Share

Chapitre 3

Penulis: Lila Vane
Quand Estelle est arrivée à la maison de convalescence, il était déjà neuf heures. Rania attendait anxieusement devant la chambre.

« Estelle, le médecin est encore en train d’examiner ta mère. »

Estelle lui a tendu son sac avant d’entrer précipitamment dans la chambre.

Peu avant la fin de ses études, son directeur de mémoire l’avait choisie pour participer à la restauration du site archéologique du Pavillon Céleste. Mais sur la route pour y aller, ils ont eu un accident de voiture.

Sans sa mère, Laurence Bertin, qui l’avait protégée de son propre corps, Estelle serait probablement morte ce jour-là.

Dans l’accident, sa mère avait été grièvement blessée et était tombée dans le coma, tandis que son oncle était mort sur le coup.

Après l’accident, sa mère n’avait jamais repris connaissance. Les médecins avaient même dit qu’elle risquait de rester dans un état végétatif et leur avaient conseillé de s’y préparer.

Estelle ne s’était pas encore remise de ce drame que son père avait déjà installé sa maîtresse et leur enfant à la maison.

Puis il l’avait menacée : soit elle épousait Romain et devenait un outil au service des intérêts de son entreprise, soit il cessait de payer les frais médicaux de sa mère ainsi que les dépenses de la famille de son oncle.

À l’époque, Estelle avait cru faire d’une pierre deux coups : épouser l’homme qu’elle aimait tout en protégeant les siens.

Elle ignorait alors que Romain aimait déjà quelqu’un d’autre.

Laurence s’était réveillée six mois après l’accident. À ce moment-là, Estelle était déjà mariée à Romain.

Mais à cause des lésions cérébrales, elle avait retrouvé la conscience sans vraiment retrouver son esprit. Elle restait hébétée, absente, incapable de réagir normalement.

C’était pour cette raison qu’elle vivait depuis toutes ces années à la maison de convalescence.

Dans la chambre, le médecin poursuivait l’examen de Laurence pendant qu’Estelle observait sa mère allongée sur le lit, morte d’inquiétude.

« Docteur, comment va ma mère ? »

Le médecin a discrètement secoué la tête. « Sa forte fièvre vient d’un refroidissement, mais cela n’explique pas qu’elle reste inconsciente aussi longtemps. Pourtant, tous ses indicateurs sont normaux. On dirait simplement qu’elle dort. Ne vous inquiétez pas trop pour le moment, il faut encore observer. »

Cette conclusion ne rassurait pas Estelle. Comment quelqu’un pouvait-il dormir sans la moindre réaction, peu importe combien on l’appelait ou on essayait de la réveiller ?

Mais pour l’instant, elle n’avait pas d’autre choix que d’attendre.

Après le départ du médecin, Julie Pinart, sa meilleure amie, l’a appelée.

« Ma belle, je suis rentrée de déplacement. On déjeune ensemble ce midi ? »

Estelle a discrètement pris une inspiration. Sa voix était douce, teintée d’une profonde fatigue. « Pas aujourd’hui… Je suis chez ma mère. »

« Encore ? Tu ne vas là-bas le week-end que quand il se passe quelque chose. Qu’est-ce qu’il y a ? »

La maison de convalescence des Jardins de Clairval se trouvait assez loin du centre-ville. Estelle travaillait au département d’architecture du groupe Lemoine, alors elle n’y allait jamais sans raison.

« Ma mère avait une forte fièvre qui ne baissait pas… et elle est restée inconsciente. »

« Alors je vais passer voir tante Laurence. Ça fait longtemps que je ne suis pas venue la voir. »

Estelle n’a pas refusé. Elle avait le cœur lourd, et Julie avait toujours été la personne à qui elle se confiait le plus.

Depuis le lycée jusqu’à aujourd’hui, elles partageaient tout.

Quand Julie est arrivée, Laurence s’était déjà réveillée et sa fièvre commençait aussi à tomber.

« Qu’est-ce qui s’est passé avec tante Laurence ? »

« Elle a pris des somnifères toute seule. Heureusement, il n’en restait que trois comprimés. »

Julie a écarquillé les yeux, encore sous le choc.

Comme Laurence dormait sans arrêt et qu’aucun médecin ne trouvait la cause, Estelle était allée vérifier les caméras de surveillance. Elle avait vu sa mère revenir de l’extérieur au milieu de la nuit avant de prendre des médicaments seule dans sa chambre.

Elle avait alors demandé à Rania de vérifier la boîte, et elles avaient découvert qu’il s’agissait de somnifères.

Après cette énorme frayeur, les nerfs tendus d’Estelle se sont enfin relâchés, et toute son énergie l’a quittée d’un coup.

