ログイン— MayaLa mission était simple.C'était censé être simple.C'était censé être facile.Et j'ai tout fait de travers.Et je le sais.Et je le sens.Et je le vois dans les yeux de Dimitri,qui me regarde comme on regarde une erreur,comme on regarde un échec,comme on regarde tout ce qu'on aurait dû éviter.Et je me dis que j'aurais dû mieux faire.Que j'aurais dû écouter.Que j'aurais dû comprendre.Que j'aurais dû tout comprendre.On devait récupérer des vivres.Dans un entrepôt,au bord de la zone,un entrepôt qu'on avait repéré depuis des jours,un entrepôt qu'on avait sécurisé,un entrepôt qu'on croyait vide.Et on y est allés.Et on est entrés.Et on a cherché.Et on a trouvé.Et puis ils sont arrivés.Ils sont arrivés de nulle part,de derrière,de partout.Et j'ai paniqu&ea
— Je voulais justifier que je sois capable de...— Je sais ce que vous vouliez, dit-il. Vous vouliez faire votre travail. Et c'est exactement pour ça que vous avez échoué.Il se tourne vers moi.— Vous avez dit le mot juste. Le poulpe d'élevage, en septembre, c'est vrai, c'est très vrai, c'est tellement vrai que j'aurais payé pour ce détail. Vous savez combien elle me l'aurait payé, cette femme ? Vous le savez ? Elle vous a vue, elle a vu une femme de trente ans avec des mains de bonne et une bouche de maison de luxe, et elle a compris la seule chose qu'il fallait. Vous n'avez pas fait une erreur de débutante, madame. Vous avez dit la vérité à un moment où il ne faut pas.Il ouvre la portière. Il sort, il fait dix pas sur le gravier, il a les mains dans les poches. Il respire.Puis il revient, il s'accoude à la vitre, et il dit, d'une voix qui s'est adoucie et qui est pire que la dureté :— Je vous ai acheté une chose, madame Vitale, et vous ne pouvez pas. Vous ne pouvez pas encore. V
Je le sens avant de savoir pourquoi : à l'entrée, il y a un figuier taillé, deux pots d'oliviers, une porte de bois ciré, et dedans, une odeur de cire. La personne à l'accueil est une femme d'une cinquantaine d'années, avec un tailleur et un sourire de maîtresse d'école.Et tout de suite, en trois secondes, je fais mon métier sans le faire exprès : je remarque que la table du hall a un bouquet de fleurs qui est là depuis la veille, que les tiges dans l'eau sont propres mais les pétales du bas sont tombés, qu'on a poussé les fleurs mortes sous les bonnes.Nous dînons. La salle est à moitié vide. C'est le samedi, un relais avec une étoile, et il est à moitié vide.— Demandez le vin, je dis, à voix basse.— Pardon ?— Une femme qui dîne avec son mari ne choisit pas le vin. Une femme qui dîne avec un homme d'affaires le choisit. On me regardera moins si c'est moi.Il me regarde une seconde. Puis il sourit et dit :— Faites.Le sommelier arrive. Je demande une chose à vingt-deux euros, un
Maya— Je ne vous dirai pas ce que vous voulez savoir sur moi, je dis.— Je ne vous ai rien demandé.— Vous n'avez pas besoin. Vous m'avez trouvée, vous n'êtes pas venu par hasard dans cette trattoria, un homme comme vous ne dîne pas quatre fois sur une route départementale par hasard. Vous savez qui je suis.Il ne dit ni oui ni non.— Je sais que vous êtes une femme qui a vécu dans une grande maison et qui est partie. Et que le jour où elle est partie, une domestique était morte. Ça, c'est dans un journal, madame Vitale.Le silence. C'est la première fois qu'on m'appelle par ce nom depuis six semaines, et il me fait l'effet d'une main dans le dos.— Alors ne me donnez pas ce travail, je dis. Prenez-moi pour ce que je suis.Il y a une chose de froid dans son visage. Pas de la colère, de la qualité.— Vous voulez que je vous dise la vérité ? dit-il. Vous n'êtes pas un cadeau pour moi. Une femme qui a été dans cette famille, ça fait de vous une chose qu'on peut vouloir acheter et une ch
Je suis en train de tomber dans la plus vieille erreur des femmes qui ont été battues : croire que la douceur est l'absence de violence.La douceur, parfois, c'est la patience.Un soir, il est là jusqu'à la fermeture. Je nettoie la salle, je lève les chaises, il faut balayer les miettes avec la brosse, Elsa est partie avec sa hanche, Gianni dort debout dans la cuisine.Il est à la table cinq avec son verre d'eau vide, et il attend. Il attend parce qu'il attend, ce n'est pas un homme qui s'ennuie et ce n'est pas un homme qui attend quelqu'un. Il me regarde faire. Et puis il dit :— Rosaria. Vous êtes enceinte de combien ?Je m'immobilise avec la brosse dans la main.— Ce n'est pas à vous de...— Cinq mois ?— Quatre.Il hoche la tête lentement. Puis :— Et le père est mort.— Qui vous a dit ça ?— Vous, dit-il. Trois secondes trop vite, l'autre jour, quand la docteure c'est-tu ? Quand cette femme est venue avec son bébé. Vous avez regardé le bébé, et après vous avez regardé la porte. C
MayaL'homme vient un jeudi de septembre, à treize heures, avec une veste de lin et une voiture qui coûte plus cher que la trattoria entière.Je le vois entrer et je me dis une chose que je ne doit pas dire si je veux tenir mon personnage : le riche, ça se reconnaît à l'assurance avec laquelle il traverse une table en formica.Il n'est pas comme les autres. Les autres, quand ils entrent dans un endroit comme chez Bendinelli, font deux choses, ils regardent les nappes ou ils se regardent l'un l'autre pour savoir s'ils ont le droit de s'abaisser. Lui, il entre comme on entre dans une pièce qu'on a payée sans le dire.Grand, un peu de ventre sous le lin, des cheveux blonds très clairs, gris aux tempes, coupés court, et un visage de ces hommes du Nord qui vieillissent en dur plutôt qu'en mou. Les yeux sont un bleu de porcelaine fêlée, presque délavés, un bleu de photocopie. Il a une belle bouche, très sobre, et la main droite posée sur le dossier de la chaise avant même de m'avoir regardé







