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Chapitre 2

Author: Oum
last update Petsa ng paglalathala: 2026-09-11 06:53:48

CHAPITRE 2

VOIX EXTERNE

Le réveil de Judy sonna à six heures trente.Elle ouvrit difficilement les yeux et resta quelques secondes à fixer le plafond de sa chambre. Son corps lui faisait encore mal après la longue journée de travail de la veille. Ses jambes étaient lourdes, son dos lui faisait souffrir et sa tête semblait peser une tonne. Elle soupira avant de tendre la main vers son téléphone pour arrêter cette sonnerie qui lui agressait les oreilles.

– Encore une journée 

Murmura-t-elle d’une voix fatiguée.

Elle aurait tellement voulu rester au lit. Mais elle ne pouvait pas. Elle avait cours. Et après les cours, elle devait aller travailler. Depuis qu’elle était arrivée en Suisse, ses journées étaient devenues un véritable marathon. Elle étudiait lorsqu’elle avait du temps, travaillait lorsqu’elle n’était pas en cours et dormait lorsqu’elle n’avait plus aucune force pour faire autre chose.Elle n’avait personne pour payer ses factures à sa place.

Personne pour lui dire de rentrer à la maison et de se reposer. Sa grand-mère avait été cette personne autrefois. Mais elle n’était plus là. Judy se redressa lentement et passa une main sur son visage.Pendant quelques secondes, ses pensées retournèrent vers la lettre qu’elle avait découverte la veille. Le manoir. Elle avait encore du mal à croire qu’il lui appartenait réellement.

Toute sa vie, elle avait pensé que cette propriété avait été vendue par sa grand-mère pour financer ses études et son départ en Suisse. Elle avait accepté cette idée sans jamais chercher à comprendre davantage. Et maintenant, elle découvrait qu’un immense manoir se trouvait toujours en Belgique et qu’il lui avait été légué. Elle avait passé une bonne partie de la nuit à réfléchir. Devait-elle vraiment quitter la Suisse ? Devait-elle abandonner ses études ? Et surtout, qu’allait-elle faire de ce manoir ?

Elle n’avait aucune réponse. Mais une chose était certaine : elle devait d’abord le voir de ses propres yeux. Judy quitta son lit, prit une douche rapide et enfila une tenue simple. Elle attacha ses cheveux, prit son sac et vérifia rapidement son téléphone. Aucun nouveau message. Elle quitta son appartement. Dehors, l’air frais du matin lui fouetta le visage. Elle resserra son manteau autour d’elle et se dirigea vers l’université. Elle ne savait pas encore que cette journée allait être celle qui changerait définitivement le cours de sa vie. Lorsqu’elle entra dans la salle de cours, plusieurs étudiants étaient déjà installés. Judy alla directement à sa place. Elle sortit ses affaires et s’installa en silence. Quelques minutes plus tard, le professeur entra avec une pile de feuilles dans les mains.

Les conversations s’arrêtèrent progressivement.

– Bonjour à tous.

– Bonjour, monsieur.

Le professeur posa les copies sur son bureau.

– J’ai corrigé vos derniers devoirs. Je vais vous distribuer vos résultats.

Judy sentit immédiatement une boule se former dans son ventre. Les résultats. Elle savait qu’elle n’avait pas réussi. Les mathématiques avaient toujours été son plus gros problème.

Elle pouvait comprendre d’autres matières après quelques heures de travail, mais les chiffres lui donnaient l’impression d’être devant un mur impossible à franchir. Elle avait étudié. Elle avait essayé. Elle avait même sacrifié plusieurs heures de sommeil pour comprendre certains exercices. Mais rien n’y faisait.

Le professeur commença à appeler les étudiants.

– Lucas.

Un jeune homme se leva.

– Dix-sept.

Des sourires apparurent.

– Sarah, Quinze.

– Antoine, Treize.

Les étudiants récupéraient leurs copies dans une ambiance presque joyeuse. Puis le professeur prononça son prénom.

– Judy.

