FAZER LOGINTemporalité : Présent, cinq semaines après le mariage
Lieu : Manoir Lavoie, salonCharlotteCinq semaines.Trente-cinq jours que je vis dans ce manoir, trente-cinq jours que je compte les heures, trente-cinq jours que je m'efforce de survivre. Mais quelque chose a changé. Depuis que j'ai vu Alexandre s'effondrer dans la bibliothèque, depuis que je l'ai vu pleurer, quelque chose s'est fissuré entre nous. Quelque chose de fragile, de ténu, mais quelque cAlors je dis tout. Je dis le manoir. Je dis le garçon blessé. Je dis les sutures. Je dis la galerie des ancêtres. Je dis les yeux dorés. Je dis le lien. Je dis mes doutes, mes peurs, ma confusion. Je dis que je ne sais plus si je fais mes propres choix ou si quelque chose d'autre choisit à ma place. Je dis que je suis terrifiée et fascinée et que les deux sentiments se mélangent en moi comme de l'huile et du vinaigre, jamais vraiment ensemble, jamais vraiment séparés.Quand j'ai fini, Inès reste silencieuse un long moment. Puis elle prend ma main, et elle dit, avec cette douceur grave qu'elle réserve aux moments qui comptent :— Tu as le droit d'être heureuse, Aly. Tu as le droit de vouloir quelqu'un, de vouloir quelque chose, de vouloir une vie différente de celle que tu t'étais imposée. Mais écoute-moi bien : ne te perds pas pour quelqu'un d'autre. Pas encore. Pas comme avant.Comme avant.Comme avec Julien.Le nom n'est pas p
Silence. Long. Lourd.— Alors, quoi ? demande Tristan. Tu veux le défier ? Le destituer ? Tu sais ce que cela signifie, Balthazar. Défier un Alpha, c'est ouvrir une fracture que la meute ne referme jamais complètement.— Je ne veux pas le défier. Pas encore. Je veux... préparer le terrain. Au cas où.— Préparer le terrain, répète Gareth. C'est un joli mot pour trahir.— C'est un joli mot pour sauver, rétorqué-je, et ma voix monte plus haut que je ne le voudrais. J'ai servi cette meute avant que vous ne soyez nés. J'ai vu des Alphas mourir pour de l'orgueil et des meutes se déchirer pour des femmes. Je ne verrai pas cela se reproduire sans avoir essayé de l'empêcher. Pas encore une fois.Tristan me regarde, ou plutôt, il tourne vers moi ce visage aveugle qui voit mieux que la plupart des yeux. Il ne dit rien. Gareth non plus.Mais je sais qu'ils m'écoutent. Je sais que la graine que je viens de planter trouvera un terrai
Nous remontons. Il me guide dans les couloirs, et au lieu de me reconduire directement à la sortie, il me fait visiter, sans qu'on se le soit dit, sans que je l'aie demandé, comme s'il avait besoin de combler le silence après l'urgence, comme s'il avait besoin de me montrer qui il est, d'où il vient, ce qu'il défend. Il me montre la grande salle de la meute, une pièce immense au plafond voûté où trône une longue table de chêne massif, où sont accrochés des étendards et des crocs fossilisés, où brûle un feu dans une cheminée assez grande pour y tenir debout. Il me montre les archives, une pièce basse pleine de rouleaux et de registres, où dort l'histoire des Loups de Provence, car c'est ainsi qu'ils s'appellent, me dit-il, les Loups de Provence, une lignée qui tient ces terres depuis les premiers siècles, qui a survécu aux croisades, aux guerres de Religion, aux révolutions, en se fondant dans le paysage, en épousant les saisons, en disparaissant aux yeux des hommes quand il le falla
Je raccroche. Je reste un moment immobile dans le couloir, le téléphone serré dans ma main, le cœur battant trop vite, la tête pleine de questions que je n'ai pas le temps de me poser. Puis je retourne au bureau. Je réveille mon collègue interne, Thomas, un garçon gentil et un peu lent que je n'ai jamais beaucoup estimé professionnellement, et je lui mens avec une aisance qui me surprend moi-même, ma mère, une chute, le service des urgences de l'autre côté de la ville, je serai de retour avant la fin de la garde. Il accepte sans broncher. Il est à moitié endormi. Il me fait confiance. Il ne sait pas qu'il vient de participer, sans le savoir, à quelque chose qui le dépasse complètement.Une heure plus tard, une berline noire m'attend devant l'entrée des urgences, feux éteints, moteur ronronnant, et le chauffeur, un homme taiseux au regard jaunâtre que je n'ai jamais vu, m'ouvre la portière sans un mot. Je monte. La voiture quitte la ville, prend la direction du sud
AlyssonJe suis au milieu de ma garde de nuit quand mon téléphone vibre dans la poche de ma blouse, une vibration sèche, insistante, qui me rappelle immédiatement au présent alors que je rédige le dossier d'un patient de soixante-quatorze ans admis pour une défaillance respiratoire. L'hôpital, à cette heure, deux heures du matin, a cette atmosphère particulière des lieux qui ne dorment jamais tout à fait, une lumière blanchâtre dans les couloirs, des bruits de pas feutrés, des moniteurs qui bipent derrière des portes closes, et moi je suis seule au bureau de l'interne de garde avec un café froid et trois dossiers à compléter.Le nom qui s'affiche sur l'écran me coupe la respiration.Dorian.Il n'a jamais appelé pendant une garde. Jamais. Il sait que je travaille la nuit, il sait que je ne peux pas répondre, et nous avons une règle tacite qui veut que nos échanges passent par des messages que je lis le matin en rentrant. S'il appelle main
Temporalité : Présent, cinq semaines après le mariageLieu : Manoir Lavoie, salonCharlotteCinq semaines.Trente-cinq jours que je vis dans ce manoir, trente-cinq jours que je compte les heures, trente-cinq jours que je m'efforce de survivre. Mais quelque chose a changé. Depuis que j'ai vu Alexandre s'effondrer dans la bibliothèque, depuis que je l'ai vu pleurer, quelque chose s'est fissuré entre nous. Quelque chose de fragile, de ténu, mais quelque chose quand même. Une compréhension mutuelle. Une forme de respect. Une ébauche de complicité.Isabelle le sent. Elle le voit. Elle voit la façon dont Alexandre me regarde, parfois, quand il croit que personne ne l'observe. Elle voit la façon dont il m'adresse la parole, maintenant, avec moins de froideur, avec plus de douceur. Elle voit, et elle n'aime pas ça. Elle n'aime pas perdre le contrôle. Elle n'aime pas que je prenne une place qu'elle considère comme la sienne.Alors el







