Mag-log in
[POINT DE VUE : DANTE]
La première chose qui me frappa fut l’odeur. Pas celle, douce et poudrée, des femmes que je ramenais habituellement dans ce penthouse pour satisfaire les appétits de la bête. Non. C’était une odeur musquée, brute. Un mélange de whisky hors de prix, de tabac froid et de sueur. Une odeur d’homme.
La deuxième chose fut la douleur. Un marteau-piqueur derrière mes tempes, vestige du demi-litre de Scotch que j’avais descendu la veille pour faire taire les voix dans ma tête.
Je grognai, cherchant à repousser le corps chaud qui pesait contre mon flanc. Ma main glissa sur les draps de soie noire, rencontra de la peau. Pas la douceur d’une courbe féminine, mais la dureté d’un muscle tendu. Un torse. Des poils rêches.
Mes yeux s’ouvrirent brusquement. Le plafond de ma chambre, haut de quatre mètres, me parut soudain s'effondrer sur moi.
La réalité me frappa avec la violence d'une balle de calibre .45. Ce n'était pas un cauchemar. Ce n'était pas une hallucination éthylique. Il y avait un homme dans mon lit.
Et pas n'importe quel homme.
Je me redressai, le cœur battant à tout rompre contre mes côtes, l'adrénaline chassant instantanément l'ivresse. À côté de moi, étendu sur le ventre, le visage enfoui dans l'oreiller, dormait Julian. Le nouveau dealer. La petite recrue prometteuse que mon père m'avait demandé de surveiller. Celui qui avait des yeux trop clairs et un sourire trop insolent pour un gars de la rue.
Putain. Putain de merde.
Une vague de nausée me submergea. Pas à cause de l'alcool. À cause de ce que cela signifiait. Je suis Dante Vitti. Je suis le Prince de Chicago. Je suis le fils qui ne déçoit jamais. Je baise des mannequins, je tue des traîtres, et je marche droit. Je ne couche pas avec des hommes. Je ne suis pas une de ces… abominations que mon père méprise tant qu'il les ferait brûler vifs sur la place publique.
Et pourtant, les flashs de la nuit précédente revinrent me hanter. Sa main sur ma cuisse sous la table du club. Mon souffle court. L'ordre que j'avais donné à mes gardes de nous laisser seuls. La façon dont je l'avais poussé contre le mur de l'ascenseur, non pas pour le frapper, mais pour dévorer sa bouche.
La honte se transforma instantanément en une rage froide, familière. Une armure. Si personne ne sait, cela n'a jamais existé. Et pour que personne ne sache, il n'y avait qu'une seule solution.
Mon instinct de tueur prit le dessus. D'un mouvement fluide, j'ouvris le tiroir de ma table de nuit. Mes doigts se refermèrent sur la crosse froide de mon Beretta 9mm. Le poids de l'acier me rassura. C'était mon seul véritable ami.
Je me tournai vers lui, l'arme levée. Je n'avais même pas besoin de viser. À cette distance, je repeindrais ma tête de lit avec ses souvenirs.
— Bouge un cil, et je t'explose le crâne.
Ma voix était rauque, brisée, méconnaissable. Julian ne sursauta pas. Il ne paniqua pas. Lentement, avec une paresse calculée qui fit bouillir mon sang, il roula sur le dos. Le drap glissa, révélant son torse nu, marqué par une cicatrice pâle sur les côtes et… des marques rouges. Mes marques.
Il ouvrit les yeux. Ce bleu acier, presque gris. Il n'y avait aucune peur. Juste une fatigue amusée. Il fixa le canon du silencieux braqué entre ses deux yeux, puis dévia son regard vers le mien.
— Bonjour à toi aussi, Boss, dit-il.
Sa voix était calme. Trop calme. Je pressai le canon contre son front, assez fort pour laisser une marque.
— Tu crois que c'est une blague ? feulai-je. Tu crois que parce que tu as passé la nuit ici, tu es intouchable ? Je vais t'effacer, Julian. Je vais te faire disparaître et personne ne posera la moindre question.
Julian : Je sais, répondit-il.
Il ne bougea pas. Il ne leva pas les mains en signe de reddition. Il resta là, offert, vulnérable et pourtant… putain, il avait l'air en contrôle.
— Alors pourquoi tu ne supplies pas ? Pourquoi tu ne pleures pas comme les autres ?
Un sourire en coin étira ses lèvres. Ce maudit sourire qui m'avait fait perdre la tête hier soir.
Julian : Parce que je sais que tu ne vas pas tirer, Dante.
