تسجيل الدخولChapitre 5
Suite du flashback
Aélyra
Il s'arrête devant moi, et le monde disparaît.
Je ne sais pas comment expliquer ce qui se passe à cet instant, je ne sais pas si c'est la chaleur des lustres ou le parfum des fleurs ou le bourdonnement des conversations qui s'estompent, mais tout ce qui existait autour de moi, la salle de bal, les invités, l'orchestre, mon père à mon bras, tout cela s'évanouit comme une fumée, et il ne reste plus que lui, Vaelor Draken, debout devant moi, immense et magnétique, et ses yeux gris qui plongent dans les miens comme s'il cherchait à lire dans mon âme.
— Je ne crois pas que nous ayons été présentés.
Sa voix est grave, profonde, une voix qui résonne dans ma poitrine comme un roulement de tambour, et elle est teintée d'une arrogance tranquille, cette arrogance des hommes qui possèdent tout et qui n'ont jamais eu à demander. Il tend une main vers moi, une main longue et élégante, et je remarque la chevalière en or à son petit doigt, un dragon aux ailes déployées qui est le blason des Draken, et je sais que ma mère a raison, que cet homme est dangereux, qu'il est le loup dans la bergerie, qu'il est tout ce que je dois éviter.
Mais je pose ma main dans la sienne, et sa paume est chaude, et ses doigts se referment autour des miens avec une douceur que je n'attendais pas, une douceur presque troublante, comme s'il craignait de me briser.
— Aélyra Vossen, dis-je, et ma voix est plus ferme que je ne l'aurais cru possible. Je suis la fille d'Eldric Vossen.
— Les Vossen, répète-t-il, et il ne prononce pas ce nom avec le mépris que j'ai l'habitude d'entendre dans la bouche des autres familles, il le prononce comme on savoure un vin rare, comme on goûte un mot étranger dont on apprécie les sonorités. J'ai beaucoup entendu parler de votre famille.
— En bien, j'espère, répondis-je avec une ironie qui me surprend moi-même.
Il sourit, et ce sourire est une fissure dans le marbre, une brèche dans l'armure, et je vois une lueur dans ses yeux gris, une lueur d'amusement, peut-être, ou d'intérêt, une lueur qui me fait battre le cœur plus vite et qui m'effraie en même temps.
— En bien, en mal, l'important est qu'on en parle, dit-il, et il incline légèrement la tête vers l'orchestre. Vous dansez, Mademoiselle Vossen ?
Ce n'est pas vraiment une question, c'est une affirmation déguisée en politesse, et avant que j'aie pu répondre, il a pris ma main et m'entraîne vers la piste de danse, et mon père me regarde partir avec des yeux ronds, et ma mère porte une main à sa bouche dans un geste de terreur muette, et je devrais protester, je devrais m'excuser, je devrais fuir, mais je ne fais rien de tout cela, je le suis, comme une somnambule qu'on guide dans la nuit.
La valse a changé, l'orchestre joue maintenant une mélodie plus lente, plus intense, et Vaelor pose une main sur ma taille, et sa paume est brûlante à travers le tissu de ma robe, et je sens la chaleur de ses doigts qui se referment sur ma hanche avec une précision presque douloureuse. Je pose ma main sur son épaule, et le tissu de son costume est lisse et froid sous mes doigts, et nous commençons à danser, à tourner lentement au milieu des autres couples qui s'écartent sur notre passage comme des poissons devant un requin.
— Vous dansez bien, dit-il, et sa voix est proche, trop proche, son souffle effleure ma tempe et me donne le frisson.
— Vous aussi, répondis-je, et je m'en veux immédiatement de cette banalité, de cette politesse mécanique, alors que tout mon être hurle des choses que je n'ose pas formuler.
Le silence s'installe entre nous, un silence chargé de tout ce qui n'est pas dit, et je sens son regard posé sur moi, je sens l'intensité de son attention comme une brûlure sur ma peau, et je n'ose pas lever les yeux, je n'ose pas affronter ce regard gris qui me déshabille et qui me devine, qui me perce à jour et qui me juge.
