Se connecterChapitre 36
Lyséa
Clairval est un village de montagne où personne ne pose de questions, où les regards glissent sur vous sans s'attarder, où les commérages existent mais ne concernent que les gens du coin, les familles établies depuis trois générations, les histoires que tout le monde connaît déjà et que personne ne prend plus la peine de commenter, et c'est exactement pour ce
Chapitre 70LyséaLiam ne sort pas de l'école. Elle attend, consulte sa montre, s'impatiente. Puis son téléphone vibre. Photo de Liam, bâillonné, les yeux agrandis par la terreur. Message : « Tu aurais dû rester disparue. » Le hurlement qu'elle pousse n'a rien d'humain.Les minutes s'étirent devant les grilles de l'école Saint-Exupéry, interminables, insupportables, et elle consulte sa montre pour la dixième fois en quelques instants, le cœur serré par une angoisse qui monte, qui monte comme une marée noire. Les autres enfants sortent en courant, se jettent dans les bras de leurs mères, de leurs nounous, de leurs chauffeurs, et elle les regarde défiler sans les voir, les yeux rivés sur la porte de l'école, sur cette porte qui ne s'ouvre pas pour son fils, sur ce vide qui grandit en elle.
Chapitre 69ElenaElle jubile en apprenant la rupture. Mais elle sait que c'est temporaire. Elle veut frapper définitivement, là où ça fait le plus mal. Elle engage des hommes. L'enfant sera la monnaie d'échange ultime.La nouvelle lui parvient par le réseau de domestiques qu'elle a su cultiver depuis des années, ces petites mains invisibles qui lui rapportent tout, qui lui vendent pour quelques billets les secrets les plus intimes de la maison Dorsay. Lyséa a quitté le manoir, elle a repris Liam, elle est partie après une dispute, et Kaelan est resté seul, enfermé dans son bureau, le visage ravagé par ce vide qu'elle connaît si bien, ce vide des hommes Dorsay abandonnés par les femmes qu'ils aiment. Elle reçoit la nouvelle avec un sourire, un sourire de victoire, un sourire qui étire ses lèvres mi
Chapitre 68KaelanIl confronte Martha. « Où sont les lettres de Lyséa ? » Sa mère avoue froidement, sans un regret : « Brûlées. Cette femme n'était pas digne de toi. » Il recule comme si elle l'avait frappé. « Tu n'es plus ma mère. »La confrontation a lieu dans le petit salon où Martha prend son thé chaque après-midi, entourée de porcelaines fines et de photographies jaunies des ancêtres Dorsay, comme si elle espérait que la grandeur passée de la famille lui servirait de bouclier. Je suis entré sans frapper, sans me faire annoncer, et elle a levé les yeux vers moi avec cette expression de supériorité tranquille qui m'a toujours exaspéré, ce mélange de condescendance et de fausse bienveillance qui me rappelle mon enfance, mon adolescen
Chapitre 67KaelanIl tente de se justifier. « Je voulais te la rendre, c'était un cadeau. » Elle ne l'entend pas. « Un cadeau, c'est offert, pas imposé en secret. » Elle quitte la demeure avec Liam. Il la regarde partir et retrouve ce vide qu'il connaît trop bien.Les mots se bousculent dans ma gorge, maladroits, inutiles, trop tardifs, et je les prononce quand même, je les prononce parce que je ne peux pas me taire, parce que je ne peux pas la laisser partir sans avoir essayé, sans avoir tenté de lui faire comprendre ce que j'ai voulu faire, ce que j'ai cru bien faire. Elle est debout dans le hall, Liam serré contre elle, le visage fermé, les yeux rougis par les larmes et la colère, et elle me regarde comme on regarde un étranger, comme on regarde un ennemi, comme on regarde un homme qui vous a trahi une fois de trop.&nb
Chapitre 66LyséaAu matin, la tempête est passée. Elle explore la maison, cherche du café, entre dans le bureau. Sur la table, le contrat de vente de la maison des Vagues. À son nom. Il l'a achetée sans rien dire. La trahison est viscérale. « Tu ne changes pas. Tu contrôles tout. »La lumière du matin filtre à travers les rideaux de soie, pâle et grise, et la mer, encore houleuse, se devine au loin à travers les vitres de la baie. La maison est silencieuse, le personnel n'est pas encore revenu, les gardes sont restés à l'écart, et elle se retrouve seule, dans ce manoir immense qui sent la cire et la cendre des bougies consumées. Elle cherche du café, machinalement, elle arpente les couloirs, les pieds nus sur le marbre froid, et elle se surprend à fredonner, à sourire même,
Chapitre 65Kaelan et LyséaIls cèdent. La nuit de l'ouragan est leur première nuit en quatre ans. Ce n'est pas doux. C'est une lutte, une revanche, une prière à même la peau. Elle le griffe. Il la mord. Ils se retrouvent en se déchirant.Cela commence par un regard, un simple regard échangé dans la pénombre du salon, au milieu des bougies qui tremblent et des ombres qui dansent sur les murs. Un regard qui n'est plus de la méfiance, qui n'est plus de la colère, qui n'est plus de la pitié, mais qui est un aveu, une reddition, une capitulation. Elle le regarde, il la regarde, et dans ce regard, il y a quatre années de solitude, de désir refoulé, de larmes étouffées, de haine et d'amour mêlés. Puis il se lève, il s'approche d'elle, il lui tend la main, et elle la prend, elle la pre







