Mag-log inChapitre 5
Les réceptions mondaines avaient toutes le même goût. Celui de l’hypocrisie. Ezra tenait son verre de whisky entre ses doigts sans y avoir touché depuis son arrivée. Les conversations se succédaient autour de lui, mais elles se ressemblaient toutes.
– Monsieur Devereaux, ce serait un honneur de collaborer avec votre groupe.
– Nous pourrions organiser un déjeuner la semaine prochaine.
– J’aimerais vous présenter mon fils. Il admire énormément votre parcours.
Il répondait avec la même politesse distante.
– Nous verrons cela.
– Merci.
– Bonne soirée.
Pas un mot de plus. Pas un sourire inutile. Il n’en avait jamais eu besoin pour imposer le respect. À quelques pas de lui, Tiago Salazar gardait sa position habituelle, les mains croisées devant lui. Son regard ne cessait de parcourir la salle.
Ezra fit tourner lentement le liquide ambré dans son verre.
– Tu as remarqué quelque chose ?
Tiago comprit immédiatement qu’il ne parlait pas de la sécurité.
– La fille de Luciano Valtieri.
Ezra leva légèrement un sourcil.
– Continue.
– Elle est la seule personne qui ne vous a pas approché.
– Ce n’est pas un crime.
– Non.
Tiago esquissa un très léger sourire.
– Mais c’est inhabituel.
Ezra ne répondit pas.
Il détestait les personnes qui cherchaient à attirer son attention. Pourtant… Cette femme n’avait rien fait. Elle s’était contentée de l’ignorer. Et c’était précisément ce qui le dérangeait. Ou l’intriguait. Il n’aurait pas su le dire.Un homme d’une cinquantaine d’années s’approcha avec empressement.
– Monsieur Devereaux, je suis Alberto Rivas. Nous nous sommes rencontrés il y a deux ans à Londres.
Ezra le regarda quelques secondes.
– Je m’en souviens.
C’était faux. Il ne s’en souvenait pas du tout. Mais Alberto sembla ravi.
– J’espérais pouvoir discuter avec vous d’un projet…
– Adressez-le à mon cabinet.
– Bien sûr.
L’homme s’éloigna aussitôt.
Ezra reporta son attention vers la salle.
– Où est-elle ?
Tiago suivit discrètement son regard.
– Monsieur Valtieri l’a conduite dans le salon privé.
– Depuis combien de temps ?
– Environ dix minutes.
Ezra hocha lentement la tête. Luciano ne quittait jamais une réception aussi longtemps sans raison. Quelque chose se préparait. Il en était certain. À cet instant, les portes du salon s’ouvrirent. Luciano ressortit le premier. Sélène le suivait. Elle affichait le même visage impassible qu’auparavant. Aucune trace d’inquiétude. Aucune précipitation. Comme si la conversation qu’elle venait d’avoir n’avait provoqué aucune émotion. Leurs regards se croisèrent de nouveau. Cette fois, aucun des deux ne détourna immédiatement les yeux. Une seconde. Deux. Trois.
Sélène fut la première à rompre ce silence invisible.Elle passa simplement devant lui, sans ralentir.Sans le saluer. Sans même lui accorder un signe de tête.
Ezra suivit sa silhouette du regard.
– Elle est insolente.
Tiago répondit calmement :
– Ou simplement indifférente.
Ezra esquissa un sourire presque imperceptible.
– Personne n’est indifférent.
– Vous en êtes certain ?
– Absolument.
Tiago ne répondit pas.
Il connaissait suffisamment son patron pour savoir qu’une idée venait de naître dans son esprit.Quelques instants plus tard, Luciano s’approcha d’Ezra.
– Monsieur Devereaux.
– Monsieur Valtieri.
– J’espère que cette réception vous convient.
– Elle est parfaitement organisée.
Luciano inclina légèrement la tête.
– J’aimerais vous présenter la personne qui représentera le groupe Valtieri dans notre futur projet à Barcelone.
Ezra garda le silence.
Luciano se tourna vers sa fille.
– Sélène.
Elle s’avança avec une assurance tranquille. Son regard se posa directement sur Ezra. Ni admiration. Ni nervosité. Seulement une confiance presque déroutante.
Luciano prit la parole.
– Ma fille, Sélène Valtieri.
Puis il se tourna vers elle.
– Monsieur Ezra Devereaux.
Quelques secondes de silence s’installèrent.
Sélène tendit finalement la main.
– Ravie de faire votre connaissance, monsieur Devereaux.
Ezra observa cette main quelques instants avant de la serrer.
Sa poignée était ferme.
Assurée.
Aucune hésitation.
– Le plaisir est partagé, mademoiselle Valtieri.
Leurs mains se séparèrent. Aucun sourire. Aucune chaleur. Mais quelque chose venait de naître. Pas de l’attirance. Pas encore. Seulement un défi silencieux. Deux personnalités qui refusaient de plier. Deux stratèges persuadés qu’ils auraient toujours le dernier mot. Sans le savoir, ils venaient d’effectuer le premier véritable mouvement d’une partie où ni l’un ni l’autre n’acceptait l’idée de perdre.
