LOGINIls avaient une règle : ne jamais tomber amoureux. Sélène Valtieri ne croit plus aux histoires d’amour. Après avoir découvert que les sentiments peuvent devenir une arme capable de détruire une personne, elle s’est juré de ne plus jamais laisser quelqu’un atteindre son cœur. Forte, indépendante et méfiante, elle préfère garder le contrôle plutôt que de risquer de souffrir à nouveau. Ezra Devereaux, lui, considère l’amour comme une faiblesse. Froid, arrogant et habitué à obtenir tout ce qu’il désire, il maîtrise chaque aspect de sa vie. Pour lui, les émotions ne sont qu’un obstacle qui empêche les gens de gagner. Jusqu’au jour où il rencontre Sélène. Entre eux commence alors un jeu dangereux : des provocations, des défis et une seule règle à respecter… Le premier qui tombe amoureux a perdu
View MoreChapitre 1
Point de vue du narrateur
L’amour. Ce simple mot suffisait à faire lever les yeux au ciel de Sélène Valtieri. Elle observait les couples enlacés dans les rues de Madrid avec le même regard qu’on réserve à une publicité mensongère. Ils riaient aujourd’hui. Ils se promettaient l’éternité. Dans quelques mois, ils ne seraient peut-être plus capables de se regarder sans ressentir de la rancœur. Les gens avaient une étrange façon de courir volontairement vers ce qui finirait par les détruire. Elle, c’était terminé. Elle avait appris sa leçon. Et elle ne la répéterait plus. Le soleil de fin d’après-midi baignait les grandes baies vitrées de son appartement situé dans le quartier de Salamanca. Les immeubles élégants, les boutiques de luxe et les cafés raffinés composaient un décor presque parfait. Pourtant, Sélène ne s’attardait jamais sur le paysage. Son attention était concentrée sur l’écran de son ordinateur. Les chiffres défilaient à toute vitesse tandis qu’elle corrigeait une présentation destinée à un important investisseur.
Un léger coup frappa contre la porte.
– Entre.
Son frère, Elio, passa la tête dans l’embrasure avec un sourire en coin.
– Je parie que tu travailles encore.
Sans quitter son écran, Sélène répondit :
– Et je parie que tu es venu me déranger.
– Exact.
Il entra, les mains dans les poches de son pantalon.
– Papa veut que tu descendes.
– Pourquoi ?
– Tu connais les réceptions qu’il organise. Il invite la moitié des grands noms de Madrid et s’attend à ce que nous jouions les enfants parfaits.
Sélène poussa un soupir.
– Je déteste ces soirées.
– Moi aussi.
– Alors pourquoi y aller ?
Elio haussa les épaules.
– Parce que Luciano Valtieri n’accepte jamais un refus.
Elle referma enfin son ordinateur.
– Tu viens de répondre à ta propre question.
Son frère éclata de rire.
– Tu sais, parfois je me demande comment tu fais pour être aussi pessimiste.
– Je suis réaliste.
– Non.
Il s’approcha.
– Tu refuses simplement de croire qu’il existe encore de bonnes personnes.
Elle releva lentement les yeux vers lui.
– Les bonnes personnes existent.
– Ah ?
– Elles deviennent dangereuses dès qu’elles tombent amoureuses.
Elio secoua la tête avec amusement.
– Tu devrais écrire des livres.
– Et toi, arrêter de croire aux contes de fées.
Un silence s’installa.
Son frère connaissait cette expression. Ce regard. Celui qu’elle affichait chaque fois que le sujet de l’amour revenait sur la table. Il n’insista pas. Il savait qu’il y avait une blessure derrière ce mur de glace.
Une blessure dont elle ne parlait jamais.
– Bon…
Il tapa doucement dans ses mains.
– Tu as une heure pour te préparer.
– Trente minutes.
– Une heure.
– Quarante.
– Marché conclu.
Elle leva un sourcil.
– Tu viens vraiment de négocier avec moi sur le temps que je vais passer à choisir une robe ?
– Avec toi, tout est une négociation.
– C’est faux.
– Alors dis-moi une seule fois où tu as accepté quelque chose sans discuter.
Elle réfléchit quelques secondes. Puis esquissa un sourire presque imperceptible.
– Tu marques un point.
Elio lui adressa un clin d’œil avant de quitter la pièce. La porte se referma derrière lui. Le silence retomba. Sélène se leva lentement et s’approcha de son immense dressing. Des dizaines de robes y étaient soigneusement suspendues. Elle en choisit une noire, sobre, élégante. Pas de paillettes. Pas de décolleté extravagant. Elle n’avait jamais cherché à attirer les regards. Seulement le respect. Quelques minutes plus tard, elle se retrouva devant le miroir. Ses longs cheveux bruns tombaient en cascade sur ses épaules. Ses yeux noisette, d’ordinaire si expressifs, semblaient aujourd’hui impénétrables.
Elle ajusta une boucle d’oreille.
Son téléphone vibra.
Maman : Ne fais pas cette tête en arrivant. Tu vas encore faire fuir les invités.
Un sourire amusé étira enfin ses lèvres.
Sélène : S’ils fuient à cause de mon visage, c’est qu’ils n’avaient rien à faire chez nous.
La réponse arriva presque aussitôt.
Maman : Essaie au moins d’être polie.
Elle verrouilla son téléphone. Polie… Elle pouvait l’être. Hypocrite, en revanche, beaucoup moins. En descendant l’escalier de la villa familiale, les voix des invités lui parvenaient déjà. Des éclats de rire. Le tintement des verres. Les discussions autour de contrats, de fortunes et d’influence. Le monde que son père maîtrisait à la perfection.
