MasukChapitre 2 — Elle a dit non
POV de Maëlle
À peine sortis de la rue, la main de Théo revient sur ma cuisse.
— Tu aurais dû mettre la rouge. Celle-ci cache trop tes jambes.
Ses doigts remontent sous ma robe. Je les arrête avant qu’ils aillent plus loin.
— Regarde la route.
Il souffle et remet les deux mains sur le volant.
— T’es vraiment pas drôle, comme toujours.
Je rabaisse ma robe sans répondre. Depuis que nous sommes ensemble, il essaie dès que nous nous retrouvons seuls. Au début, cette impatience me plaisait. Elle me donnait l’impression d’être désirable. Depuis quelques semaines, j’ai surtout peur du moment où il se lassera d’attendre.
La fête a lieu dans la villa des parents de Maxime, au-dessus de la plage. La musique s’entend depuis le portail et il y a déjà du monde autour de la piscine.
Théo connaît presque tout le monde. Il me garde contre lui pendant qu’il discute, m’embrasse au milieu d’une phrase et laisse sa main descendre dès que personne ne regarde vraiment.
Je le repousse doucement.
— Arrête, tu vas enlever mon rouge à lèvres.
— J’aime bien quand t’en as plus.
Il sourit et passe son pouce sur ma bouche.
Solène arrive un peu plus tard, encore habillée pour le restaurant. Je vais l’embrasser et reste avec elle près de la cuisine jusqu’à ce que Théo revienne avec un gobelet orange.
— Goûte.
Je prends une gorgée et grimace aussitôt.
— T’as vidé la bouteille dedans ?
— Arrête, c’est pas si fort.
Il me remet le verre dans la main, puis glisse ses doigts entre les miens.
— Viens avec moi.
Solène regarde l’escalier, puis mon verre.
Je le lui donne avant de suivre Théo. Peut-être que je réfléchis trop. Peut-être que si je me détends enfin, tout se passera bien et j’arrêterai de me sentir différente des autres filles.
Il referme la porte d’une chambre et m’embrasse aussitôt. Mon dos heurte le mur. Ses mains remontent ma robe, puis l’une d’elles passe sous mon soutien-gorge.
Je réponds à son baiser. J’essaie de ne pas penser à la porte, aux gens dans le couloir ou au lit couvert de manteaux derrière nous. Théo presse son corps contre le mien et tire ma culotte vers le bas.
Je referme les jambes.
— Attends.
— Détends-toi.
Il embrasse mon cou et tire encore sur le tissu.
— Théo, arrête.
Je dois le repousser pour qu’il me lâche. Il recule enfin, le souffle court, et me regarde comme si je venais de lui faire quelque chose.
— Encore ?
Je remets ma robe en place.
— Je ne veux pas le faire ici.
— Ici, chez moi, chez toi… Tu veux jamais.
— J’ai besoin de temps.
— Trois mois, c’est pas assez ?
— J’en sais rien.
Il rit sans amusement et referme son pantalon.
— Tu me suis dans une chambre, tu m’embrasses et après tu fais comme si j’étais un malade parce que j’ai envie de toi.
— Je n’ai pas dit ça.
— Laisse tomber.
Il ramasse sa veste sur le lit. J’attends qu’il se calme ou qu’il vienne me prendre dans ses bras. Mais rien, il ouvre la porte.
— On rentre.
Le trajet se passe en silence. Je ne sais pas comment expliquer ce qui vient de se passer, et je ne peux pas faire comme si de rien n'était.
— T'as vraiment épuisé ma patience., dit-il.
— Je ne t’ai jamais demandé de le faire.
Il tourne enfin la tête vers moi.
— Ça veut dire quoi ?
J’ai la gorge serrée, mais je refuse de pleurer devant lui.
— Ce que tu veux.
— Très bien. C’est fini.
La phrase me fait mal, même si je la vois venir depuis la chambre.
J’ouvre la portière. Théo m’attrape par le poignet et me ramène brutalement contre lui.
— Attends.
Sa bouche écrase la mienne avant que je réponde. Sa langue force mes lèvres et sa main passe sous ma robe. Je tourne la tête, mais il me bloque contre le siège.
— Lâche-moi.
Sa jambe se place entre les miennes. Quand je tente de le repousser, il serre plus fort ma nuque.
— Théo, non !
La portière s’ouvre.
