MasukChapitre 103
Kaelan
Je hais cette faiblesse.
Elle est là, dans ma jambe morte, dans chaque geste que je ne peux plus faire. Elle me rappelle ce que j’étais. Ce que je ne suis plus. Un homme qui courait. Un homme qui portait son fils sur ses épaules. Un homme qui tenait debout sans s’agripper aux murs.
Maintenant, je suis un homme qui s’assoit pour enfiler un pantalon. Qui
Chapitre 103KaelanJe hais cette faiblesse.Elle est là, dans ma jambe morte, dans chaque geste que je ne peux plus faire. Elle me rappelle ce que j’étais. Ce que je ne suis plus. Un homme qui courait. Un homme qui portait son fils sur ses épaules. Un homme qui tenait debout sans s’agripper aux murs.Maintenant, je suis un homme qui s’assoit pour enfiler un pantalon. Qui dépend d’une femme pour se laver. Pour se lever. Pour marcher. Pour vivre.Je me sens diminué. Inutile. Un poids. Un fardeau. Une chose cassée que l’on répare par pitié.Lyséa ne dit rien. Elle m’aide. Elle sourit. Elle m’encourage. Elle serre les dents quand je tombe. Elle serre son cœur quand je rumine. Elle ne se plaint pas. Elle ne part pas. Elle est là. Toujours.
Chapitre 102LyséaJe l’aide à se laver.C’est un ballet maladroit. La bassine, le gant, le savon. Il est assis sur le tabouret de la salle de bain, sa jambe morte étendue devant lui, et il ne me regarde pas. Il fixe le mur. Ses mâchoires sont serrées. Ses poings sont posés sur ses cuisses. Il ne dit rien.— Lève le bras.Il lève le bras. Raide. Mécanique. Je passe le gant sous son aisselle. Sur son torse. Sur son dos. Il ne frissonne pas. Il ne sourit pas. Il ne respire presque pas. Je fais vite. Pas par pudeur. Par respect. Parce que je sais que chaque seconde est une humiliation pour lui.— L’autre bras.Il lève l’autre bras. Même raideur. Même silence.— Tu peux me parler, tu sais.&nbs
Chapitre 101KaelanLe diagnostic tombe. Les mots sont cliniques, précis, implacables. « Paralysie du membre inférieur droit. Cause : lésion médullaire. Pronostic réservé. Nous ne savons pas si c’est définitif. »Le médecin est debout au pied du lit, une tablette à la main. Il parle sans me regarder. À côté de lui, une interne hoche la tête. Ils attendent ma réaction. Un cri. Un pleur. Une question. Quelque chose.Je ne réagis pas.Je fixe le plafond. Blanc. Le même blanc que la chambre. Que les draps. Que les murs. Je ne sens pas ma jambe. Je ne la sens plus depuis des jours. Mais maintenant, je sais. C’est officiel. Je suis paralysé. Peut-être pour toujours. Peut-être pas. Peut-être.Le médecin
Chapitre 100LyséaIl ouvre les yeux.Je ne bouge pas. Je ne respire pas. Je suis assise près du lit depuis des heures, sa main dans la mienne, et je fixe son visage. Ses paupières tremblent. Elles s’ouvrent. Lentement. Péniblement. Comme si chaque millimètre était une montagne. Et ses yeux apparaissent. Gris. Fatigués. Mais ouverts. Vivants.Le premier mot qu’il articule est son prénom. Mon prénom.— Lyséa.Sa voix est un souffle. Rauque. Brisée. À peine audible. Mais c’est ma voix. C’est son prénom. C’est lui.Je m’effondre sur le lit. En larmes. Incapable de retenir le barrage. Les sanglots montent. Ils sortent. Ils secouent tout mon corps. Je pleure comme une enfant. Comme une veuve. Comme une survivante
Chapitre 99KaelanL’opération dure dix heures.Je ne les compte pas. Je ne peux pas. Je suis quelque part entre la vie et la mort, dans un espace noir où le temps n’existe plus. Des bribes me parviennent. Des voix. Des lumières. Des mains qui me fouillent. Des instruments qui cliquettent. Des mots que je ne comprends pas. « Hémorragie. » « Drainer. » « Il tient. » « Il lâche. » Je ne sais pas. Je ne sais plus.Je ne sens plus mon corps. Ni la douleur. Ni les scalpels. Ni les aiguilles. Juste ce vide. Ce noir. Et cette voix. Cette voix qui revient. Par intermittence. Comme une marée. Comme une prière. Comme une promesse.Lyséa.Elle est là. Derrière les murs. Derrière les machines. Derrière la mort. Je l’entends.
Chapitre 98LyséaPronostic vital engagé.Les mots flottent dans le couloir de l’hôpital. Ils entrent dans mes oreilles. Ils descendent dans ma gorge. Ils s’installent dans ma poitrine. Et ils restent là. Comme une lame. Comme un poison. Comme une condamnation.Je suis assise sur une chaise en plastique. Devant la porte de la réanimation. La même chaise depuis trois jours. Le même couloir. La même lumière blanche. Les mêmes bruits. Les machines. Les pas. Les voix étouffées. Les portes qui s’ouvrent et se ferment. Les blouses blanches qui passent. Qui ne me regardent pas. Qui ne me parlent pas. Qui n’osent pas.Je ne pars pas. Je refuse de partir. Camille a essayé. Elle m’a suppliée. Elle m’a dit de rentrer. De dormir. De manger. De penser à Liam.







