LOGINClara arriva au cabinet à huit heures.
Renaud était là avec son café et ses manches retroussées, et il vit son visage en entrant et ne dit rien, juste posa une deuxième tasse sur son bureau et repartit vers le sien, avec cette discrétion de quelqu'un qui savait reconnaître les ma
La réunion du staff du mercredi matin avait commencé comme toutes les réunions du mercredi matin, avec le café trop fort d'Hugo, les documents d'Édouard Blanc arrivés avec trente secondes de retard sur tout le monde, et Isabelle Kern installée à sa place habituelle avec cette façon qu'elle avait d'occuper son fauteuil comme si elle l'avait fait fabriquer à ses mesures.Alexandre présidait depuis le bout de la table, comme toujours, avec devant lui la liste des points à traiter et dans la tête la vision d'ensemble qui lui permettait de savoir avant même d'ouvrir la bouche dans quel ordre les aborder pour que la réunion avance sans perdre de temps. C'était un exercice qu'il maîtrisait depuis assez longtemps pour
Le feu mourait doucement dans la cheminée.Alexandre n'essayait plus de lire. Le dossier était là, ouvert devant lui à la même page depuis vingt minutes, les mots alignés avec leur sagesse contractuelle habituelle, et il n'en lisait aucun. Il regardait les braises rougeoyer dans l'âtre avec cette fixité des gens dont l'esprit est ailleurs et qui utilisent un point quelconque de l'espace comme prétexte pour ne pas avoir à regarder ce qui se passe à l'intérieur.Clara Morel.Il aurait pu passer à autre chose. Il l'avait fait, d'ailleurs, pendant quelques minutes, en se re
La nuit était tombée sur le quartier de Bellevue avec cette discrétion élégante qui caractérisait les endroits où les gens riches habitaient, pas de bruit, pas d'agitation, juste cette tranquillité ouatée des rues larges et des jardins bien entretenus où les réverbères éclairaient des trottoirs que personne n'utilisait vraiment parce que tout le monde rentrait en voiture.La maison d'Alexandre de Saint-Victor se dressait au bout d'une allée privée bordée de platanes centenaires, derrière un portail en fer forgé que personne n'aurait osé qualifier de simple. C'était une bâtisse du début du siècle dernier, pierre de taille, hautes fenêtres, toiture en ardoise gri
Le dimanche soir tomba sur Claireville avec la mélancolie tranquille des fins de weekend, cette lumière déclinante qui donnait aux appartements une atmosphère de veille, de quelque chose qui allait recommencer sans qu'on soit tout à fait prêt.Clara était rentrée du Café des Arts avec les mots de Jade qui tournaient dans sa tête comme une pièce de monnaie qu'on retourne sans arrêt pour regarder les deux faces sans jamais se décider laquelle croire. Elle avait essayé de lire, avait posé le livre après deux pages. Avait allumé la télévision, l'avait éteinte au bout de dix minutes. Avait fait du thé qu'elle avait laissé refroidir sur la table basse à côté du
Le weekend arriva avec cette lenteur particulière des jours sans obligation, ces heures creuses qui auraient dû être reposantes et qui devenaient rapidement insupportables pour quelqu'un dont le cerveau ne connaissait pas le mode veille.Clara avait dormi jusqu'à huit heures, ce qui constituait pour elle un exploit digne d'être mentionné dans un journal intime si elle en avait tenu un. Elle avait bu son café debout devant la fenêtre, regardant Claireville s'éveiller dans la lumière douce du samedi matin, les rues encore désertes, les boulangeries ouvertes comme des îles de chaleur dans le froid persistant du printemps qui n'arrivait pas vraiment à s'installer.
La matinée s'était installée avec cette douceur trompeuse des journées qui allaient se révéler compliquées. Clara était arrivée tôt, avant même Lucie et son sourire solaire, avant Inès et ses talons qui claquaient, avant le bourdonnement progressif de l'étage qui prenait vie comme un moteur qu'on réchauffe. Elle aimait ces premières minutes de silence dans son bureau, cette fenêtre brève où elle pouvait être simplement elle-même avant de remettre le costume de Clara Morel pour la journée.Elle avait passé la première heure à travailler sur le dossier Helix, affinant les arguments pour la réunion du jeudi avec une précision qui lui donnait l'impressio







