เข้าสู่ระบบChapitre 3
Kaelis
Je n'aime pas les secrets.
Je n'aime pas la façon dont ils s'insinuent dans les silences, dont ils corrodent les sourires, dont ils transforment les mots les plus simples en pièges et en mensonges. Ma mère a un secret, un secret immense et terrible, et ce secret a un nom, un visage, une histoire qu'elle refuse de raconter. J'ai passé six années à essayer de comprendre, à assembler les indices éparpillés dans notre vie quotidienne, et aujourd'hui, avec l'arrivée de cet homme au manteau noir, une nouvelle pièce est tombée dans le puzzle, une pièce qui pourrait bien tout changer.
La photo déchirée est toujours dans ma poche, là où je la garde depuis des mois, depuis que je l'ai trouvée dans un vieux livre de la librairie, glissée entre les pages comme un marque-page oublié. C'est une photo de maman, plus jeune, plus lumineuse, debout devant une grande demeure en pierre avec des colonnes et un balcon en fer forgé. Elle sourit, elle sourit vraiment, pas le sourire triste et fatigué qu'elle a aujourd'hui, mais un sourire éclatant, un sourire d'avant les larmes et les nuits sans sommeil. Mais la photo est déchirée sur le côté gauche, quelqu'un a arraché une partie de l'image, comme si cette partie-là ne devait plus exister, comme si la personne qui s'y trouvait devait être effacée de l'histoire.
J'ai toujours su que cette personne était mon père, je l'ai su dès le premier instant, dès le premier regard, parce que les enfants sentent ces choses-là, ils sentent le poids d'une absence, la forme d'un vide, la silhouette d'un fantôme. Et aujourd'hui, avec ce nom, Eldoria, avec cet homme qui connaît le nom de notre famille, je suis plus près que jamais de découvrir qui il est.
La nuit est tombée sur Brumhaven, et je suis allongé dans mon lit, les yeux ouverts sur le plafond de ma chambre. Le vent de la mer fait grincer les volets, et j'entends les vagues qui s'écrasent contre la jetée, ce bruit régulier et apaisant qui d'habitude m'endort en quelques minutes. Mais pas ce soir, ce soir je pense, je réfléchis, je planifie. Nyora veut enquêter, et je l'aiderai, parce que c'est ma sœur, parce qu'elle est la seule personne au monde qui me comprend vraiment, parce que nous sommes jumeaux et que nous partageons tout, même les questions sans réponses, même les pères absents, même les secrets de famille.
Je me lève sans faire de bruit, j'allume la petite lampe de chevet, et je sors la photo de ma poche. Je l'étudie pour la centième fois, scrutant chaque détail, chaque ombre, chaque reflet. La maison derrière maman, avec ses colonnes et son balcon, ressemble à un manoir, et je sais maintenant que ce manoir se trouve à Eldoria, cette ville dont personne ne parle, cette ville qui fait pleurer ma mère dans son sommeil. Et la personne qui a été arrachée de l'image, je suis sûr maintenant que c'est un homme, je suis sûr que c'est mon père, et je suis sûr qu'il est toujours vivant, qu'il est là-bas, qu'il m'attend sans savoir que j'existe.
Demain, je chercherai des informations sur Eldoria, j'irai à la bibliothèque municipale, je consulterai les vieux journaux, les registres, les archives. Je trouverai des noms, des adresses, des indices. Et si maman décide de ne pas aller voir ce grand-père mourant dont l'émissaire a parlé, je la convaincrai, je la supplierai, je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour qu'elle accepte. Parce que je veux voir Eldoria de mes propres yeux, je veux marcher dans les rues où ma mère a grandi, je veux frapper à la porte de ce manoir, et je veux retrouver l'homme qui manque sur cette photo.
Je replie la photo avec soin, je la glisse dans ma poche, et j'éteins la lampe. L'obscurité m'enveloppe comme un manteau, et je ferme les yeux, et je vois un visage d'homme, un visage flou et changeant qui porte mes yeux, mes cheveux, ma mâchoire. Un visage qui pourrait être le mien dans trente ans. Un visage que je finirai par connaître, par toucher, par appeler papa.
Je ne sais pas encore comment, je ne sais pas encore quand, mais je le trouverai, et je lui demanderai pourquoi il nous a abandonnés, pourquoi il a laissé maman s'enfuir, pourquoi il ne nous a jamais cherchés. Et selon sa réponse, je déciderai s'il mérite de faire partie de notre vie, ou s'il mérite d'être effacé pour toujours, comme il a été effacé de la photo.
