ANMELDENSERSY
Le studio était silencieux. Pas ce silence apaisant des nuits calmes, pas celui des heures où l'on peut enfin respirer. Un silence lourd, dense, comme un manteau de plomb posé sur mes épaules. Un silence qui n'était pas l'absence de bruit, mais la présence de tout ce que je refusais d'entendre. La nuit était tombée depuis longtemps. Dehors, la ville continuait de vivre, de vibrer, d'exister. Des voitures passaient, des gens parlaient, des portes claquaSersy La douleur est arrivée un dimanche matin, sans prévenir, sans crier gare, comme une vieille connaissance qu'on croyait avoir oubliée. Je m'étais réveillée avec une sensation étrange dans le bas-ventre, une lourdeur sourde, presque familière. J'avais mis ça sur le compte de la fatigue, des jours trop longs, des nuits trop courtes. J'avais pris un antidouleur, j'avais bu un thé, j'avais essayé de me convaincre que ce n'était rien. Mais ce n'était pas rien. La douleur est revenue le lendemain, plus intense, plus précise. Une crampe qui irradiait, qui serrait, qui brûlait. Je me suis pliée en deux au milieu de la galerie, la main posée sur mon ventre, le souffle coupé. Une employée s'est précipitée vers moi. « Sersy, ça va ? Tu es toute pâle. » « Ça va. C'est rien. Juste une crampe. » Mais ce n'était pas rien. Je le savais. Mon corps me parla
Versus IILe cabinet du docteur Lemaître se trouvait dans une rue calme du seizième arrondissement, une rue bordée d'immeubles haussmanniens et de platanes centenaires. J'étais arrivé en avance, comme toujours. Je ne savais pas pourquoi j'étais là. Pas vraiment. Une recommandation de mon médecin traitant, qui m'avait dit : « Vous devriez consulter. Vous ne dormez plus, vous ne mangez plus. Il faut que quelqu'un vous aide. »Je n'avais pas répondu. J'avais pris le rendez-vous, machinalement, comme on prend une habitude. Mais je n'y croyais pas. Je ne croyais plus à grand-chose.La salle d'attente était petite, silencieuse, éclairée par une lumière douce. Des magazines s'empilaient sur une table basse, des revues de décoration, des journaux économiques, des magazines professionnels. J'ai pris celui du dessus sans regarder, sans vraiment y penser.C'était un magazine d'art et de luxe. Éclat. Un titre que je connaissais vaguement, pour l'avo
Sersy Le téléphone a sonné à dix heures du matin, un mardi comme les autres. J'étais dans mon bureau à la galerie, penchée sur un dossier d'exposition, un stylo entre les doigts, une tasse de café refroidie à côté de moi. La journée s'annonçait ordinaire, paisible, sans surprise. J'ai décroché sans regarder l'écran. « Sersy Delacroix ? » La voix était féminine, professionnelle, légèrement accentuée. Une voix que je ne connaissais pas. « Oui, à l'appareil. » « Bonjour, je m'appelle Hélène Vasseur. Je suis la directrice de la Fondation Art et Avenir, à Genève. » Mon cœur s'est arrêté une fraction de seconde. La Fondation Art et Avenir. L'une des institutions les plus prestigieuses d'Europe dans le domaine de l'art contemporain. Celle qui avait lancé des dizaines de carrières, qui avait validé des talents, qui avait imposé des visions. « Je vous écoute, madame Va
Versus IILes papiers étaient sur mon bureau depuis trois mois. Trois mois que je les regardais, que je les touchais, que je les retournais. Trois mois que je repoussais le moment. Trois mois que je freinais.Le divorce n'était toujours pas finalisé. Pas parce qu'elle refusait. Pas parce que les avocats s'opposaient. Parce que moi, je ne signais pas.Mon avocat, un homme patient et méthodique du nom de Bertrand, m'avait appelé la veille. Sa voix était calme, professionnelle, mais je sentais une pointe d'exaspération.« Monsieur Delacroix, le dossier est complet. Les conditions sont acceptées par les deux parties. Il ne manque plus que votre signature. »« Je sais. »« Puis-je vous demander ce qui vous retient ? »Je n'avais pas répondu. Pas parce que je ne voulais pas. Parce que je ne savais pas. Je ne savais pas pourquoi je freinais. Je ne savais pas pourquoi je gardais ces papiers dans un tiroir, pourquoi je
SersyLa salle de réunion de la galerie était baignée de lumière, une lumière blanche, franche, qui ne laissait aucune place aux ombres. J'étais assise au bout de la grande table en verre, les mains croisées devant moi, le dos droit, le regard calme. Face à moi, une journaliste d'une trentaine d'années, les cheveux bruns tirés en queue de cheval, un dictaphone posé entre nous.« Merci d'avoir accepté cet entretien, mademoiselle Delacroix. »« Appelez-moi Sersy. »Elle a souri, a consulté ses notes. C'était le troisième entretien de la semaine. Depuis que mon nom circulait, les sollicitations affluaient. Des magazines, des podcasts, des émissions culturelles. Tous voulaient parler de la femme qui avait transformé la Galerie de l'Éclat, qui avait imposé sa vision, qui avait fait de Lyon un nouveau pôle de l'art contemporain.Aucun ne voulait parler de mon passé. Et c'était très bien ainsi.« Votre parcours est fascinant,
Versus IIJe ne dormais plus. C'était devenu une habitude, une fatalité, une punition que je m'infligeais sans même y penser. Les nuits se ressemblaient toutes : quelques heures de sommeil agité, des réveils en sursaut, des pensées qui tournaient en boucle comme un disque rayé. Alors je travaillais. Encore. Toujours. Jusqu'à ce que l'épuisement me terrasse, jusqu'à ce que mon corps refuse de continuer.Ce matin-là, j'étais dans mon bureau avant sept heures. La ville s'éveillait à peine, les rues étaient calmes, les immeubles silencieux. J'aimais cette heure-là. Pas de bruit, pas de regards, pas de questions. Juste le silence et les dossiers qui s'empilaient.J'étais en train de parcourir un rapport financier quand mon téléphone a vibré. Un message de Daria, court, sec, comme toujours.« As-tu vu le magazine Éclat ? »Je n'avais pas vu. Je ne lisais plus les magazines, plus les journaux, plus rien. Je m'étais coupé du monde, comme on coupe une branche morte. Mais Daria ne m'envoyait ja
VERSUS II Je croyais tout maîtriser Quand Sersy m’a regardé comme ça, j’ai compris que quelque chose venait de se briser. Pas seulement dans cette cuisine. Pas seulement entre nous. En elle. Je l’ai vue dans la façon dont elle s’est tenue devant moi, les épaules droites malgré le choc, les ye
SERSY Elle est revenue Un silence.« Quand la situation aurait été différente.» Je me suis mise à rire. Un rire sec, presque méconnaissable. « Quelle situation ?» Il a serré la mâchoire. « La nôtre.» La phrase a frappé plus fort que tout le reste. La nôtre. Pas son travail. Pas ses inquié
SERSY Depuis le début Versus II est resté immobile sur le seuil. Son regard allait de mon visage à la table couverte de comprimés, puis revenait à moi avec ce calme insupportable que je lui connaissais si bien. À cet instant, j’aurais préféré le voir surpris, maladroit, même en colère. N’importe
SERSY Ce n’étaient pas des vitamines Le jour où j’ai compris que mon mari m’empêchait d’avoir son enfant, j’avais encore confiance en lui. Cette pensée me brûle encore. J’étais sortie en fin de matinée, sans rien prévoir d’extraordinaire. Il me fallait simplement passer à la pharmacie pour r