— Pourquoi êtes-vous venue ce soir, Mademoiselle Vossen ? demande-t-il soudain, et la question est étrange, presque incongrue, comme s'il lisait dans mes pensées les plus secrètes. Les Vossen ne fréquentent plus ce genre d'événements depuis des années.
La pique est fine, presque imperceptible, mais je la sens comme une piqûre d'aiguille sous la peau, et je redresse le menton, je le regarde dans les yeux pour la première fois depuis que nous avons commencé à danser.
— Peut-être que les Vossen ont décidé de ne plus se cacher.
Quelque chose passe dans son regard, une étincelle, une surprise, une admiration peut-être, et il me fixe avec une intensité nouvelle, comme s'il me voyait vraiment pour la première fois, comme si j'étais passée de figurante à protagoniste dans le théâtre de son existence.
— Vous êtes différente, dit-il, et ce n'est pas un compliment, c'est un constat, une observation froide et clinique, mais je sens que derrière cette froideur il y a autre chose, une faille, une solitude qui fait écho à la mienne, une fragilité qu'il cache sous des couches d'arrogance et de pouvoir.
La musique s'arrête, et nous restons immobiles au milieu de la piste de danse, les yeux dans les yeux, les souffles mêlés, et je ne veux pas que cet instant finisse, je ne veux pas qu'il me lâche, je ne veux pas retourner dans le monde réel où je ne suis qu'une Vossen déchue et lui le prince héritier des Draken.
— Merci pour cette danse, Mademoiselle Vossen, dit-il enfin, et il s'incline légèrement, baise ma main, et ses lèvres sont douces sur mes doigts, et je frissonne de la tête aux pieds.
Puis il tourne les talons et disparaît dans la foule, me laissant seule au milieu de la piste, désemparée, chancelante, le cœur en feu.
La soirée se poursuit, interminable, et je danse avec d'autres hommes, je souris à d'autres visages, je prononce des banalités que j'oublie aussitôt, mais mon esprit est ailleurs, il est resté accroché à ce regard gris, à cette main sur ma taille, à ce trouble qui ne me quitte plus. Et quand minuit sonne et que mon père annonce qu'il est temps de rentrer, je cherche Vaelor des yeux dans la foule, je le cherche désespérément, et je ne le trouve pas, et je suis déçue, absurdement déçue, comme une enfant à qui on a promis un cadeau qu'elle n'a pas reçu.
La voiture nous ramène à la maison Vossen, et ma mère somnole sur la banquette arrière, et mon père marmonne des phrases incompréhensibles, et je regarde défiler les rues d'Eldoria par la fenêtre, le cœur serré, les mains encore tremblantes. Nous franchissons les grilles rouillées de notre demeure, je monte dans ma chambre, je me déshabille devant le miroir, et je ne reconnais toujours pas la femme qui me regarde, mais ce soir, ce n'est pas de la peur que je lis dans ses yeux, c'est autre chose, une attente, une promesse, un espoir insensé.
Des heures plus tard, alors que la maison est plongée dans le silence et que tout le monde dort, j'entends un bruit. Un grincement. Le gravier de l'allée qui crisse sous des pas. Je me lève, je m'approche de la fenêtre, j'écarte le rideau, et je le vois. Vaelor Draken est debout dans le jardin, sous le vieux chêne, le visage levé vers ma fenêtre, et la lune éclaire ses traits d'une lumière argentée qui le fait ressembler à un fantôme.
Il ne dit rien, il me regarde, simplement, et je le regarde, et le monde s'arrête de nouveau, et je sais que je devrais avoir peur, je sais que je devrais refermer le rideau, je sais que je devrais fuir. Mais je ne fuis pas, je descends l'escalier, j'ouvre la porte du jardin, et je marche vers lui, pieds nus dans l'herbe humide, en chemise de nuit, transie de froid et de désir.
Il ne dit rien quand j'arrive à sa hauteur, il se contente de tendre la main, et je la prends, et il m'attire contre lui, et ses lèvres se posent sur les miennes.