Chapitre 64VaelorLe laboratoire m'a fait parvenir les résultats par coursier privé, une enveloppe scellée que j'ai trouvée sur mon bureau en rentrant d'une réunion interminable, et je l'ai regardée pendant de longues minutes sans oser l'ouvrir, sans oser briser ce sceau de cire rouge qui portait l'emblème du laboratoire, parce que je savais, je savais que cette enveloppe contenait la réponse à toutes mes questions, la clé de tous mes doutes, la vérité que j'avais cherchée et redoutée en même temps.La nuit est tombée sur Eldoria, une nuit sans lune et sans étoiles, et je suis seul dans mon bureau, seul avec cette enveloppe qui brille sous la lampe comme un objet maléfique, seul avec mes peurs et mes espoirs et mes regrets. J'ai renvoyé les domestiques, j'ai éteint mon téléphone, j'ai verrouillé la porte, et je me suis enfermé dans cette pièce qui est mon refuge et ma prison, mon sanctuaire et mon tombeau, avec pour seule compagnie le tic-tac de l'horloge et le crépitement du feu dan
Chapitre 63NyoraJe ne peux pas m'en empêcher, c'est plus fort que moi, chaque fois que je prends un crayon et une feuille de papier, c'est son visage qui apparaît, c'est son regard qui se forme sous mes doigts, c'est sa présence qui envahit la page blanche comme une ombre qui s'étend au crépuscule.Je suis assise à mon petit bureau, devant la fenêtre qui donne sur la mer, et je dessine, je dessine sans m'arrêter, sans réfléchir, sans me demander si ce que je fais est bien ou mal, utile ou inutile, raisonnable ou insensé. Je dessine son visage de mémoire, ce visage que j'ai vu de près dans le parc, ce visage que j'ai contemplé sur le portrait déchiré du grenier, ce visage qui est gravé dans ma mémoire comme une photographie, comme un tableau, comme une brûlure. J'essaie de capturer son expressi
Chapitre 62KaelisLa bibliothèque municipale de Brumhaven est un petit bâtiment de pierre grise coincé entre la poste et la mairie, avec une façade austère et des fenêtres étroites qui laissent à peine passer la lumière, et c'est là que je passe mes après-midi depuis que nous sommes rentrés d'Eldoria, assis devant l'un des vieux ordinateurs poussiéreux que la bibliothécaire met à disposition des lecteurs, les doigts qui courent sur le clavier, les yeux qui parcourent les pages web, les articles de journaux, les archives numérisées, tout ce que je peux trouver sur Draken Industries et sur Vaelor Draken.La bibliothécaire, une vieille femme aux cheveux gris et aux lunettes en demi-lune, me regarde avec curiosité, elle se demande sans doute ce qu'un enfant de six ans peut bien faire sur Interne
Chapitre 61AélyraLa librairie a rouvert ses portes depuis trois jours, et les clients sont rares, plus rares encore qu'avant notre départ, comme si notre absence avait rompu un charme, brisé une habitude, dispersé une clientèle qui s'est tournée vers d'autres boutiques, d'autres commerces, d'autres distractions. Je passe mes journées derrière le comptoir, à feuilleter des catalogues, à épousseter les étagères, à regarder la mer par la fenêtre, et les heures s'écoulent, lentes et lourdes comme un fleuve de plomb, et je n'arrive à rien, je n'arrive à rien parce que mon esprit est ailleurs, il est resté à Eldoria, près de l'étang aux canards, face à cet homme aux yeux gris qui m'a regardée comme s'il voulait me consumer tout entière.Je retrouve mes h
Chapitre 60VaelorLa lettre est restée sur mon bureau pendant deux jours, inachevée, abandonnée, le stylo posé en travers de la page comme un pont que je n'osais pas franchir, et je l'ai regardée, je l'ai tournée et retournée dans ma tête, j'ai pesé chaque mot, chaque virgule, chaque silence entre les lignes, et j'ai fini par la ranger dans un tiroir sans l'envoyer, parce que je me suis rendu compte que je ne pouvais pas, que je ne pouvais pas me contenter de mots, que j'avais besoin de certitudes, de preuves, de vérité.Je veux des preuves irréfutables, des preuves scientifiques, incontestables, qui ne laisseront aucune place au doute, aucune échappatoire, aucune possibilité de nier l'évidence. Tant que je n'aurai pas la certitude absolue que Kaelis et Nyora sont mes enfants, je ne pourrai pas affronter Aélyra
Chapitre 59VaelorLe rapport est arrivé sur mon bureau ce matin, une chemise de cuir sobre qui contenait en quelques pages toute la vie d'Aélyra Vossen, toute son existence reconstruite loin de moi, loin d'Eldoria, loin de tout ce que nous avions partagé, et je l'ai lu debout, incapable de m'asseoir, incapable de respirer normalement, les doigts crispés sur le papier comme si ces feuilles pouvaient s'envoler et disparaître si je ne les retenais pas de toutes mes forces.Brumhaven, une petite ville côtière à l'écart des grandes routes, un port de pêcheurs, des maisons aux volets colorés, une jetée qui s'avance dans la mer grise, et au milieu de tout cela, une librairie, une librairie modeste coincée entre un marchand de poissons et une boulangerie, avec une façade de bois peint et une clochette qui tinte au-dessus de la porte.
Chapitre 5Suite du flashback AélyraIl s'arrête devant moi, et le monde disparaît.Je ne sais pas comment expliquer ce qui se passe à cet instant, je ne sais pas si c'est la chaleur des lustres ou le parfum des fleurs ou le bourdonnement des conversations qui s'estompent, mais tout ce qui existai
Chapitre 4Flashback Septs ans plutôt..AélyraJ'ai vingt-deux ans, et je suis debout devant le miroir de ma chambre, et je ne reconnais pas la femme qui me regarde.La robe que je porte est une merveille de soie et de tulle, une création couleur émeraude que ma mère a fait venir de la capitale il
Chapitre 2NyoraJe sais que maman ment.Je le sais parce que ses mains tremblent quand elle range les livres, parce que sa voix devient trop aiguë quand elle répond à mes questions, parce qu'elle évite de croiser mon regard, ce qu'elle ne fait jamais d'habitude. Maman me regarde toujours dans les
Chapitre 1AélyraJe regarde la mer depuis la fenêtre de ma librairie, et je sais que quelque chose va arriver, je le sens dans l'air comme on sent l'orage avant qu'il n'éclate, dans cette lourdeur étrange qui précède les catastrophes et les fins du monde.La librairie est silencieuse en cette heur