Julie regardait le visage pâle d’Estelle, marqué par une faiblesse évidente, et son inquiétude grandissait.

« Estelle, tu ne te sens pas bien ? »

Estelle a hoché la tête. « J’ai attrapé froid… Rania m’a donné un médicament contre la fièvre tout à l’heure. »

« Toi aussi, tu es malade ? » Julie a posé la main sur son front pour vérifier sa température. « Tu es brûlante ! »

Elle l’a aussitôt prise dans ses bras. Toutes ces années, depuis que Laurence vivait dans cette maison de convalescence, personne de la famille Bertin n’était jamais venu la voir. Estelle s’occupait seule de tout, courant partout sans jamais pouvoir compter sur qui que ce soit.

Quant à ce père médiocre, froid et sans cœur… sans le mariage d’Estelle avec Romain, il aurait probablement abandonné depuis longtemps Laurence ainsi que la famille de son oncle.

Estelle avait cru qu’après son mariage — surtout avec l’homme qu’elle aimait en secret depuis si longtemps — sa vie finirait par s’améliorer. Elle ne s’attendait pas à ce que Romain ait déjà quelqu’un dans son cœur, ni à ce qu’il lui reproche d’avoir séparé deux amoureux.

« Ça va aller. J’ai pris des médicaments, ça ira mieux tout à l’heure. »

Estelle souriait encore, mais la fatigue qui se lisait sur son visage serrait le cœur de Julie.

« Dors un peu. Je reste avec tante Laurence, et je vais demander à Rania de préparer quelque chose à manger. »

Julie a remonté la couverture sur elle et venait à peine de l’aider à s’allonger lorsqu’une infirmière est entrée en poussant un patient dans un fauteuil roulant.

« Madame Bertin, désolée, mais le directeur a demandé que votre mère change de chambre. »

Estelle s’est redressée avec difficulté, visiblement épuisée. « Pourquoi faudrait-il changer de chambre alors que tout allait bien ? »

La chambre qu’elles occupaient était une suite VIP, avec un salon séparé.

Estelle l’avait choisie spécialement pour sa mère. Il y avait une cuisine, ce qui permettait à Rania de lui préparer chaque jour des repas adaptés à ses goûts.

« C’est une décision du directeur en personne. Madame Garcia s’est blessée à la jambe et doit rester ici en convalescence pendant trois mois. Vous savez bien que les chambres VIP sont toujours très demandées. Le directeur a entendu parler de l’état de votre mère et estime qu’il n’est pas nécessaire qu’elle occupe une chambre VIP. Il vous demande donc de libérer celle-ci. »

« Ma mère s’est enfin habituée à cet environnement, et son état est devenu plus stable qu’avant. Changer brusquement de chambre aura forcément un impact sur elle. Sans compter que j’ai déjà payé les frais du mois. »

« Ma fille et mon gendre peuvent vous payer le double, vous n’y perdrez rien. »

Valérie Garcia, assise dans le fauteuil roulant a alors pris la parole d’un ton bienveillant. « Avec ma jambe dans cet état, j’ai besoin de quelqu’un pour s’occuper de moi. Dans une chambre ordinaire, il n’y aura pas assez de place pour que mes aides restent avec moi. Essayez de comprendre. »

« Madame Bertin, ne me mettez pas dans l’embarras. C’est la décision du directeur. Je suis seulement venue vous prévenir et faire visiter la chambre à Madame Garcia. »

Estelle voyait bien le malaise de l’infirmière, mais il y avait tout de même un ordre des choses. Elles étaient là les premières.

Elle allait répondre lorsqu’une voix est soudain venue du couloir : « Monsieur Lemoine, soyez rassuré. Nos chambres VIP offrent les meilleures conditions et les équipements les plus complets. Des médecins et des infirmières sont présents vingt-quatre heures sur vingt-quatre. »

« Merci, Monsieur Mulliez. »

Cette voix grave… Estelle l’aurait reconnue entre mille. Elle lui était familière jusqu’au fond des os.

« Pourquoi êtes-vous encore devant la porte ? »

En voyant l’invitée de marque rester dans le couloir, le directeur a aussitôt affiché son mécontentement.

« Ce n’est rien, il faut quand même discuter avec eux avant », a répondu Valérie avec un sourire doux et élégant, l’air plein de bonté.

« Qu’y a-t-il à discuter ? Les autres patients sont tous dans un état plus grave que Madame Bertin. » Le directeur commençait déjà à perdre patience. « Noémie, dépêche-toi de faire libérer la chambre. »

Puis il s’est tourné vers Romain avec empressement. « Monsieur Lemoine, souhaitez-vous entrer voir les lieux ? »

« Monsieur Lemoine ? »

Julie s’est tournée vers Estelle. Elle avait reconnu cette voix immédiatement. Impossible qu’Estelle, elle, ne l’ait pas reconnue.