Le son de mon prénom dans sa bouche me fit l'effet d'une décharge électrique. Personne ne m'appelait Dante, sauf mon père. Pour les autres, j'étais "Monsieur Vitti" ou "Boss".
— Tu me surestimes, dis-je en armant le chien du pistolet. Clic. Le son résonna dans le silence de la chambre. Je suis le fils de Salvatore Vitti. Tuer est ma seconde nature.
Julian soutint mon regard, ses yeux plongeant dans les miens, cherchant l'homme derrière le monstre.
Julian : Peut-être, dit-il doucement. Mais tu ne me tueras pas parce que c'était la première fois depuis très longtemps que tu étais réel. Hier soir… ce n'était pas l'alcool, Dante. Tu étais affamé. Et je ne parle pas de nourriture.
La vérité me frappa comme une gifle. Ma main trembla. Juste une fraction de seconde, mais il le vit. Il avait raison. Je l'avais voulu. J'avais initié le contact. J'avais été brutal, possessif, désespéré. J'avais trouvé en lui quelque chose que je cherchais depuis toujours sans pouvoir le nommer : un égal. Quelqu'un qui ne cassait pas sous ma poigne.
— Ferme ta gueule, grondai-je.
Julian : Vas-y, tire, continua-t-il, sa voix devenant plus dure, plus provocante. Tire et retourne à ta vie de mensonges. Retourne jouer au petit soldat parfait pour papa. Mais tu sauras. Et je saurai, même en enfer, que le grand Dante Vitti tremble parce qu'il a aimé qu'un homme le touche.
La rage m'aveugla. J'eus envie de presser la détente juste pour effacer ce regard de défi. Juste pour prouver que j'étais le maître. Mais mon doigt refusa d'obéir. Parce que mon corps, ce traître, se souvenait encore de la chaleur du sien.
Je baissai lentement l'arme, mais je ne la lâchai pas. Je me penchai vers lui, mon visage à quelques centimètres du sien, envahissant son espace, cherchant à l'intimider par ma simple présence physique.
— Écoute-moi bien, petit merdeux, murmurai-je, chaque mot tranchant comme une lame de rasoir. Tu ne sors pas d'ici vainqueur. Tu ne sors pas d'ici libre.
Je vis sa pomme d'Adam bouger. Il déglutit. Enfin, une réaction. J'attrapai sa mâchoire de ma main libre, mes doigts s'enfonçant dans ses joues, le forçant à me regarder.
— À partir de cette seconde, ta vie m'appartient. Tu ne parles pas. Tu ne regardes personne d'autre. Tu ne respires pas sans mon autorisation. Si un seul mot de ce qui s'est passé ici franchit cette porte, je ne te tuerai pas. Je tuerai tout ce que tu as jamais aimé, et je te garderai en vie pour que tu regardes les corps pourrir. C'est clair ?
Julian ne cilla pas. Une lueur étrange traversa son regard. Un mélange de défi et… d'excitation ?
Julian : Cristallin, Boss.
— Ce n'est pas une relation, Julian. C'est une sentence. Tu es ma propriété maintenant.
Je le lâchai brutalement et me levai du lit, nu, sans aucune gêne. Je voulais qu'il voie le corps de l'homme qui tenait sa vie entre ses mains. Je voulais marquer mon territoire.
Je me dirigeai vers le bar pour me servir un verre, essayant de calmer les tremblements de mes mains, quand trois coups lourds frappèrent à la porte de la chambre.
Mon sang se figea. Ce n'était pas un coup discret de domestique. C'était un coup d'autorité.
— Dante ? Ouvre. Tout de suite.
La voix grave, éraillée par les cigares, traversa le bois massif comme une condamnation à mort. Mon père. Salvatore Vitti. Il ne montait jamais au penthouse. Jamais. Sauf s'il y avait un problème grave.
Je me figeai, le verre à la main. Je regardai Julian, toujours dans mon lit, les draps en désordre, l'odeur de notre sexe flottant dans l'air comme un poison visible. Si mon père entrait maintenant, s'il voyait Julian ici… il comprendrait tout. Il a l'instinct d'un animal sauvage. Il sentirait la faiblesse. Et il nous abattrait tous les deux sur place avant d'aller prendre son petit-déjeuner.
Je me tournai vers Julian. Pour la première fois, je vis une fissure dans son masque de calme. Ses yeux s'étaient écarquillés. Il savait qui était derrière la porte.
Je me précipitai vers le lit, attrapai ses vêtements éparpillés sur le sol et les lui jetai au visage avec violence.
— La salle de bain, sifflai-je. Maintenant.
