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CHAPITRE 2

작가: Trimis Lirus
last update 게시일: 2026-06-17 09:52:44

SERSY

« Depuis combien de temps ce traitement agit-il ? »

Ma voix ne tremblait presque pas. J’ignore encore comment j’ai fait.

Elle m’a expliqué. J’ai entendu quelques mots : régularité, efficacité, interruption, délai. Rien n’a vraiment imprimé dans mon esprit. Une seule vérité recouvrait tout le reste.

Il savait.

Il savait ce que je voulais. Il savait ce que j’attendais. Il savait combien ce sujet était sensible pour moi. Il avait vu ma main se poser parfois sur mon ventre quand je croyais qu’il ne regardait pas. Il avait entendu mes silences. Il connaissait mes attentes mieux que personne.

Et il m’avait menti avec une tranquillité parfaite.

J’ai repris la boîte, remercié la pharmacienne d’un signe de tête que je ne me reconnaissais pas, puis je suis sortie.

Dehors, l’air m’a semblé trop vif. J’ai marché sans regarder devant moi, droit, mécaniquement, jusqu’à devoir m’arrêter au coin de la rue parce que mes jambes n’obéissaient plus correctement.

Je me suis appuyée contre un mur.

Je n’ai pas pleuré.

Je crois que la vraie douleur, au début, ne ressemble pas à des larmes. Elle ressemble à un vide brutal. À une coupure nette entre la femme que vous étiez cinq minutes plus tôt et celle que vous devenez après.

Je revoyais la maison. La cuisine. Le tiroir où étaient rangées les boîtes. Les matins trop calmes. Son regard tranquille. Ma confiance.

Quelle part de notre mariage reposait encore sur quelque chose de vrai, si même cela était un mensonge ?

J’ai fermé les yeux.

Une autre pensée, plus sale, plus cruelle, a suivi la première : peut-être qu’il n’avait jamais voulu d’enfant avec moi. Pas plus tard. Pas après. Pas un jour. Jamais.

Cette idée m’a fait plus mal que le reste.

Parce qu’elle ouvrait une question que je n’étais pas prête à affronter : si Versus II refusait d’avoir un enfant avec moi, qu’est-ce que j’étais réellement pour lui ?

Sa femme ?

Ou simplement une présence correcte dans une vie bien organisée ?

Le trajet du retour m’a paru irréel. Je sais que j’ai conduit. Je sais que j’ai attendu à un feu rouge derrière un bus. Je sais qu’une chanson passait à la radio. Mais tout cela me semble appartenir à quelqu’un d’autre.

Quand j’ai franchi le seuil de la maison, le silence m’a accueillie comme d’habitude.

Rien n’avait changé. Le vase était à sa place. Les coussins du salon aussi. Même la lumière avait cette douceur propre, domestique, presque rassurante, que j’avais longtemps associée à la stabilité.

J’ai marché jusqu’à la cuisine avec la sensation absurde d’entrer dans un décor qui venait de trahir sa vraie nature.

Le pilulier était là.

Posé sur le plan de travail.

Comme un objet innocent.

Je l’ai regardé quelques secondes, puis j’ai ouvert le tiroir d’un geste si brusque que le bois a claqué. J’ai pris toutes les boîtes. Toutes. Celles ouvertes, les neuves, les presque vides. Je les ai jetées sur la table. Les comprimés se sont répandus partout dans un bruit sec, ridicule, minuscule.

Des petits ronds blancs.

Voilà donc à quoi ressemblait ma trahison.

Je les fixais comme si j’allais y lire une explication, une excuse, quelque chose qui adoucisse l’évidence. Mais il n’y avait rien à adoucir. Rien à sauver. Seulement des preuves.

J’ai porté une main à ma bouche.

Ce n’était pas seulement le fait qu’il m’avait menti. C’était la durée. La répétition. La méthode. Le calme. La facilité avec laquelle il avait pu, chaque matin, surveiller un mensonge qui touchait à mon corps, à mon avenir, à mon désir le plus intime.

J’ai pensé à toutes les fois où j’avais voulu lui parler d’enfant.

À toutes les fois où il avait éludé.

À toutes les fois où je m’étais dit qu’il avait simplement besoin de temps.

La vérité, c’est qu’il n’avait pas besoin de temps. Il avait déjà pris sa décision. Sans moi.

La porte d’entrée s’est ouverte.

Je me suis figée.

Ses pas ont résonné dans le couloir. Réguliers. Calmes. Maîtrisés. Comme toujours. Il ne pouvait pas encore savoir que tout avait changé. Il allait entrer dans cette cuisine en pensant retrouver sa femme comme les autres soirs. Peut-être m’embrasser sur le front. Peut-être demander si j’avais mangé. Peut-être vérifier, d’un simple regard, que l’ordre de la maison était intact.

Cette fois, il trouverait autre chose.

Cette fois, je n’allais pas me taire.

Les pas se sont rapprochés.

Je me suis tournée vers la porte, le cœur battant si fort que j’en avais mal à la poitrine.

Puis Versus II est apparu sur le seuil.

Son regard a glissé de mon visage à la table couverte de comprimés.

Et pour la première fois depuis notre mariage, ce n’est pas moi qui ai baissé les yeux.

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