LOGINChapitre 101
Kaelan
Le diagnostic tombe. Les mots sont cliniques, précis, implacables. « Paralysie du membre inférieur droit. Cause : lésion médullaire. Pronostic réservé. Nous ne savons pas si c’est définitif. »
Le médecin est debout au pied du lit, une tablette à la main. Il parle sans me regarder. À côté de lui, une interne hoch
Chapitre 101KaelanLe diagnostic tombe. Les mots sont cliniques, précis, implacables. « Paralysie du membre inférieur droit. Cause : lésion médullaire. Pronostic réservé. Nous ne savons pas si c’est définitif. »Le médecin est debout au pied du lit, une tablette à la main. Il parle sans me regarder. À côté de lui, une interne hoche la tête. Ils attendent ma réaction. Un cri. Un pleur. Une question. Quelque chose.Je ne réagis pas.Je fixe le plafond. Blanc. Le même blanc que la chambre. Que les draps. Que les murs. Je ne sens pas ma jambe. Je ne la sens plus depuis des jours. Mais maintenant, je sais. C’est officiel. Je suis paralysé. Peut-être pour toujours. Peut-être pas. Peut-être.Le médecin
Chapitre 100LyséaIl ouvre les yeux.Je ne bouge pas. Je ne respire pas. Je suis assise près du lit depuis des heures, sa main dans la mienne, et je fixe son visage. Ses paupières tremblent. Elles s’ouvrent. Lentement. Péniblement. Comme si chaque millimètre était une montagne. Et ses yeux apparaissent. Gris. Fatigués. Mais ouverts. Vivants.Le premier mot qu’il articule est son prénom. Mon prénom.— Lyséa.Sa voix est un souffle. Rauque. Brisée. À peine audible. Mais c’est ma voix. C’est son prénom. C’est lui.Je m’effondre sur le lit. En larmes. Incapable de retenir le barrage. Les sanglots montent. Ils sortent. Ils secouent tout mon corps. Je pleure comme une enfant. Comme une veuve. Comme une survivante
Chapitre 99KaelanL’opération dure dix heures.Je ne les compte pas. Je ne peux pas. Je suis quelque part entre la vie et la mort, dans un espace noir où le temps n’existe plus. Des bribes me parviennent. Des voix. Des lumières. Des mains qui me fouillent. Des instruments qui cliquettent. Des mots que je ne comprends pas. « Hémorragie. » « Drainer. » « Il tient. » « Il lâche. » Je ne sais pas. Je ne sais plus.Je ne sens plus mon corps. Ni la douleur. Ni les scalpels. Ni les aiguilles. Juste ce vide. Ce noir. Et cette voix. Cette voix qui revient. Par intermittence. Comme une marée. Comme une prière. Comme une promesse.Lyséa.Elle est là. Derrière les murs. Derrière les machines. Derrière la mort. Je l’entends.
Chapitre 98LyséaPronostic vital engagé.Les mots flottent dans le couloir de l’hôpital. Ils entrent dans mes oreilles. Ils descendent dans ma gorge. Ils s’installent dans ma poitrine. Et ils restent là. Comme une lame. Comme un poison. Comme une condamnation.Je suis assise sur une chaise en plastique. Devant la porte de la réanimation. La même chaise depuis trois jours. Le même couloir. La même lumière blanche. Les mêmes bruits. Les machines. Les pas. Les voix étouffées. Les portes qui s’ouvrent et se ferment. Les blouses blanches qui passent. Qui ne me regardent pas. Qui ne me parlent pas. Qui n’osent pas.Je ne pars pas. Je refuse de partir. Camille a essayé. Elle m’a suppliée. Elle m’a dit de rentrer. De dormir. De manger. De penser à Liam.
Chapitre 97KaelanLe noir.Pas un noir ordinaire. Pas celui qu’on ferme les yeux. Pas celui de la nuit. Un noir total. Absolu. Un noir qui n’a ni fond ni bords. Un noir qui m’avale. Un noir qui me tient.Je ne sens plus mon corps. Ni mes jambes. Ni mes bras. Ni ma poitrine. Rien. Juste le noir. Et le silence. Un silence épais. Un silence de tombe. Un silence qui bourdonne.Puis des voix. Étouffées. Lointaines. Comme si elles parlaient derrière une porte. Derrière un mur. Derrière la vie. Des mots que je ne comprends pas. Des ordres. Des chiffres. Des noms. Le mien ? Peut-être. Je ne sais pas. Je ne sais plus.Des lumières percent. Par moments. Brèves. Aveuglantes. Puis le noir revient. Un cercle de lumière. Une lampe. Un visage penché sur moi. Puis plus rien. Le noi
Chapitre 96LyséaSes cheveux sont collés de sang. Sa tête repose sur mes genoux. Le sang coule encore, tiède, visqueux, il imbibe ma robe blanche, ma robe de mariée, et je ne sens rien. Je ne sens que sa main dans la mienne. Molle. Froide. Sans force.— Kaelan. Kaelan, ouvre les yeux.Il ne bouge pas. Sa poitrine se soulève à peine. Un souffle minuscule. Un souffle qui s’accroche. Un souffle qui lutte.— Ne me laisse pas. Ne me laisse pas.Ma voix est brisée. Elle ne ressemble pas à ma voix. Elle ressemble à un cri étouffé, à un râle, à une prière. Autour de nous, le jardin est un champ de ruines. Les roses blanches sont rouges. Les oliviers sont couchés. Le quatuor à cordes a fui. Les invités ont fui. Les agents courent. Ils crient. Ils donnent des ordres. Je ne les entends pas. Je n’entends que le silence. Le silence de Kaelan. Le silence de son cœur qui bat trop lentement.— Tu m’as promis. Tu m’as promis que tu ne me laisserais pas. Tu m’as promis que tu mourrais avant moi. Tu m’