Salvatore : Dante, ouvre cette putain de porte ! hurla mon père, la poignée commençant à s'agiter.
— J'arrive, Papa ! criai-je, ma voix reprenant instantanément son timbre de fils obéissant, bien que mon cœur menace d'exploser. Je… je suis sous la douche !
Je fis signe à Julian de dégager. — Disparais, murmurai-je. Si tu fais le moindre bruit, tu es mort.
Julian attrapa son pantalon et se rua vers la salle de bain attenante. Au moment où il refermait la porte derrière lui, la serrure de la chambre céda avec un craquement sinistre.
La porte s'ouvrit à la volée. Salvatore Vitti entra, son long manteau noir flottant derrière lui, accompagné de deux gardes armés. Son regard de rapace scanna la pièce. Le lit défait. Les deux verres sur la table de nuit.
Il planta ses yeux noirs dans les miens. Je me tenais là, une serviette nouée à la hâte autour de la taille, essayant de paraître simplement réveillé et non terrifié.
Salvatore : Tu as de la compagnie ? demanda-t-il, sa voix douce et terrifiante.
Il fit un pas vers le lit. Il renifla l'air. Il fronça les sourcils.
Je retins mon souffle. Il allait sentir. Il allait savoir.
[POINT DE VUE : JULIAN]L'eau chaude de la douche cascadant sur mes épaules ne parvenait pas à dissiper le froid de la mer Noire. Il s'était logé dans mes os, quelque part près de mon âme.Nous étions de retour à Istanbul depuis douze heures. L'extraction de Varna avait été un brouillard de douleur, de pots-de-vin à des garde-côtes bulgares corrompus, et d'un trajet en hélicoptère médicalisé affrété par Enzo Rossi.Je fermai le robinet en marbre noir. Je m'enroulai dans une serviette épaisse et sortis dans la chambre d'amis de la villa de Bebek. Dante était assis sur le bord du lit, torse nu, un bandage immaculé enserrant ses côtes fracturées. Le médecin d'Enzo venait de partir. Dante fumait une cigarette, regardant le vide avec cette intensité sombre qui lui était propre.Je m'habillai en silence. Un pantalon de lin noir. Une chemise sombre. L'uniforme des monstres de cette maison.Dante : Elle est réveillée, dit-il sans me regarder, recrachant un nuage de fumée grise.Je m'arrêtai d
[POINT DE VUE : JULIAN]L'eau de la mer Noire à six degrés n'est pas un liquide. C'est une mâchoire d'acier qui se referme sur vos os.En moins de deux minutes, mes doigts perdirent toute sensation. Ma respiration n'était plus qu'une série de petits halètements pitoyables. Je savais ce qui allait suivre : la confusion mentale, la paralysie motrice, puis l'arrêt cardiaque. Dante crachait de l'eau à côté de moi, essayant de maintenir Kiera à la surface. Le poids de son gilet tactique l'entraînait vers le fond. Chaque mouvement lui arrachait un grognement à cause de ses côtes fracturées.Dante : Julian... on doit nager vers le large ! haleta-t-il, ses dents claquant violemment. Faut qu'on s'éloigne...Je regardai l'horizon noir. Le vide.— Non ! criai-je par-dessus le rugissement de l'incendie. On n'y arrivera jamais ! On retourne vers le quai !Il me fixa, croyant que le froid m'avait rendu fou.Dante : Les Russes...— Je préfère prendre une balle que de mourir de froid ! Nage vers le f
[POINT DE VUE : JULIAN]La minute accordée par Volkov s'écoulait comme du goudron.Dante traversa l'entrepôt à grandes enjambées, son HK416 plaqué contre son flanc droit, l'œil rivé sur les Spetsnaz qui le tenaient en joue. Il ne baissa pas son arme. Il atteignit Kiera, sortit son couteau de combat d'une main fluide et trancha les épaisses cordes de nylon qui la suspendaient.L'agente du FBI s'effondra. Dante la rattrapa par la taille avant qu'elle ne touche le sol.Kiera grogna de douleur, son moignon sommairement bandé ensanglantant la veste de Dante, mais ses jambes tinrent bon. Elle leva son œil valide vers lui.Kiera : Donne-moi un flingue, mafieux, cracha-t-elle.Dante sortit son Glock de sa ceinture et le lui glissa dans la main gauche.Sur la passerelle, Volkov sortit un briquet en argent et ralluma tranquillement une cigarette.Volkov : Le temps est écoulé, Miller. Vous allez reculer très lentement vers la sortie principale. Si l'un de vous fait un geste brusque, mes hommes v
