LOGINMère, sortez de cet appartement immédiatement, avant que je ne dise quelque chose que nous regretterons tous les deux. La voix de Matthew claqua dans le salon comme un coup de fouet, mais Éléonore ne bougea pas d'un centimètre, son regard toujours rivé sur l'enveloppe que Janet serrait convulsivement contre sa poitrine. Tu ne me parleras pas sur ce ton, Matthew. Pas dans cette maison que j'ai contribué à bâtir, pas après tout ce que j'ai sacrifié pour assurer ton avenir. Sacrifié ? Janet sentit une colère froide monter en elle, une colère qui balaya soudainement toute sa prudence habituelle. Vous appelez cela un sacrifice, ruiner un homme innocent, détruire une famille entière pour protéger vos propres malversations financières ? Éléonore tourna lentement son regard vers Janet, un sourire glacial étirant ses lèvres fines. Vous ne comprenez rien aux affaires, ma petite. Dans ce monde, on protège les siens ou on coule avec eux. J'ai fait ce qu'il fallait faire pour protéger mon m
Vous devez être Janet. Asseyez vous, je vous en prie. Nous avons beaucoup de choses à nous dire, et très peu de temps pour le faire. L'homme qui prononça ces mots dans le café discret du dixième arrondissement devait avoir une soixantaine d'années, le visage buriné, les mains couvertes de taches témoignant d'années de labeur manuel. Janet s'installa face à lui, le cœur battant, encore troublée par le message reçu la veille et par la dispute qui l'avait opposée à Matthew.Elle avait hésité longuement avant de venir, retournant le message reçu dans tous les sens, se demandant s'il s'agissait d'un piège tendu par Matthew lui même pour tester sa loyauté, ou pire, d'une manœuvre destinée à la déstabiliser davantage. Mais la curiosité, mêlée à une angoisse sourde qui ne l'avait pas quittée depuis la conversation surprise deux nuits plus tôt, avait fini par l'emporter sur la prudence.« Qui êtes vous ? demanda t elle directement, n'ayant ni le temps ni l'envie de tourner autour du pot.« J
Vous ressemblez à votre grand père, mademoiselle Moreau. C'est troublant, vous savez. Ces mots, prononcés par Éléonore Cross d'une voix douce mais chargée d'une intention indéchiffrable, résonnèrent dans le grand salon de la propriété de Fontainebleau comme une bombe silencieuse. Janet, assise face à cette femme élégante aux cheveux argentés et au regard perçant, sentit son estomac se nouer.« Vous avez connu mon grand père ? demanda t elle, tentant de garder une voix posée malgré le tumulte intérieur qui l'agitait depuis la conversation téléphonique surprise deux nuits auparavant.Éléonore échangea un regard rapide avec Matthew, assis raide comme un piquet sur le canapé voisin, sa tasse de thé intacte devant lui. « Disons que nos familles se sont... croisées, il y a bien longtemps. Le monde des affaires parisien était plus petit à l'époque. « Mère, » intervint Matthew d'un ton d'avertissement.« Quoi donc ? Je fais simplement la conversation avec ma nouvelle belle fille. Éléonore
Vous dormez ici. Moi, à l'autre bout du couloir. La porte reste fermée, dans les deux sens. C'est clair ? »Janet posa sa valise dans l'entrée de marbre de l'appartement de l'avenue Foch, les yeux écarquillés devant l'immensité du lieu. Des plafonds hauts de quatre mètres, une bibliothèque qui semblait s'étendre sur tout un mur, une vue sur le Bois de Boulogne que même les plus beaux hôtels parisiens auraient enviée. Rien ne ressemblait au petit deux pièces au dessus de la boulangerie où elle avait grandi, avec ses radiateurs bruyants et son parquet qui craquait à chaque pas.« C'est clair, » répondit elle, s'efforçant de garder une voix neutre.Cinq jours s'étaient écoulés depuis la signature du contrat. Cinq jours pendant lesquels Claire, l'assistante impeccable de Matthew, avait orchestré chaque détail du mariage avec une efficacité presque militaire. La robe, sobre mais élégante, avait été choisie sans même consulter Janet sur ses préférences. Les vingt invités présents à la mairi
Signez ici. Un an, chambres séparées, et surtout, aucune retombée amoureuse. Nous avons un accord ? »Janet Moreau fixa le stylo posé devant elle comme s'il s'agissait d'une arme chargée. De l'autre côté du bureau en verre, Matthew Cross ne cillait pas. Il portait un costume sombre taillé sur mesure, une montre qui valait probablement plus que la boulangerie entière de sa famille, et une expression aussi lisse qu'un lac gelé. Rien dans ses traits ne trahissait la moindre émotion, hormis peut être, tout au fond de ses yeux gris, une lueur que Janet n'arrivait pas à déchiffrer.« Vous plaisantez, j'imagine, dit elle enfin. On ne se connaît même pas. »« Justement. C'est ce qui rend cette proposition parfaite. »Elle serra les poings sous la table. Trois jours plus tôt, un huissier s'était présenté à la boulangerie de la rue Sainte Marthe pour lui annoncer que la saisie serait effective dans deux semaines. Deux semaines pour trouver plus de trois cent mille euros, une somme accumulée pa