Soudain, Théo est arraché de la voiture et projeté contre la carrosserie. Sacha le frappe au visage avant qu’il comprenne ce qui se passe. Le deuxième coup le fait tomber contre le capot.
— Elle a dit non.
Sacha parle calmement, mais son poing repart déjà. Théo tente de se protéger. Sacha le saisit par le col et le remet debout d’un seul mouvement.
Je sors de la voiture, ma robe remontée sur les cuisses.
— Sacha, arrête !
Je m’accroche à son bras. Il s’immobilise en me regardant. Sa respiration est forte, ses muscles durs sous mes doigts.
Théo essuie le sang qui coule de sa lèvre.
— Encore un connard. Tanpis, garde-la. Elle adore se faire désirer ; profitez-en.
Sacha se retourne vers lui. Théo remonte aussitôt dans sa voiture et démarre avant de recevoir un autr
e coup.
Je reste au milieu de la rue, les mains tremblantes.
Sacha retire sa chemise et la pose sur mes épaules pour me ramener vers la maison.
Nous ne parlons pas.
Le portail se trouve à peine à cinquante mètres, mais mes jambes sont lourdes. Je revois la chambre, le visage de Théo quand je l’ai repoussé et la facilité avec laquelle il m’a rejetée. Il avait l’air tellement sûr d’avoir raison que je finis presque par le croire.
Toutes les filles que je connais parlent de sexe comme d’une chose simple. Elles couchent avec leurs copains, racontent leurs premières fois et plaisantent sur les endroits où elles ont failli se faire surprendre. Moi, je panique dès qu’une main descend trop bas. À mon âge, après trois mois de relation, personne n’est censé réagir comme ça.
Je dois vraiment avoir un problème.
Sacha ouvre la porte d’entrée et me laisse passer. Bastien n’est pas dans le salon. La maison est silencieuse.
Je retire la chemise de mes épaules pour la lui rendre, mais Sacha ne la prend pas.
Il remplit un verre d’eau et le pose devant moi.
— Ce type est un connard. Il n'est pas assez bien pour toi.
Je baisse les yeux vers le verre.
— C’était quand même mon copain. Il en avait marre d’attendre. Rien de grave.
— Un vrai mec s’arrête quand tu lui dis d’arrêter. Il ne te fait pas croire que tu lui dois quelque chose.
Je frotte la marque autour de mon poignet.
— Tu dis ça pour me faire plaisir.
— Je dis ça parce que c’est vrai. T’auras plein d’hommes qui t’aimeront. Choisis-en un qui te traite bien au lieu de pleurer pour un déchet.
Sa certitude m’agace presque. C’est facile pour lui de dire ça. Il ne me connaît pas assez pour savoir si quelqu’un pourrait réellement m’aimer.
Je relève la tête.
— Et toi ? Tu pourrais aimer une fille comme moi ?
Sacha ne répond pas tout de suite. Son regard glisse sur ma bouche, descend vers sa chemise refermée sur mon corps, puis remonte lentement.
— Cette nuit, j’ai rêvé de toi.
Mon cœur rate un battement.
— Quel genre de rêve ?
Il s’approche de la table et pose les mains de chaque côté de mon verre.
— Tu pleurais en me suppliant de ne pas m’arrêter.