Son cœur se serra. Elle se leva lentement et se dirigea vers le bureau. Le professeur lui tendit sa feuille. Elle regarda rapidement la note. Encore une fois, elle n’avait pas la moyenne. Elle baissa les yeux.

– Merci, monsieur.

Elle retourna à sa place. À peine fut-elle assise qu’une voix derrière elle murmura :

– Encore raté.

Un rire étouffé suivit. Judy serra les mâchoires. Une autre étudiante ajouta :

–Je ne comprends même pas pourquoi elle continue.

Quelques personnes rirent. Judy fit semblant de ne rien entendre. Elle regarda sa feuille. Sa note était là, devant ses yeux. Elle avait envie de pleurer. Mais elle refusait de leur donner ce plaisir. Le professeur termina la distribution des copies.

Puis il leva les yeux vers Judy.

– Judy, restez un moment après le cours.

Elle hocha simplement la tête. Les étudiants commencèrent à sortir. Certains lui lancèrent des regards amusés. Lorsqu’il ne resta plus que quelques personnes dans la salle, le professeur s’approcha de son bureau.

– Judy.

– Oui, monsieur ?

– Je vais être honnête avec vous.

Elle sentit déjà son cœur se serrer.

– Vous êtes une étudiante sérieuse. Je le vois. Vous venez aux cours, vous prenez des notes, vous essayez de travailler.

Judy resta silencieuse.

– Mais vos résultats sont mauvais.

Elle baissa les yeux.

– Je sais.

– Et particulièrement en mathématiques.

– Je fais pourtant des efforts.

– Je n’en doute pas.

Le professeur soupira.

– Mais les efforts ne suffisent pas toujours.

Cette phrase lui fit mal. Judy releva les yeux vers lui.

– Alors qu’est-ce que je dois faire ?

Le professeur hésita quelques secondes avant de répondre.

– Si je peux vous donner un conseil…

Il marqua une pause.

– Vous devriez peut-être envisager autre chose.

Judy fronça les sourcils.

–Autre chose ?

– Une autre orientation. Une formation plus adaptée à vos capacités. Ou même chercher un travail qui pourrait vous convenir.

Elle resta silencieuse. Le professeur poursuivit :

– Il n’y a aucune honte à reconnaître qu’un domaine n’est pas fait pour soi.

Judy sentit ses yeux se remplir de larmes. Elle ne voulait pas pleurer devant lui. Pas encore.

–D’accord, monsieur.

– Réfléchissez-y.

Judy rangea lentement sa copie dans son sac.

– Merci pour le conseil.

Elle se leva et quitta la salle. Dès qu’elle franchit la porte, une larme coula sur sa joue. Elle l’essuya rapidement. Puis une autre. Elle accéléra le pas. Elle ne voulait croiser personne. Elle ne voulait entendre aucun rire. Elle ne voulait surtout pas qu’on lui demande si elle allait bien. Parce qu’elle savait qu’elle allait craquer. Une fois dehors, elle inspira profondément.

– Je peux y arriver…

Murmura-t-elle. Mais sa voix tremblait. Elle pensa à sa grand-mère. Elle se souvenait encore de ses paroles. Tu dois étudier, Judy. Elle avait promis. Elle avait promis de réussir. Alors pourquoi tout semblait-il devenir aussi difficile ? Elle regarda l’heure. Elle devait aller travailler. Elle essuya une dernière fois ses larmes et se dirigea vers le restaurant.

Lorsqu’elle arriva au restaurant, elle n’avait déjà plus envie de sourire. Elle attacha ses cheveux, enfila son tablier et rejoignit la salle.

– Judy !

Elle se retourna.

– Oui, patron ?

–La table quatre attend sa commande.

– J’y vais.

Elle attrapa son carnet. La journée recommença.

Encore. Prendre les commandes. Servir. Débarrasser.

Nettoyer.Courir.Sourire. Faire semblant. Faire semblant que tout allait bien. Mais intérieurement, Judy était épuisée. Elle pensait sans cesse aux paroles du professeur. Vous devriez peut-être envisager autre chose. Elle avait déjà un travail qu’elle détestait. Et maintenant, même ses études semblaient lui échapper. Vers seize heures, elle sentit son dos lui faire mal. Elle continua malgré tout. Elle avait besoin de cet argent. Elle n’avait pas le choix.

