MasukChapitre 94Kaelan et Lyséa— On avance la cérémonie.Elle me regarde. Elle est assise sur le canapé, les jambes repliées sous elle, une tasse de thé froid entre les mains. Elle n’a pas dormi. Moi non plus. La phrase d’Elena tourne dans nos têtes comme un poison.— Avancer ? répète-t-elle.— Oui. Dans deux semaines. Pas dans deux mois. On ne va pas attendre qu’elle sorte de prison pour vivre. On ne va pas lui donner ce plaisir.Elle pose sa tasse. Elle se lève. Elle marche vers la fenêtre. Elle regarde la mer. Ses épaules sont tendues. Je le vois. Chaque bruit la fait sursauter. Une porte qui claque. Une voiture qui passe. Un cri de mouette. Elle sursaute. Elle ne le dit pas. Mais je le vois.— Tu as peur, dis-je.
Chapitre 93KaelanJe publie tout. Ce matin. Chaque document. Chaque preuve. Chaque crime. Les falsifications de Martha. Les comptes offshore d'Elena. La tentative de meurtre. L'enlèvement de Liam. Tout.Mon avocat envoie les dossiers à tous les journaux. Toutes les chaînes. Tous les sites. Pas un seul n'est oublié. Je veux que le monde entier sache qui est Elena Dorsay. Ce qu'elle a fait. Ce qu'elle mérite.Les premières publications tombent à huit heures. Une. Puis deux. Puis dix. Puis cent. La presse bascule. En une heure. Les gros titres changent. « Complot contre Lyséa Dorsay. » « Elena Dorsay, la marâtre diabolique. » « Preuves accablantes. » Les journalistes qui la traitaient de prostituée parlent maintenant de complot. De manipulation. De vengeance.Je regarde les &eacu
Chapitre 92LyséaJe sors. Capuche. Lunettes noires. Je marche vite. Tête baissée.J'achète le lait. Le pain. Je paie. Je sors.Elle apparaît. Une femme. Manteau rouge. Elle vient vers moi. Elle s'arrête. Elle me regarde. Ses yeux sont pleins de mépris.— Prostituée.Le mot me frappe. Je ne bouge pas. Je ne réponds pas. Elle penche la tête. Elle crache. Sur ma joue. Sur mes lunettes.Je reste immobile. Je ne riposte pas. Je ne l'insulte pas. Je ne la pousse pas. Je ne fais rien.Elle sourit. Elle tourne les talons. Elle s'éloigne.Je m'essuie. Avec ma manche. Je ramasse mon sac. Je marche. Vers la maison.J'arrive. Je pousse la porte. Je la referme. Le clic de la serrure résonne. 
Chapitre 91ElenaJe regarde l’écran de mon ordinateur. Les photos sont prêtes. Lyséa, dans des poses obscènes, avec des hommes qu’elle n’a jamais vus. Des montages parfaits. Des visages flous, des corps nus, des draps froissés. J’ai payé un hacker, un vrai, pas un amateur. Le résultat est à la hauteur de mes espérances.J’ouvre ma messagerie. J’ai une liste de journalistes. Des tabloïds. Des sites à scandale. Des chaînes de télévision. Je joins les photos. J’écris un message simple : « La femme de Kaelan Dorsay, Lyséa Morel, prostituée de luxe. Photos exclusives. » J’envoie. À tous. En une seule fois.Je m’adosse à ma chaise. Le néon au-dessus de moi grésille. La pièce est vide, à
Chapitre 90ElenaLa cicatrice me dévore le visage. Une longue balafre qui descend de la tempe au menton, mal recousue, mal guérie, trace vivante de ma fuite. Je l'ai attrapée en sautant d'une voiture en marche, un mois plus tôt. J'ai perdu beaucoup de sang. J'ai perdu mon réseau. Mes hommes. Mes contacts. Mes comptes.Mais je n'ai pas perdu la haine.Je suis assise dans un entrepôt désaffecté, à la périphérie de la ville. L'endroit pue l'humidité et la rouille. Des néons vacillants projettent une lumière blafarde sur le béton. En face de moi, trois hommes. Des hommes du cartel de Medellín. Ils ont des visages durs, des costumes sombres, des armes visibles. Ils me regardent comme on regarde un rat qui aurait survécu à la noyade.— Vous avez du culot de
Chapitre 89LyséaLe oui me brûle les lèvres.Il est là, devant moi. À genoux dans l’herbe. La bague dans sa main. Ses yeux gris levés vers moi. Ses yeux qui ont menti, qui ont pleuré, qui ont supplié. Ses yeux qui m’aiment. Je le sais. Je l’ai toujours su. Mais la peur est encore là. Tapie dans ma poitrine. Vivante. Hurlante.— Kaelan…Ma voix tremble. Je pose ma main sur ma bouche. Je voudrais dire oui. Je voudrais me jeter dans ses bras. Je voudrais oublier. Mais je ne peux pas. Pas encore. Pas complètement.— Je ne peux pas te répondre maintenant.Il hoche la tête. Lentement. Il ne se relève pas. Il ne cache pas la bague. Il ne détourne pas les yeux. Il attend.— Je comprends.