Le baiser est une promesse et une menace mêlées, une douceur et une violence, un commencement et une fin, et je m'y abandonne comme on s'abandonne au courant d'un fleuve, sans savoir où il m'emportera, sans savoir si je survivrai, sans savoir si je reverrai un jour la lumière.
Je ne sais pas encore que ce baiser scellera mon destin, qu'il me mènera aux portes du paradis et de l'enfer, qu'il fera de moi une femme traquée, une mère en fuite, une amante abandonnée. Je ne sais rien de tout cela, et peut-être que si je le savais, je m'enfuirais en courant, je remonterais dans ma chambre, je refermerais la fenêtre, et je ne le reverrais plus jamais.
Mais ce soir, dans le jardin obscur, sous le regard froid de la lune, je ne fuis pas. Je reste dans ses bras, et je l'embrasse, et je scelle mon destin sans le savoir.
Chapitre 31AélyraLe siège de Draken Industries est un gratte-ciel de verre et d'acier qui domine la cité, une tour immense et luisante qui semble toucher le ciel gris de cette matinée d'automne, et en descendant du taxi qui m'a conduite jusqu'ici, je lève les yeux vers le sommet de l'édifice, et je me sens minuscule, insignifiante, écrasée par la puissance de cet empire que Vaelor a bâti sur les ruines de notre amour.Le hall est un monument de marbre et de lumière, avec des colonnes qui s'élancent vers un plafond si haut qu'on dirait une cathédrale, et mes talons claquent sur le sol de pierre polie avec un bruit sec qui résonne dans l'espace immense. Les employés en costume me regardent passer, les secrétaires en tailleur me dévisagent par-dessus leurs ordinateurs, et je sens leurs regards curie
Chapitre 30AélyraJe m'éloigne du cimetière en tenant mes enfants par la main, et chacun de mes pas est une victoire, une fuite, une échappée, mais je sais que ce n'est qu'un répit, une trêve fragile que Vaelor ne tardera pas à rompre, parce que Vaelor Draken n'a jamais accepté un refus de sa vie, et qu'il n'acceptera pas le mien aujourd'hui.Je ne me retourne pas, je ne veux pas voir s'il nous suit, s'il nous regarde, s'il est remonté dans sa voiture noire ou s'il est resté planté devant la grille du cimetière, les yeux fixés sur ma silhouette qui s'éloigne. Je marche, je marche sans m'arrêter, je descends la rue en pente qui mène au centre-ville, je dépasse les façades grises et les vitrines fermées, et j'entends la voix de Nyora qui me pose des questions, qui me demande qui est cet homme, pourquoi il me fait peur, pourquoi je ne lui ai pas serré la main, et je ne réponds pas, je ne peux pas répondre, je n'ai pas de mots pour expliquer ce qui est en train de se passer.Le soir même
Chapitre 29KaelisJe reste immobile, les pieds plantés dans le gravier du cimetière, les mains enfoncées dans les poches de mon manteau, et je le regarde, je le regarde comme je n'ai jamais regardé personne, avec une intensité qui me consume de l'intérieur, qui me brûle les yeux et qui me serre la gorge.Vaelor Draken est exactement comme je l'imaginais, et en même temps complètement différent, plus réel, plus imposant, plus écrasant que tout ce que mes rêves d'enfant avaient pu construire autour de l'idée floue et changeante d'un père. Il est grand, plus grand que tous les hommes présents aux funérailles, et son manteau sombre tombe de ses épaules avec une élégance naturelle, une élégance qui ne doit rien aux tailleurs et tout à la façon dont il se tient, dont il bouge, dont il occupe l'espace comme si l'univers entier lui appartenait. La coupe de son costume est parfaite, une coupe sur mesure qui épouse la largeur de ses épaules et la finesse de sa taille, et le tissu est d'une qua