Luciano Valtieri apparut au bout du hall, impeccable dans son costume.
Son regard croisa immédiatement celui de sa fille.
– Enfin.
– Bonsoir à toi aussi, papa.
– Tu es en retard.
– De trois minutes.
– Trois minutes restent trois minutes.
Elle retint un sourire. Certaines choses ne changeraient jamais. Luciano s’approcha d’elle et épousseta machinalement l’épaule de sa robe, comme si un détail invisible méritait d’être corrigé.
– Beaucoup de personnes importantes sont présentes ce soir.
– Je suppose que tu vas bientôt me dire de sourire.
– Tu me connais bien.
– Malheureusement.
Il soupira avant de lui tendre son bras.
– Viens saluer nos invités.
Sélène inspira profondément. Une soirée. Quelques heures. Puis elle retrouverait enfin son calme. Elle ignorait encore que cette réception, qui lui semblait n’être qu’une obligation de plus, marquerait le début d’une partie dont personne ne connaissait réellement les règles.
Et dans ce jeu-là, même les cœurs les plus froids pouvaient finir par perdre.
Chapitre 7Le siège du groupe Valtieri dominait l’une des avenues les plus prestigieuses de Madrid. À huit heures précises, les employés étaient déjà à leur poste. Les ascenseurs montaient et descendaient sans interruption, tandis que les téléphones sonnaient à un rythme soutenu. Sélène traversa le hall d’entrée d’un pas assuré.Tous ceux qu’elle croisait la saluaient avec respect.– Bonjour, mademoiselle Valtieri.– Bonjour.– Bonne journée, mademoiselle.– Merci, à vous aussi.Elle n’avait jamais apprécié qu’on la traite comme « la fille du patron ». Elle voulait que les employés la respectent pour son travail, pas pour son nom. En entrant dans son bureau, elle retira sa veste et la déposa sur le dossier de son fauteuil.Son assistante, Clara Fuentes, frappa à la porte.– Vous avez quelques minutes ?– Entrez.Clara posa une tablette électronique sur le bureau.– Voici votre programme de la journée.Sélène parcourut rapidement l’écran.– La réunion avec l’équipe juridique est mainte
Chapitre 6Le lendemain matin. Madrid s’éveillait lentement sous un ciel clair. Au sommet d’une tour de verre dominant le quartier financier, le siège du groupe Devereaux reprenait vie. Les ascenseurs ne désemplissaient pas, les employés se hâtaient d’un étage à l’autre, chacun absorbé par son travail. Au dernier étage, derrière une immense baie vitrée offrant une vue sur la capitale, Ezra Devereaux parcourait un dossier. Il ne lisait jamais en diagonale. Chaque ligne. Chaque chiffre. Chaque clause. Tout passait sous son regard.On frappa deux fois à la porte.– Entrez.Tiago pénétra dans le bureau, une tablette à la main.– Votre réunion avec le conseil est prévue dans trente minutes.– Je sais.– Le cabinet Ortega attend également votre validation concernant l’acquisition du groupe Álvarez.– Ils l’auront avant midi.Tiago hocha la tête.– Et monsieur Octavian Devereaux souhaite vous voir cet après-midi.Ezra releva enfin les yeux.– Pour quelle raison ?– Il ne l’a pas précisée.–
Chapitre 5Les réceptions mondaines avaient toutes le même goût. Celui de l’hypocrisie. Ezra tenait son verre de whisky entre ses doigts sans y avoir touché depuis son arrivée. Les conversations se succédaient autour de lui, mais elles se ressemblaient toutes.– Monsieur Devereaux, ce serait un honneur de collaborer avec votre groupe.– Nous pourrions organiser un déjeuner la semaine prochaine.– J’aimerais vous présenter mon fils. Il admire énormément votre parcours.Il répondait avec la même politesse distante.– Nous verrons cela.– Merci.– Bonne soirée.Pas un mot de plus. Pas un sourire inutile. Il n’en avait jamais eu besoin pour imposer le respect. À quelques pas de lui, Tiago Salazar gardait sa position habituelle, les mains croisées devant lui. Son regard ne cessait de parcourir la salle.Ezra fit tourner lentement le liquide ambré dans son verre.– Tu as remarqué quelque chose ?Tiago comprit immédiatement qu’il ne parlait pas de la sécurité.– La fille de Luciano Valtieri.
Chapitre 4Point de vue du narrateur Le regard de cet homme ne dura qu’une seconde. Une seule. Pourtant, il avait réussi à figer le temps. Sélène détourna les yeux la première. Non pas parce qu’elle était intimidée. Parce qu’elle refusait de participer à ce jeu silencieux auquel tant de personnes semblaient déjà avoir succombé. Autour d’elle, les conversations reprenaient peu à peu. Les invités se pressaient autour d’Ezra Devereaux comme si sa simple présence pouvait changer le cours de leurs affaires. Des rires éclataient. Des cartes de visite s’échangeaient. Des promesses étaient faites. Elle leva discrètement les yeux au ciel.– C’est fascinant.Elio, qui venait de récupérer une coupe de champagne, tourna la tête vers elle.– Quoi donc ?– Regarde-les.– Qui ?– Tous ces gens.Il suivit son regard.Ezra discutait avec un groupe d’investisseurs. Chacun semblait vouloir monopoliser son attention.– Ils se battent presque pour lui parler.– C’est normal.– Pourquoi ?– Parce qu’il e












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