Estelle regardait simplement par la fenêtre. Et derrière Romain, elle a aperçu Léa.

« Ce n’est pas nécessaire. Tant que Madame Garcia est satisfaite. »

Après avoir parlé, Romain s’est éloigné pour répondre à un appel.

Julie en a presque ri de colère. Ce salaud était prêt à chasser sa propre belle-mère de sa chambre pour faire plaisir à la femme qu’il aimait.

« Mademoiselle, votre mère peut encore bouger toute seule. Laissez-moi simplement cette chambre pour deux mois. »

« Exactement, exactement ! Et après ces deux mois, si vous souhaitez reprendre une chambre VIP, ce sera toujours possible », a ajouté le directeur avec empressement.

Estelle se mordait les lèvres en regardant dehors. Elle distinguait encore vaguement la silhouette de Romain au loin.

Julie lui a pris la main avant de tourner un regard froid vers Valérie. « Madame Garcia, les personnes dehors… ce sont votre fille et votre gendre ? »

À peine avait-elle parlé d’eux que les yeux de Valérie se sont illuminés. « Oui. Ces enfants sont vraiment adorables. Dès que mon gendre a appris que je m’étais blessée, il est venu m’aider pour tout sans même prendre son petit-déjeuner. »

« Et comme il ne voulait pas me laisser seule à la maison, il a spécialement organisé mon séjour ici pour ma convalescence. »

Le bonheur et la fierté dans sa voix étaient impossibles à dissimuler.

Julie a serré les dents de rage. Quel ordure. Mère d'Estelle vivait ici depuis presque trois ans, et il n’était jamais venu une seule fois. En revanche, pour cette « belle-mère »-là, il jouait parfaitement le gendre attentionné.

Elle allait répliquer quand Estelle lui a soudain serré la main en retour.

Très fort. Comme si elle utilisait toutes ses forces.

Un léger sourire flottait encore sur ses lèvres, mais sa main était glaciale.

« Monsieur Lemoine, puisque ta belle-mère te couvre autant de compliments, tu ne vas pas entrer pour l’aider à s’installer ? »
Lanjutkan membaca buku ini secara gratis
Pindai kode untuk mengunduh Aplikasi

Bab terbaru

  • Le divorce et tes larmes   Chapitre 30

    Romain a croisé ses yeux brillants. Son regard a brièvement glissé vers la naissance de son décolleté, puis il lui a saisi la main, les yeux soudain plus sombres, avant de changer de sujet. « Qui d’autre est invité ? »Mélanie a répondu avec un sourire : « J’ai aussi invité Léa. Ça fait déjà plusieurs mois qu’elle est revenue après son diplôme et on ne s’est presque pas vues. »Mélanie et Léa avaient étudié dans la même université. Léa avait trois ans de plus que Mélanie ; elle venait de terminer son master tandis que Mélanie était encore en troisième année de licence. Elles avaient toujours été très proches.Romain lui a lancé un regard sans rien ajouter.Mais au moment où Estelle a entendu le nom de Léa, elle lui a pincé le pouce avec force.Sous la douleur, il a fini par lui lâcher la main. Il a aussitôt tourné la tête vers elle, le regard devenu plus froid.Leur échange n’a pas échappé à Clémence. « Estelle, il faut apprendre à être un peu plus compréhensive. Une femme doit savoir

  • Le divorce et tes larmes   Chapitre 29

    Puisqu’ils étaient mariés, la loi disait clairement que tout ce qu’ils acquéraient après le mariage appartenait aux deux époux. Alors pourquoi devrait-elle stupidement renoncer à sa part ?Elle refusait d’être la plus idiote des femmes. Les hommes étaient peu fiables. Au final, il n’y avait que l’argent qu’on tenait soi-même entre ses mains qui comptait vraiment.Avec de l’argent, les personnes qu’elle voulait protéger n’auraient plus jamais besoin de subir le regard ou le mépris des autres.Dommage qu’elle ait perdu trois ans avant de comprendre une vérité aussi simple.Les deux sont entrés dans le restaurant et, guidés par un serveur, se sont dirigés vers leur table réservée.Mélanie et Clémence étaient déjà installées et discutaient ensemble. Bien que dix-huit ans les séparaient, la différence d’âge ne se voyait presque pas sur leurs visages.Clémence avait quarante ans cette année-là. Elle possédait ce charme raffiné que le temps déposait sur certaines femmes, une élégance noble pr

