tard, un dimanche, à l'heure où tout le quartier sent le rôti. Je l'attendais. Je ne l'admets à personne, pas même à Inès qui m'a téléphoné le matin même, mais je l'attendais, parce qu'un homme qui reste dix minutes derrière une porte qu'on n'a pas verrouillée, c'est un homme qui revient.Cette fois je le fais entrer. Juste dans l'entrée. Le parquet du salon reste interdit, on verra plus tard.Il est en costume sombre, rasé de près, et il tient dans ses mains, maladroitement, comme un écolier tient son cartable, un petit objet carré enveloppé dans un torchon. Il le déplie. C'est le verre. Le verre du patron, celui au monogramme, celui que j'avais fait analyser. Un neuf, identique, racheté chez le cristallier qui a fait la série il y a trente ans.—
MassimoJe sais qu'elle a soigné Fifi parce que Fifi a des points frais et un air de chien battu quand il me ment. Alors je fais ce que je n'aurais jamais fait pour aucune femme de ma vie : je descends dans son quartier, à pied, en capuche, comme un amoureux de vingt ans, et je me plante devant sa porte un jeudi soir, sans avoir appelé, parce que si j'appelle elle dira non, et que si elle dit non je devrai obéir, et que je ne veux pas obéir.J'ai frappé trois fois. Rien. Puis sa voix, de l'autre côté :— C'est fermé.— C'est moi.— Je sais que c'est toi. C'est fermé quand même.Mais elle n'a pas remis la chaîne. Je l'ai entendue, la chaîne, elle ne l'a pas remise. Alors j'ouvre la porte, de deux centimètres, le temps de voir qu'il n'y a pas de piège, et puis je reste sur le seuil, parce que je sens qu'aujourd'h