Chapitre 28NyoraC'est lui, c'est vraiment lui, l'homme du portrait, l'homme du grenier, l'homme aux yeux gris comme l'acier, et il est là, debout devant nous, immense et magnétique, et je sens mon cœur qui s'emballe dans ma poitrine, qui bat si fort que je suis sûre que tout le monde l'entend, que maman l'entend, que Kaelis l'entend, que l'homme lui-même l'entend.Il est plus grand que tous les autres hommes présents aux funérailles, plus grand et plus impressionnant, et il porte un long manteau sombre qui lui arrive presque aux chevilles, un manteau qui doit coûter plus cher que tout ce que maman a gagné en un an à la librairie, et ses chaussures sont cirées comme des miroirs, et ses gants sont en cuir noir, et il y a une chevalière en or à son petit doigt, un dragon aux ailes déployées exactement comme celui que Kaelis a découpé dans l'affiche de la gare. L'air autour de lui semble trembler, vibrer, comme si sa simple présence modifiait l'atmosphère, comme s'il était le centre du
Chapitre 27VaelorJe ne l'ai jamais oubliée, c'est la première chose que je pense quand je la vois sortir du cimetière, silhouette fragile vêtue de noir, plus belle encore que dans mes souvenirs, plus femme, plus mère, plus vivante que toutes les ombres qui ont hanté mes nuits pendant sept ans.Les funérailles d'Eldric Vossen ne sont pas un événement mondain, loin de là, le vieil homme était détesté par toute la cité, ruiné, abandonné de tous, et pourtant la nouvelle de son décès a fait le tour d'Eldoria en quelques heures, parce que les familles fondatrices ont leurs réseaux, leurs espions, leurs domestiques qui colportent les ragots de maison en maison, et que le retour de la fille prodigue est un sujet bien plus intéressant que la mort d'un vieillard aigri. Aélyra Vossen est revenue, voilà ce que mon assistant m'a annoncé hier soir en posant un dossier sur mon bureau, Aélyra Vossen est revenue avec deux enfants, deux jumeaux, un garçon et une fille, et elle s'est installée au mano
Chapitre 26AélyraLe cimetière est silencieux, un silence de pierre et de cyprès, un silence que même le vent n'ose pas troubler, et je marche vers la grille de sortie en tenant mes enfants par la main, les yeux fixés sur le sol, le cœur lourd de tout ce qui vient de se passer, de la mort de mon père, des mots qu'il a prononcés avant de partir, de ce pardon que je lui ai accordé sans savoir si je le pensais vraiment.Et puis je lève les yeux, et je le vois.La voiture noire est garée le long du trottoir, une limousine aux vitres teintées, luisante et silencieuse comme un prédateur à l'affût, et la portière arrière s'ouvre, et une silhouette descend, une silhouette que je reconnaîtrais entre mille, que je reconnaîtrais dans l'obscurité la plus totale, que je reconnaîtrais les yeux fermés rien qu'au bruit de ses pas sur le gravier. Vaelor Draken est là, devant moi, après sept années de silence et d'absence, et le monde s'arrête de tourner, et l'air se fige dans mes poumons, et mes doig
Chapitre 4Flashback Septs ans plutôt..AélyraJ'ai vingt-deux ans, et je suis debout devant le miroir de ma chambre, et je ne reconnais pas la femme qui me regarde.La robe que je porte est une merveille de soie et de tulle, une création couleur émeraude que ma mère a fait venir de la capitale il
Chapitre 3KaelisJe n'aime pas les secrets.Je n'aime pas la façon dont ils s'insinuent dans les silences, dont ils corrodent les sourires, dont ils transforment les mots les plus simples en pièges et en mensonges. Ma mère a un secret, un secret immense et terrible, et ce secret a un nom, un visag
Chapitre 2NyoraJe sais que maman ment.Je le sais parce que ses mains tremblent quand elle range les livres, parce que sa voix devient trop aiguë quand elle répond à mes questions, parce qu'elle évite de croiser mon regard, ce qu'elle ne fait jamais d'habitude. Maman me regarde toujours dans les
Chapitre 1AélyraJe regarde la mer depuis la fenêtre de ma librairie, et je sais que quelque chose va arriver, je le sens dans l'air comme on sent l'orage avant qu'il n'éclate, dans cette lourdeur étrange qui précède les catastrophes et les fins du monde.La librairie est silencieuse en cette heur







