Se connecterChapitre 42
Chloé
Les mots dansent devant mes yeux, les mots que j'ai écrits il y a sept ans, les mots que je viens de lire et qui refusent de quitter mon esprit, qui s'accrochent à ma rétine comme des sangsues, qui brûlent dans ma poitrine comme un fer rouge. « Si je meurs, ce ne sera pas un accident. » Je les répète, je les murmure, je les hurle en silence dans le vide de cette chambre abandonnée,
Chapitre 43ChloéLe carnet est serré contre ma poitrine, je le tiens à deux mains comme on tient une relique ou une bombe, et je traverse le manoir sans voir les portraits d'ancêtres qui me regardent de leurs yeux morts, sans entendre le tic-tac de l'horloge comtoise qui égrène les secondes dans le hall, sans sentir le poids des tapisseries centenaires qui m'entourent. Mes pas résonnent sur le parquet ciré, un bruit sourd et régulier qui scande ma marche funèbre, et je ne sais pas où je vais, je ne sais pas ce que je vais faire, je sais seulement que je dois le lui dire, que je dois lui montrer, qu'il doit savoir.Le bureau d'Adrien est au bout du couloir est, une pièce immense tapissée de livres anciens et de cartes marines, avec un bureau en acajou massif qui a appartenu à son arrière-grand-père. La porte est entrouverte,
Chapitre 42ChloéLes mots dansent devant mes yeux, les mots que j'ai écrits il y a sept ans, les mots que je viens de lire et qui refusent de quitter mon esprit, qui s'accrochent à ma rétine comme des sangsues, qui brûlent dans ma poitrine comme un fer rouge. « Si je meurs, ce ne sera pas un accident. » Je les répète, je les murmure, je les hurle en silence dans le vide de cette chambre abandonnée, et chaque fois ils prennent un peu plus de poids, un peu plus de réalité, un peu plus d'horreur. La poussière danse autour de moi dans les rais de lumière, les fantômes des meubles recouverts de draps blancs semblent se pencher vers moi, et le silence du manoir est si profond que j'entends mon propre cœur battre, battre trop vite, battre trop fort, battre comme s'il voulait s'échapper de ma poitrine.Ma main tremble en tournant
Chapitre 41ChloéLa chambre est restée fermée pendant sept ans, c'est Adrien qui me l'a dit un soir, alors que nous dînions dans le petit salon, quand je lui ai demandé s'il existait encore un endroit dans cette immense demeure qui portait ma trace, mon empreinte, mon souvenir. Personne n'avait le droit d'y entrer, personne n'avait le droit de toucher à ses affaires, à mes affaires, à ces reliques d'une vie que j'avais vécue sans m'en souvenir. C'était son bureau à elle, le refuge de Chloé, la pièce où elle se retirait pour lire, pour écrire, pour dessiner des plans qui n'avaient rien à voir avec l'architecture, des jardins imaginaires peuplés de fleurs impossibles, des maisons de poupée aux façades ouvragées, des mondes en miniature qui échappaient à la réalité. Il m'en a parlé avec cette voix étranglée qu'il a toujours quand il évoque le passé, cette voix qui se brise sur certaines syllabes, qui s'étrangle sur certains mots, qui lutte contre l'émotion comme un nageur lutte contre l
Chapitre 40BéatriceLa chapelle du manoir est une petite pièce voûtée, nichée dans l'aile est, loin des salons d'apparat, loin des chambres, loin des regards indiscrets. On y accède par un couloir étroit que les domestiques eux-mêmes évitent, par superstition ou par respect, et c'est pour cela que je l'ai choisie, pour cela que j'y viens tous les matins avant que le soleil ne se lève, avant que les premiers bruits du domaine ne viennent troubler le silence sacré. Les murs sont en pierre apparente, humides et froids, couverts par endroits de plaques de salpêtre qui dessinent des cartes d'un monde inconnu. Un vitrail représentant la Vierge à l'Enfant filtre la lumière grise de l'aube, projetant sur le sol dallé des taches rouges, bleues, dorées, comme des confettis de cathédrale.Je m'agenouille sur le prie-Dieu en
Chapitre 39AdrienLa porte s'est refermée derrière elle avec un claquement sourd qui résonne encore dans ma poitrine, qui se répercute contre mes côtes comme une balle perdue. Je suis resté là, debout au milieu de la chambre, nu, vulnérable, les bras ballants, le cœur en charpie, incapable de faire un geste, incapable de la rappeler, incapable de courir après elle pour la supplier de revenir. Le soleil du matin entre à flots par la fenêtre, il inonde le parquet ciré, les draps de lin froissés, les oreillers en désordre qui portent encore l'empreinte de sa tête, et il fait briller quelque chose sur la table de chevet, un éclat métallique qui attire mon regard comme un aimant.L'alliance. Son alliance. Celle que je lui ai passée au doigt il y a quelques jours à peine, dans le petit salon,
Chapitre 38ChloéJe me réveille dans ses bras, et pendant un instant, un instant suspendu entre le sommeil et la conscience, tout est parfait. La lumière du matin filtre à travers les rideaux de soie et dessine des rayons dorés sur le parquet ciré, sur les draps de lin blanc froissés par notre nuit, sur sa peau nue contre la mienne. Ma tête repose sur sa poitrine, mon oreille contre son cœur, et j'écoute ce cœur qui bat, qui bat calmement, régulièrement, paisiblement, un rythme lent et rassurant qui me berce et qui m'ancre dans le réel. Il dort, il dort profondément, ses bras m'entourent comme une forteresse, ses doigts sont entrelacés aux miens, et son souffle est chaud contre mes cheveux, régulier, apaisé.Je ne bouge pas, je ne veux pas bouger, je veux rester là pour toujours, dans cette bulle de chaleu