  • Le divorce et tes larmes   Chapitre 28

    Cette simple phrase a immédiatement poussé Romain à détourner les yeux.Et, dans le même temps, le trouble qui venait de naître en lui s’est instantanément dissipé.Après tout, c’était lui-même qui lui avait déjà dit cette phrase auparavant. Il ne s’attendait simplement pas à entendre un jour cette phrase revenir contre lui.« Tu es capable d’ouvrir une bouteille à quatre-vingt mille, mais pas de t’acheter quelques vêtements corrects ? »En entendant ça, Estelle a cru qu’il méprisait simplement ses vêtements parce qu’ils n’étaient pas de grandes marques. Elle n’avait même pas envie de lui répondre.Mais ce sale type ne savait vraiment pas se taire.Romain a tourné la tête vers la fenêtre avant de lâcher froidement : « Ton goût est vraiment mauvais. »Estelle a senti sa patience atteindre ses limites. Voilà qu’il se permettait encore de critiquer.Comme elle avait besoin de lui, elle a serré les dents et s’est forcée à garder un ton calme. « Oui, tu as raison. Non seulement je n’ai aucu

  • Le divorce et tes larmes   Chapitre 27

    Romain a immédiatement compris l’allusion dans les paroles de Louis et a répondu d’une voix froide : « Puisque tu as autant de temps libre, prépare le dossier de cette collaboration. Demain, je veux voir une proposition concrète. »Louis a aussitôt regretté ses paroles. Il pensait simplement bien faire… qu’avait-il fait de mal ?S’il n’avait pas entendu le chef de projet dire qu’Estelle avait présenté sa démission, il n’aurait jamais appelé de lui-même.Après tout, mieux valait réconcilier un couple que les voir divorcer. Et honnêtement, même lui trouvait que son patron était allé un peu trop loin cette fois.Qui aurait cru qu’en voulant bien faire, il finirait par se faire punir ?Après avoir raccroché, Romain a regardé l’heure. Il n’était que dix heures et demie. D’habitude, au bureau, il avait toujours l’impression de courir après le temps. Alors pourquoi cette journée avançait-elle aussi lentement ?Il était clairement moins efficace en travaillant à la maison. Jusqu’à maintenant,

  • Le divorce et tes larmes   Chapitre 26

    Romain, qui ne s’était jamais fait raccrocher au nez par Estelle, a immédiatement froncé les sourcils.Faire une crise, être jalouse… voilà que ça lui donnait maintenant de l’audace.La voix douce derrière lui a encore aggravé son humeur déjà mauvaise.Romain s’est retourné pour jeter un regard indifférent à Léa, puis il a rangé son téléphone. Une légère irritation perçait dans sa voix. « Pourquoi tu es venue ? »Léa tenait un sac isotherme dans les mains. Sa voix était douce et délicate. « J’ai entendu dire que tu n’étais pas allé au bureau aujourd’hui. Je craignais que tu ne te sentes pas bien, alors je suis venue voir comment tu allais. Je t’ai apporté de la soupe pour l’estomac. »Romain n’a pas bougé. Sa voix s’est teintée d’un avertissement discret. « Je t’avais déjà dit de ne pas venir chez moi. »Le cœur de Léa s’est serré. Ses yeux ont aussitôt rougi, et sa voix s’est remplie de tristesse. « Je voulais juste… te remercier. Tu as aidé Max à réaliser son souhait, et tu m’as auss

  • Le divorce et tes larmes   Chapitre 25

    En entendant ça, Romain est resté figé un instant. Pas étonnant qu’Estelle l’ait bloqué ces derniers jours, qu’elle ait vendu la maison par colère et qu’elle refuse même de saisir les perches qu’il lui tendait. Elle était allée jusqu’à ignorer la demande de Georges.Ce jour-là, juste avant l’appel d’Estelle, Georges l’avait contactée pour essayer de participer à son nouveau projet. Romain avait refusé, et juste après, les appels d’Estelle avaient commencé à s’enchaîner. C’était aussi pour ça qu’il lui avait parlé d’un ton particulièrement mauvais.La cendre a brûlé ses doigts. Ce n’est qu’à ce moment-là qu’il a repris ses esprits et a secoué sa cigarette.Après avoir raccroché, il lui a envoyé un message.Romain : Débloque mon numéro. On a des nouvelles pour un donneur de rein compatible.Estelle ne travaillait pas. Comme elle s’était couchée tard la veille, elle ne s’est réveillée qu’à neuf heures et demie ce matin-là.Quand elle a vu le premier message de Romain, elle a laissé échapp

Bab Lainnya
Jelajahi dan baca novel bagus secara gratis
Akses gratis ke berbagai novel bagus di aplikasi GoodNovel. Unduh buku yang kamu suka dan baca di mana saja & kapan saja.
Baca buku gratis di Aplikasi
Pindai kode untuk membaca di Aplikasi
DMCA.com Protection Status