Mag-log inJe le découvre en arrivant à la maison de campagne pour la quatrième visite, à onze heures, un mardi de novembre, avec un ciel bas. Il y a un homme jeune à sa place, et l'homme jeune a des chaussures neuves et un sourire de première semaine, et quand je demande où est monsieur Alderisi, il me dit, avec l'aisance d'un garçon qui répète une phrase apprise : — Monsieur Alderisi a quitté la maison.Je sors. Je marche jusqu'au village. Je le trouve au bar de la place, à côté de la poste, avec un verre de vin blanc et une veste sur les épaules.Il me voit entrer et il me reconnaît tout de suite, ce qui me traverse comme une lame.— Ah, dit-il. La dame du mardi.Je m'assois. Je commande un café. Je ne sais pas quoi dire, et je m'entends dire une chose absolument idiote.— Je suis désolée.Il me regarde
MayaDimitri a trois maisons, et il m'emmène dans les trois en deux semaines, et il ne me dit jamais ce qu'il faut que je regarde.— Vous entrez, dit-il. Vous vous asseyez. Vous ne demandez rien. Puis vous me dites ce que sent la pièce.— Ce qu'elle sent.— Ce n'est pas de la poésie, madame. C'est un métier. Une salle a une odeur de travail ou une odeur de peur. Ça n'a rien à voir avec la cuisine.La première, c'est un hôtel de vingt-deux chambres, à Camogli, sur la via principale, avec une façade ocre et un figuier dans la courette. Il y a des chambres à quatre cents euros la nuit et une table qui fait quarante couverts. J'y passe une nuit et un dîner, et je paie avec la carte au nom de Riva, et le réceptionniste me dit madame avec un sourire de gens qui ont appris ça dans un stage.J'arrive avec un carnet neuf, des crayons tail
— MayaLa mission était simple.C'était censé être simple.C'était censé être facile.Et j'ai tout fait de travers.Et je le sais.Et je le sens.Et je le vois dans les yeux de Dimitri,qui me regarde comme on regarde une erreur,comme on regarde un échec,comme on regarde tout ce qu'on aurait dû éviter.Et je me dis que j'aurais dû mieux faire.Que j'aurais dû écouter.Que j'aurais dû comprendre.Que j'aurais dû tout comprendre.On devait récupérer des vivres.Dans un entrepôt,au bord de la zone,un entrepôt qu'on avait repéré depuis des jours,un entrepôt qu'on avait sécurisé,un entrepôt qu'on croyait vide.Et on y est allés.Et on est entrés.Et on a cherché.Et on a trouvé.Et puis ils sont arrivés.Ils sont arrivés de nulle part,de derrière,de partout.Et j'ai paniqu&ea
— Je voulais justifier que je sois capable de...— Je sais ce que vous vouliez, dit-il. Vous vouliez faire votre travail. Et c'est exactement pour ça que vous avez échoué.Il se tourne vers moi.— Vous avez dit le mot juste. Le poulpe d'élevage, en septembre, c'est vrai, c'est très vrai, c'est tellement vrai que j'aurais payé pour ce détail. Vous savez combien elle me l'aurait payé, cette femme ? Vous le savez ? Elle vous a vue, elle a vu une femme de trente ans avec des mains de bonne et une bouche de maison de luxe, et elle a compris la seule chose qu'il fallait. Vous n'avez pas fait une erreur de débutante, madame. Vous avez dit la vérité à un moment où il ne faut pas.Il ouvre la portière. Il sort, il fait dix pas sur le gravier, il a les mains dans les poches. Il respire.Puis il revient, il s'accoude à la vitre, et il dit, d'une voix qui s'est adoucie et qui est pire que la dureté :— Je vous ai acheté une chose, madame Vitale, et vous ne pouvez pas. Vous ne pouvez pas encore. V
Je le sens avant de savoir pourquoi : à l'entrée, il y a un figuier taillé, deux pots d'oliviers, une porte de bois ciré, et dedans, une odeur de cire. La personne à l'accueil est une femme d'une cinquantaine d'années, avec un tailleur et un sourire de maîtresse d'école.Et tout de suite, en trois secondes, je fais mon métier sans le faire exprès : je remarque que la table du hall a un bouquet de fleurs qui est là depuis la veille, que les tiges dans l'eau sont propres mais les pétales du bas sont tombés, qu'on a poussé les fleurs mortes sous les bonnes.Nous dînons. La salle est à moitié vide. C'est le samedi, un relais avec une étoile, et il est à moitié vide.— Demandez le vin, je dis, à voix basse.— Pardon ?— Une femme qui dîne avec son mari ne choisit pas le vin. Une femme qui dîne avec un homme d'affaires le choisit. On me regardera moins si c'est moi.Il me regarde une seconde. Puis il sourit et dit :— Faites.Le sommelier arrive. Je demande une chose à vingt-deux euros, un
Maya— Je ne vous dirai pas ce que vous voulez savoir sur moi, je dis.— Je ne vous ai rien demandé.— Vous n'avez pas besoin. Vous m'avez trouvée, vous n'êtes pas venu par hasard dans cette trattoria, un homme comme vous ne dîne pas quatre fois sur une route départementale par hasard. Vous savez qui je suis.Il ne dit ni oui ni non.— Je sais que vous êtes une femme qui a vécu dans une grande maison et qui est partie. Et que le jour où elle est partie, une domestique était morte. Ça, c'est dans un journal, madame Vitale.Le silence. C'est la première fois qu'on m'appelle par ce nom depuis six semaines, et il me fait l'effet d'une main dans le dos.— Alors ne me donnez pas ce travail, je dis. Prenez-moi pour ce que je suis.Il y a une chose de froid dans son visage. Pas de la colère, de la qualité.— Vous voulez que je vous dise la vérité ? dit-il. Vous n'êtes pas un cadeau pour moi. Une femme qui a été dans cette famille, ça fait de vous une chose qu'on peut vouloir acheter et une ch