Chapitre 7Le siège du groupe Valtieri dominait l’une des avenues les plus prestigieuses de Madrid. À huit heures précises, les employés étaient déjà à leur poste. Les ascenseurs montaient et descendaient sans interruption, tandis que les téléphones sonnaient à un rythme soutenu. Sélène traversa le hall d’entrée d’un pas assuré.Tous ceux qu’elle croisait la saluaient avec respect.– Bonjour, mademoiselle Valtieri.– Bonjour.– Bonne journée, mademoiselle.– Merci, à vous aussi.Elle n’avait jamais apprécié qu’on la traite comme « la fille du patron ». Elle voulait que les employés la respectent pour son travail, pas pour son nom. En entrant dans son bureau, elle retira sa veste et la déposa sur le dossier de son fauteuil.Son assistante, Clara Fuentes, frappa à la porte.– Vous avez quelques minutes ?– Entrez.Clara posa une tablette électronique sur le bureau.– Voici votre programme de la journée.Sélène parcourut rapidement l’écran.– La réunion avec l’équipe juridique est mainte
Chapitre 6Le lendemain matin. Madrid s’éveillait lentement sous un ciel clair. Au sommet d’une tour de verre dominant le quartier financier, le siège du groupe Devereaux reprenait vie. Les ascenseurs ne désemplissaient pas, les employés se hâtaient d’un étage à l’autre, chacun absorbé par son travail. Au dernier étage, derrière une immense baie vitrée offrant une vue sur la capitale, Ezra Devereaux parcourait un dossier. Il ne lisait jamais en diagonale. Chaque ligne. Chaque chiffre. Chaque clause. Tout passait sous son regard.On frappa deux fois à la porte.– Entrez.Tiago pénétra dans le bureau, une tablette à la main.– Votre réunion avec le conseil est prévue dans trente minutes.– Je sais.– Le cabinet Ortega attend également votre validation concernant l’acquisition du groupe Álvarez.– Ils l’auront avant midi.Tiago hocha la tête.– Et monsieur Octavian Devereaux souhaite vous voir cet après-midi.Ezra releva enfin les yeux.– Pour quelle raison ?– Il ne l’a pas précisée.–
Chapitre 5Les réceptions mondaines avaient toutes le même goût. Celui de l’hypocrisie. Ezra tenait son verre de whisky entre ses doigts sans y avoir touché depuis son arrivée. Les conversations se succédaient autour de lui, mais elles se ressemblaient toutes.– Monsieur Devereaux, ce serait un honneur de collaborer avec votre groupe.– Nous pourrions organiser un déjeuner la semaine prochaine.– J’aimerais vous présenter mon fils. Il admire énormément votre parcours.Il répondait avec la même politesse distante.– Nous verrons cela.– Merci.– Bonne soirée.Pas un mot de plus. Pas un sourire inutile. Il n’en avait jamais eu besoin pour imposer le respect. À quelques pas de lui, Tiago Salazar gardait sa position habituelle, les mains croisées devant lui. Son regard ne cessait de parcourir la salle.Ezra fit tourner lentement le liquide ambré dans son verre.– Tu as remarqué quelque chose ?Tiago comprit immédiatement qu’il ne parlait pas de la sécurité.– La fille de Luciano Valtieri.
Chapitre 4Point de vue du narrateur Le regard de cet homme ne dura qu’une seconde. Une seule. Pourtant, il avait réussi à figer le temps. Sélène détourna les yeux la première. Non pas parce qu’elle était intimidée. Parce qu’elle refusait de participer à ce jeu silencieux auquel tant de personnes semblaient déjà avoir succombé. Autour d’elle, les conversations reprenaient peu à peu. Les invités se pressaient autour d’Ezra Devereaux comme si sa simple présence pouvait changer le cours de leurs affaires. Des rires éclataient. Des cartes de visite s’échangeaient. Des promesses étaient faites. Elle leva discrètement les yeux au ciel.– C’est fascinant.Elio, qui venait de récupérer une coupe de champagne, tourna la tête vers elle.– Quoi donc ?– Regarde-les.– Qui ?– Tous ces gens.Il suivit son regard.Ezra discutait avec un groupe d’investisseurs. Chacun semblait vouloir monopoliser son attention.– Ils se battent presque pour lui parler.– C’est normal.– Pourquoi ?– Parce qu’il e
Chapitre 3Point de vue du NarrateurLes lourdes portes vitrées se refermèrent derrière Sélène et Mireia. À mesure qu’elles rejoignaient la salle de réception, l’atmosphère changeait. Quelques minutes plus tôt, les conversations remplissaient encore la pièce. Désormais, elles n’étaient plus que des murmures.Les regards étaient tous dirigés vers l’entrée principale.Sélène fronça légèrement les sourcils.– Qu’est-ce qui se passe ?Mireia secoua doucement la tête.– Je l’ignore.Luciano, qui discutait quelques instants plus tôt avec plusieurs investisseurs, venait d’interrompre sa conversation. Son visage était impassible, mais ceux qui le connaissaient remarqueraient immédiatement la légère crispation de sa mâchoire. Un détail presque invisible. Pourtant, il révélait une certaine tension. Le majordome s’avança jusqu’à l’imposante porte en bois massif. Il l’ouvrit. Une silhouette apparut. Grand. Un costume noir parfaitement ajusté. Ses chaussures résonnaient sur le marbre dans un silen
Chapitre 2 Point de vue du NarrateurLa résidence Valtieri brillait de mille feux. Les lustres en cristal illuminaient la vaste salle de réception, où les conversations se mêlaient au son d’un quatuor à cordes. Les domestiques circulaient entre les invités avec des plateaux d’argent, tandis que les verres de champagne se remplissaient sans jamais rester vides. Cette soirée n’était pas un simple gala. C’était un échiquier. Chaque poignée de main représentait une alliance. Chaque sourire pouvait cacher une négociation. Chaque regard avait une intention.Luciano Valtieri évoluait au milieu de ses invités avec l’assurance d’un homme qui avait bâti son empire sans jamais laisser la place au hasard. À quelques mètres de lui, Mireia accueillait les nouveaux arrivants avec son élégance habituelle. Sélène, quant à elle, se tenait près d’une immense baie vitrée, une coupe de champagne à la main. Elle n’y avait toujours pas touché. Son regard parcourait lentement la salle. Elle reconnaissait la