POV de MaëlleJe me réveille un peu avant onze heures avec l’impression d’avoir dormi quelques minutes. La place de Mia est vide et des voix viennent du salon. Je reconnais celle de ma mère avant même d’ouvrir la porte de la chambre.Solène les a appelés pendant que je dormais.Maman se lève dès qu’elle me voit. Elle me prend dans ses bras et je la laisse faire, trop fatiguée pour lui reprocher d’avoir traversé la moitié du pays sans prévenir. Papa est descendu acheter du pain avec Mia. Bastien se tient près de la fenêtre, encore vêtu de la veste qu’il portait pour conduire.Il ne vient pas m’embrasser. Son téléphone est déjà dans sa main.— Sacha est où ?— Il est reparti.Bastien déverrouille son écran et cherche son numéro.Je quitte les bras de ma mère.— Ne l’appelle pas.— Son groupe t’accuse de vol, te met en garde à vue et essaie de te faire signer une dette de cent cinquante mille euros. J’ai deux ou trois choses à lui dire.— Il n’était pas au courant.— Solène m’a raconté c
POV de MaëlleSacha se tient devant la salle d’interrogatoire. Dorian est derrière lui avec un avocat que je n’ai jamais rencontré. Sacha porte un costume sombre et son manteau reste ouvert sur sa chemise. Son visage ne laisse rien passer, mais son regard se fixe sur moi dès que je sors de la cellule.Je m’arrête.Pendant une seconde, je crois que mon esprit l’a fabriqué parce que je n’en pouvais plus.L’avocat s’adresse à la policière. Les deux lambrequins ont été retrouvés. Les accès utilisés pour modifier l’inventaire viennent d’un prestataire extérieur et les documents portant mon nom ont été falsifiés. Le parquet a déjà reçu les nouveaux éléments.Je comprends seulement l’essentiel.Ils savent que ce n’est pas moi.M
POV de MaëlleLa lumière reste allumée au-dessus de la porte.Je ne sais plus depuis combien de temps je suis enfermée. Une heure, peut-être trois. Sans téléphone ni fenêtre, le temps ne passe plus normalement. Il s’étire entre deux bruits de clés, puis disparaît dès que des pas approchent dans le couloir.Chaque fois, je relève la tête.Personne ne vient pour moi.Le matelas en plastique colle à l’arrière de mes jambes. J’ai retiré mes chaussures parce qu’elles glissaient sans leurs lacets, mais le sol est froid sous mes pieds. Je finis par les remettre, puis je recommence à marcher dans la cellule.Quatre pas jusqu’à la porte. Trois pour revenir jusqu’au mur.À cette heure-ci, Mia doit avoir dîné. Solène lui aura préparé ses pâ
POV de Maëlle— Parce que c’était mon travail.— Vous connaissiez donc leur valeur avant leur disparition.Je lui arrache presque le rapport des mains.Tout se retourne contre moi. Si j’avais mal travaillé, les tissus seraient restés de vieux rideaux oubliés dans une réserve. Parce que j’ai reconnu la broderie, ils valent maintenant assez cher pour faire de moi une voleuse crédible.La représentante de l’assurance ouvre le contrat à la dernière page et pose un stylo dessus.— Si vous signez aujourd’hui, l’hôtel renonce pour le moment à demander des poursuites pénales.Je fixe la ligne réservée à mon nom.Pendant quelques secondes, j’ai réellement envie de signer.Je pourrais rentrer. Retrouver Mia. Empêcher la police de venir chez nous et éviter que l’école apprenne ce dont on m’accuse. Le montant est impossible à rembourser, mais l’impossible paraît encore préférable à une cellule.Puis je vois le mot reconnaît au début de la page.Si je signe, il ne restera plus rien à prouver. Je s
POV de MaëlleDeux jours après mon retour de La Ciotat, les feuilles couvrent encore la table du salon.J’ai retrouvé mon rapport d’origine, les photographies des lambrequins et tous les mails envoyés à Madame Roussel. Je les ai classés par date, puis dans l’autre sens, avant de tout recommencer. Le résultat ne change jamais : j’ai demandé la restauration des pièces, mais quelqu’un a ensuite utilisé mon compte pour les faire enlever.Solène pose une assiette près de mon ordinateur.— Mange un peu.— Après.— Tu as dit ça à midi.Elle reste derrière ma chaise jusqu’à ce que je prenne un morceau de pain. Il gonfle dans ma bouche et je dois boire pour réussir à l’avaler.Mia arrive avec ses crayons. Elle veut dessiner sur le dos d’une feuille imprimée. Je la lui retire un peu trop brusquement.— Pas celle-là.Elle recule, surprise.Son visage suffit à me faire regretter mon geste. Je l’attire contre moi, mais elle garde les bras le long du corps.— Excuse-moi, ma puce. Maman a peur de pe
POV de Maëlle— Oui.— Vous saviez donc que ces pièces avaient de la valeur.— Je savais qu’il fallait les restaurer. C’était mon travail.— Vous avez parlé de cette découverte à quelqu’un ?J’essaie de réfléchir. Madame Roussel, plusieurs techniciens, peut-être ma mère. J’ai sûrement raconté l’histoire à Solène. Je ne me souviens plus des mots exacts.— Je ne sais pas. Ce n’était pas un secret.Son stylo recommence à bouger.La honte arrive avec la peur. Ils vont examiner mes comptes. Ils verront mes anciens découverts, les factures payées en retard, les mois où mon salaire de la supérette disparaissait avant même la fin de la semaine. Ils trouveront une mère célibataire qui a abandonn&eac







