LOGINKonia et Sukann étaient encore en train de deviser, accroupies près du vieux manguier au bord de la clairière. Sukann racontait comment sa sœur avait appris à tresser des filets sans regarder ses mains. Konia écoutait à moitié, l’autre moitié de son attention sur le collier brillant dans son uniforme cuir noir, contre sa peau. Elle pensait encore à Zanzibar, à ses rêves, à ses richesses...Puis un bruit de crissement sec les fit frémir. Pas un cri. Pas un coup. Un crissement. Comme une allumette qui racle l’amadou. Toutes les têtes se tournèrent. À l'extrémité opposée de la clairière, Arrow, le Novice petit Lycan prince héritier de la meute Noire, était aux prises avec deux autres Novices. Frêle, les épaules encore étroites, les cheveux noirs coupés court.. Sa peau était claire. Il ne portait pas d’arme. Il n’en avait pas toujours besoin. Face à lui, deux Novices plus grands, plus âgés. L’un s’appelait Zig. Quinze hivers, large d’épaules, une cicatrice qui lui coupait le m
Konia était de retour en cours dans la clairière des Novices, et écoutait distraitement les bavardages légers de ses camarades.Elle était toujours enfouie dans ses pensées.Elle était en train de planifier sur les domaines dans lesquels ses biens seraient utiles.Premièrement : l’eau. Le puits près du palais. Celui dont parlait souvent Nounou Eneli. Il était ancien, certes profond, mais son mécanisme était bouché depuis des années. Les Omégas tiraient l’eau à la corde, lentement, difficilement... et en remontaient de l'eau boueuse. En saison sèche, il n’y en avait plus que du sable Konia utiliserait une part de l’héritage pour faire venir des maçons de Ryder. Des vrais. Pas des bricoleurs. Elle paierait des pièces d’argent, pas d’or, pour ne pas attirer l’attention. Elle dirait que c’est un don anonyme d’une femme de la côte dont le grand-père venait de Kilwa. Les gens croiraient ce qu’ils voulaient. L’important, c’est que l’eau sorte, propre, toute l’année. Un puits profond, une
L’Académie de la meute Noire ne dormait jamais vraiment. Même avant l’aube, les couloirs de pierre sentaient le feu de bois, la lessive et le pain qui levait. Les murs étaient hauts, noirs, certaines tourelles taillées dans la roche volcanique. Pas de fenêtres larges. Juste des fentes étroites par où passait le vent salé. Konia était en cuisine, et y faisait la vaisselle. L’eau était chaude, tirée du grand chaudron au centre de la pièce. La vapeur lui collait aux joues. Ses mains, roses à force de frotter, plongeaient et ressortaient, plongeaient et ressortaient. Assiettes, bols, marmites, cuillères en bois... Une montagne qui ne finissait jamais. Autour d’elle, d’autres louveteaux faisaient leurs corvées. Novices, et quelques Aspirants, punis. Tous en vaisselle, lessive, cuisine, balayage... Personne ne parlait fort. Le Maître de cuisine, un Delta à l'air revêche, passait, son bâton frappant le sol. Tac. Un bruit suffisait. Et les paresseux s'activaient...Konia travaillai
Les portes de la salle du trône se refermèrent dans un souffle lourd. Le marbre rose renvoya l’écho, puis le silence s’installa. Les gardes firent reculer Cetas, Deltas, Sigmas, scribes, serviteurs. En moins de trente respirations, la salle se vida. Il ne resta que quatre loups : Ab-Shalom, Raïhm, Tindiko et Tano. Ab-Shalom ne bougea pas tout de suite. Il resta assis, les doigts posés sur les accoudoirs. Il attendit que le dernier pas s’éteigne dans le couloir. Quand il fut certain que plus personne n’écoutait, il se leva. Raïhm se frottait les tempes. « J’ai mal à la tête, » dit-il. Sa voix était basse, sans plainte. Juste un constat. « À cause de cette rencontre. » Ab-Shalom s’arrêta devant la grande fenêtre en verre fumé. Dehors, Kilwa s’étendait, belle, nette, chaque toit aligné comme une pièce sur un plateau. « Les rois Lycans Conseillers ont souvent cet effet sur les rois Lycans Alphas, fils, » dit-il. « C’est le sang originel. Il pè
Le vent de mer caressait agréablement dans les rues de Kilwa et soulevait les petites bannières rouges aux portes de la citadelle. Les drapeaux de la meute de Wade claquaient comme des voiles tendues. Fofana franchit le pont de pierre sans escorte. Juste deux gardes de Chakee derrière elle, qui s’arrêtèrent à l’entrée. Elle n’en avait pas besoin d’autres. Kilwa n’était pas Chakee. Ici, la pierre était rosée, taillée, polie par des mains délicates payées au poids du rubis. Les murs montaient haut, percés de fenêtres en verre fumé. Les rues sentaient les roses, la lavande, le cuir neuf, le vin de raphia qui fermentait dans les caves. Les loups de Wade ne vivaient pas accrochés à une falaise. Ils vivaient sur cette île constituée d'une succession de plateaux qui dominaient l’océan, et ils avaient même appris à faire payer la vue aux visiteurs. Fofana traversa les cours intérieures. Les serviteurs s’inclinaient, mais ne la regardaient pas. Les gardes Sigmas aux lances dorées croisa
L’Aziza flottait à côté de lui. Parfois elle avait la forme d’une femme grande, la peau couleur de nuage, les cheveux faits de brume. Parfois elle n’était qu’un souffle froid, une évanescence qui lui caressait la nuque. Aujourd’hui, elle avait choisi la forme de femme. Ses yeux n’avaient pas de pupille. Juste un noir profond, qui reflétait le ciel. « Tu as choisi l’ouest, » dit-elle. Sa voix n’avait pas d’écho. « Oui, » répondit Indé. « Le rubis.» « Et après ? » Indé haussa les épaules. « Après, je verrai. » L’Aziza s’arrêta. Indé s’arrêta aussi. Le vent soulevait l’herbe autour d’eux. « Avant que tu ne mettes un pied sur les terres de Kilwa, » dit l’Aziza, « dis-moi. Quelle est la particularité de la meute de Wade ? » Indé cligna des yeux. Il s’attendait à une question sur la pierre, sur la montagne, sur le louveteau gris. Pas sur Wade. Il répondit, sans détour. « C’est la plus riche de toutes les meutes. » L’Aziza hocha la tête, lentement. « Continue. »