[POINT DE VUE : JULIAN]L'eau de la mer Noire était une lame de rasoir liquide.À deux heures du matin, sous un brouillard épais qui avalait les étoiles, la température frôlait le point de congélation.Je sortis la tête de l'eau noire, recrachant l'air de mon recycleur d'oxygène à circuit fermé. Devant moi se dressait la muraille de béton rongé par le sel du chantier naval de Varna. Une infrastructure soviétique titanesque, abandonnée par l'État et récupérée par la Bratva.Dante émergea à mes côtés, le visage couvert de peinture de camouflage noire, ses yeux brillant d'une lueur meurtrière. Enzo Rossi avait tenu parole. Il ne nous avait pas donné d'armée, mais il nous avait fourni un équipement de pointe : combinaisons tactiques en néoprène, fusils d'assaut HK416 avec silencieux intégrés, et surtout, soixante kilos de C4 militaire.Je fis un signe de la main. En haut.Nous utilisâmes des grappins silencieux pour escalader la paroi glissante du quai de déchargement.La cour principale
[POINT DE VUE : DANTE]La brise nocturne du Bosphore balayait la terrasse de la villa d'Enzo Rossi, nichée sur les hauteurs du quartier de Bebek.En bas, les lumières d'Istanbul brillaient comme un tapis de diamants écrasés. Nous avions pris le contrôle de la ville depuis soixante-douze heures. Les cargaisons passaient, les flics fermaient les yeux, et mon nom recommençait à inspirer la terreur. J'avais ma couronne. J'avais mon Roi noir à mes côtés.Julian était accoudé à la balustrade en marbre, un verre de raki à la main, observant les pétroliers glisser sur le détroit. Il portait un costume sombre, coupé sur mesure par le tailleur personnel d'Enzo. Le flic en fuite avait disparu, remplacé par une statue de glace et de pouvoir.Je m'approchai et glissai mes bras autour de sa taille, pressant mon torse contre son dos.— Tu penses à quoi ? murmurai-je contre son cou.Julian : Au silence, répondit-il sans se retourner, sa voix grave vibrant contre ma poitrine. C'est trop calme. La Brat
[POINT DE VUE : JULIAN]L'arrière-salle du club privé d'Enzo Rossi puait le cigare froid, la peur et l'eau de Cologne bon marché.Quatre hommes étaient assis autour d'une table de poker en feutrine verte. Les quatre lieutenants d'Enzo. Des tueurs endurcis, des rois de la contrebande stambouliote. Et pourtant, en ce moment, ils transpiraient à grosses gouttes. Les portes blindées étaient verrouillées de l'extérieur.Dante était adossé contre la porte, les bras croisés, silencieux. Il me laissait la scène. Il m'avait jeté dans l'arène pour prouver à Enzo que je n'étais pas juste un amant de passage, mais une arme de destruction massive.Je marchai lentement autour de la table.La méthode du Lieutenant Miller, Service des Homicides de Chicago. Sauf qu'ici, il n'y avait pas de caméras, pas de droits Miranda, pas d'avocat.— L'un de vous a vendu la cargaison d'armes d'Izmir la semaine dernière, commençai-je, ma voix basse et parfaitement calme tranchant avec la tension de la pièce. Enzo pe
[POINT DE VUE : JULIAN]Les Appalaches n'étaient pas des montagnes accueillantes. C'étaient des dents de pierre grise couvertes d'une forêt dense et sombre, qui semblaient vouloir avaler notre voiture à chaque virage en épingle. La Ford Taurus toussait, le moteur peinant dans les montées abruptes.
[POINT DE VUE : JULIAN]L'air de la nuit était saturé de gyrophares. Le bleu et le rouge pulsaient contre les murs de pierre du manoir, transformant la scène en un cauchemar stroboscopique.Je me tenais dans l'encadrement de la porte de service, les mains en l'air, aveuglé par les projecteurs tacti
[POINT DE VUE : JULIAN]Le réveil ne fut pas doux. Ce fut un retour brutal à la réalité, accompagné par le grincement des ressorts du matelas et la douleur lancinante dans mon bras. La lumière crue du jour filtrait à travers les rideaux troués du motel, éclairant la poussière qui dansait dans l'air
[POINT DE VUE : KIERA VANCE]L'Hôpital Général de Chicago puait le désinfectant bon marché et le désespoir. Je marchai dans le couloir du troisième étage, mes talons claquant sur le linoléum avec une régularité militaire. Devant la chambre 304, un officier de police en uniforme somnolait sur une ch