Un client assis près de la fenêtre lui fit signe.

– Mademoiselle !

Judy s’approcha avec son carnet.

– Oui, monsieur ?

– Apportez-moi une autre bière.

– Très bien.

Elle récupéra la bouteille vide et se retourna. Elle fit à peine deux pas. Une main se posa brusquement sur ses fesses. Judy se figea et son sang se glaça. Elle se retourna lentement. L’homme la regardait avec un sourire satisfait.

– Quoi ?

Judy le fixa, complètement choquée.

–Vous venez de me toucher ?

–Oh, ça va. C’était juste une petite plaisanterie.

– Une plaisanterie ?

– Ne faites pas toute une histoire pour ça.

Judy sentit la colère monter.

– Vous n’avez pas le droit de me toucher !

L’homme ricana.

– Vous êtes bien susceptible.

Cette phrase suffit.

PAFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFF 

Judy lui donna une gifle de toutes ses forces. Le bruit résonna dans toute la salle. Les conversations s’arrêtèrent. L’homme porta immédiatement une main à sa joue.

– Espèce de folle, sale pute !

Judy s’avança vers lui.

– Ne me touchez plus jamais imbecile !

– Vous venez de me gifler chienne ?

– Et je recommencerai si vous posez encore vos pattes sur moi !

– Vous êtes complètement malade !

– C’est vous qui êtes malade ! Qui vous a permis de me toucher ?

Le patron arriva rapidement.

– Qu’est-ce qui se passe ici ?

Le client se leva.

– Cette chienne vient de me gifler !

Le patron regarda Judy.

– Judy ?

– Il m’a touchée !

–Calmez-vous. 

– Il m’a touchée aux fesses !

Quelques clients commencèrent à murmurer. Le patron se tourna vers l’homme. Puis vers Judy.

– Excuse toi tout de suite Judy 

La jeune femme resta bouche bée.

– Quoi ? Hurle-t-elle 

– Excuse toi auprès du client.

– Mais c’est lui qui m’a touchée !

– Peu importe. Tu as frappé un client dans mon restaurant.

Quelque chose se brisa aussitôt en la jeune étudiante . Tout ce qu’elle avait retenu depuis des mois remonta d’un coup. Les humiliations. La fatigue. Les journées interminables. Les cours. Les mauvaises notes. Les moqueries. La mort de sa grand-mère. La solitude. Et maintenant ça. Judy fixa son patron.

– Vous savez quoi ? Crit elle 

–Judy, baisse d’un ton.

– Non.

Sa voix tremblait.

– Non, cette fois je ne vais pas baisser d’un ton.

Le restaurant était devenu silencieux.

– J’en ai marre de vous !

Le patron fronça les sourcils.

– Faites attention à ce que a ce que tu dis 

– Depuis quatre mois, je travaille ici sans jamais me plaindre ! Je cours toute la journée ! Je supporte vos cris ! Je supporte vos humiliations ! Même quand je suis malade, je viens travailler parce que j’ai besoin de cet argent !

– Judy…

– Non ! Laissez-moi parler !

Elle avait les larmes aux yeux.

– Je ne suis pas votre esclave !

Le patron serra les mâchoires.

– Tu es virée.

Judy resta immobile. Cette fois, elle n’eut même pas besoin de réfléchir. Elle retira son tablier.

– Très bien.

Elle le posa devant lui.

– Gardez votre travail et allez vous faire foutre 

Puis elle attrapa son sac.

– Et votre restaurant aussi vieux cochon 

Elle quitta les lieux. Une fois dehors, elle sentit ses jambes trembler. Elle marcha. Elle ne savait même pas où elle allait. Elle marcha encore. Les larmes coulaient librement sur son visage. Elle ne cherchait plus à les retenir. Elle traversa plusieurs rues sans regarder autour d’elle. Les voitures klaxonnaient. Les gens passaient. Certains la regardaient. Elle s’en fichait. Elle avait l’impression que son monde entier venait de s’écrouler. Elle pensa à son professeur. À son patron. À sa grand-mère. À Nash. À son avenir. À ses études. À cette enveloppe. À ce manoir. Elle ne savait plus quoi penser. Elle marcha encore et encore comme une folle, sans même savoir combien de temps s’était écoulé. Puis la nuit tomba.

