« Tout va bien ? »
La question douce de la femme de ménage l'a tirée de ses pensées.
Camille est lentement revenue à elle. Elle a fixé la villa, le cœur lourd et le corps vidé de toute énergie.
Cette maison n'était plus la sienne. Et ses parents restaient introuvables.
Sans nulle part où aller, Camille a erré dans les rues sans but, le vent glacial lui fouettant le visage comme une lame.
Alors que le soir tombait, elle est passée devant un club privé. Une annonce d'embauche affichée près de l'entrée a attiré son attention.
Les mots « repas et logement fournis » ont suffi à la faire entrer sans hésiter une seconde.
Elle devait d'abord survivre. Tout le reste pouvait attendre.
La responsable du recrutement a remarqué immédiatement que Camille, même épuisée et éprouvée, avait un visage qui, avec un peu de maquillage, pourrait facilement attirer les clients.
Avec un peu de maquillage, elle pourrait facilement travailler dans les salons privés. La mettre au ménage serait du gâchis.
« Le ménage, c'est 1 600 euros par mois. Mais si tu tiens compagnie aux clients dans les salons privés, tu peux gagner plusieurs fois ce montant en une seule nuit. Réfléchis-y. »
Camille a compris exactement ce qu'on lui proposait. Mais elle avait ses limites, sa propre ligne qu'elle ne franchirait pas.
« Je ne bois pas et je ne sais pas tenir compagnie aux clients. Ma jambe me fait encore souffrir et je ne peux plus bouger comme avant. Je ne ferais que décevoir les clients. Le ménage me convient mieux. »
La responsable a soupiré, clairement déçue.
« Tu refuses de l'argent facile. Tu vas le regretter. »
« Je ne le regretterai pas. »
Voyant qu'elle ne céderait pas, la responsable a abandonné.
« Bon, comme tu veux. Que quelqu'un l'emmène au service d'entretien. »
« Merci. »
L'air empestait la fumée, l'alcool et le parfum bon marché. L'endroit était bruyant et débridé.
Au milieu de la pièce, quelqu'un avait vomi sur le sol. Ses amis hurlaient de rire, criant qu'on vienne nettoyer.
Camille a poussé la porte, se forçant à ignorer l'odeur et le vacarme, et s'est dirigée vers le désordre près du canapé.
« Tu es en retard. Dépêche-toi de nettoyer le sol, et range la table pendant que tu y es », a lancé quelqu'un.
« Tout de suite », a-t-elle répondu.
« Regarde-moi cette taille. Je parie qu'elle se briserait en deux si on s'appuyait dessus », a ricané une voix d'homme derrière elle.
Une autre voix a renchéri, sournoise et amusée.
« Comment tu le saurais, si tu n'as pas essayé ? »
« Exactement », a renchéri un autre homme, hilare.
Camille a fini le sol, débarrassé la table, et remplacé les verres sales par des verres propres avant de se relever.
Au moment où elle s'est retournée pour partir, une main s'est refermée sur sa taille. Avant qu'elle comprenne ce qui se passait, elle s'est retrouvée tirée brutalement contre un homme corpulent et en sueur.
« Bon sang, elle est magnifique, celle-là. Elle a l'air innocente, mais elle a quelque chose... »
Camille l'a repoussé, la panique montant, reculant vers la porte.
« Monsieur, je vous en prie. Montrez un peu de respect. »
« Un peu de respect ? » Il a éclaté de rire, comme s'il venait d'entendre la meilleure blague de la semaine.
Il a sorti une épaisse liasse de billets de sa poche et l'a plaquée sur la table.
« Tu me plais. Sois gentille, passe la nuit avec moi, et tout ça est à toi. »
La pièce a explosé en sifflements et en huées au moment où il a terminé sa phrase.
Chaque visage dans cette pièce s'est illuminé de la même joie mauvaise. Pas une seule personne n'a bougé pour l'aider.
Elle a forcé sa voix à rester ferme, la tête baissée.
« Je ne suis que la femme de ménage. Je ne sers pas à boire. Je vous en prie, monsieur. Laissez-moi partir. »
Son regard l'a parcourue de la tête aux pieds, sans la moindre honte.
Sentant le danger se rapprocher, Camille s'est retournée et a foncé vers la porte, prise de panique.
Mais à l'instant où elle l'a atteinte, une main lui a agrippé les cheveux et l'a tirée en arrière.
« Tu essaies de fuir ? C'est pas si facile. »
Comprenant ce qui l'attendrait s'il la jetait sur ce canapé, Camille a saisi la bouteille la plus proche sur la table et l'a abattue de toutes ses forces sur son crâne sans une seconde d'hésitation.
« Aaah ! » a-t-il hurlé, du sang coulant sur son front tandis qu'il plaquait une main sur la plaie.
Camille a profité de l'ouverture pour sprinter hors de la pièce.
Fou de rage, son visage s'est déformé, prenant une expression presque bestiale.
« Sale garce ! Je vais te tuer pour ça ! »
Entendant ses pas marteler le sol derrière elle, Camille a traîné sa jambe blessée aussi vite qu'elle le pouvait, le cœur cognant contre ses côtes.
« À l'aide ! S'il vous plaît, aidez-moi ! »
Le couloir s'étirait, vide, personne en vue, personne pour lui venir en aide. Elle n'osait pas se réfugier au hasard dans une autre pièce, alors elle a continué à courir tout droit.
En tournant au coin, elle a percuté quelqu'un de plein fouet. Un parfum frais et raffiné l'a aussitôt enveloppée.
Elle connaissait ce parfum. Elle l'aurait reconnu entre mille.