Elle finit par rentrer chez elle. Lorsqu’elle ouvrit la porte, elle aperçut immédiatement quelqu’un dans son salon.

– Judy ?

Elle leva les yeux.

– Nash ?

Il se leva précipitamment. En voyant son visage, son expression changea.

– Qu’est-ce qui t’arrive ?

Judy ne répondit pas. Elle se jeta simplement dans ses bras. Nash la serra contre lui.

– Hé… doucement. Je suis là princesse. 

Elle pleura contre son torse.

–Je suis fatiguée, Nash.

–Je sais. 

–Je n’en peux plus.

– Raconte-moi.

Elle lui raconta tout. Les résultats. Les moqueries. Le professeur. Le restaurant. Le client. Son patron. Son licenciement. Nash l’écouta jusqu’au bout.

– Tu aurais dû partir de ce restaurant depuis longtemps.

– J’avais besoin de cet argent.

– Tu trouveras autre chose.

– Et mes études ?

– Tu vas continuer.

Elle secoua la tête.

– Je ne sais plus.

Nash prit son visage entre ses mains.

– Écoute-moi. Tu n’es pas nulle.

Elle détourna les yeux.

– Le professeur pense le contraire.

– Ton professeur ne te connaît pas comme moi.

Elle le regarda.

– Tu crois vraiment que je peux y arriver ?

– Oui.

Il embrassa son front.

– Et je crois surtout que tu as besoin de te reposer.

Un petit sourire apparut enfin sur les lèvres de Judy.

 Ils restèrent ensemble un moment. Puis Nash regarda l’heure.

–Je dois rentrer.

–D’accord.

Il se leva et embrassa une dernière fois son front.

– Appelle-moi demain.

– Promis.

– Je t’aime.

– Je t’aime aussi.

Nash quitta l’appartement. Judy referma la porte. Le silence revint. Elle resta quelques secondes immobile avant de rejoindre sa chambre. Et là, son regard tomba sur l’enveloppe. Celle de sa grand-mère. Judy s’approcha lentement. Elle prit les documents. Le manoir. La Belgique. Elle s’assit sur son lit. Elle venait de perdre son travail. Elle doutait de ses études. Elle était seule. Et pourtant, elle avait entre ses mains quelque chose qui pourrait peut-être changer toute sa vie. Elle attrapa son téléphone. Elle ouvrit son compte bancaire. Son regard se posa sur son solde. Elle calcula rapidement. Puis elle ouvrit une application de réservation de vols.

Genève - Belgique.

Elle sélectionna une date. Regarda le prix. Son cœur se mit à battre plus vite. Elle avait suffisamment d’argent. Pas énormément. Mais assez. Judy fixa l’écran pendant plusieurs secondes. Elle pensa à tout ce qu’elle risquait de laisser derrière elle. Puis elle regarda les documents de sa grand-mère.

– Je vais le faire.

Murmura-t-elle.

Elle sélectionna son billet. Ses doigts tremblaient.

Elle hésita une dernière fois. Puis elle appuya sur le bouton.

<<CONFIRMER LA RÉSERVATION.>>

Quelques secondes plus tard, son billet apparut sur son écran. Judy resta silencieuse. C’était fait. Elle venait d’acheter son billet pour la Belgique. Elle posa son téléphone sur le lit et regarda longuement les documents. Elle ne savait pas ce qui l’attendait là-bas. Elle ne savait pas si ce manoir serait réellement à la hauteur de ce que sa grand-mère lui avait décrit.

Mais une chose était certaine, elle avait un vol à prendre demain. 

–Protège moi seigneur 

Murmura-t-elle en s’allongeant sur son lit d’une place. 

À SUIVRE………………

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