LOGINChapitre 85CassianLe dîner vient de commencer. Alixia est assise en face de moi. Robe de soie verte. Visage détendu. Presque serein. Pour la première fois depuis des semaines, elle ne semble pas sur ses gardes. Elle ne me regarde pas comme un ennemi. Elle ne serre pas les mâchoires quand je parle. Elle est là. Simplement là. Et moi, je savoure cet instant fragile comme on savoure une trêve au milieu d'une guerre.Elle porte sa flûte de champagne à ses lèvres. Elle boit une gorgée. Une seule.Et là. Tout bascule.Elle devient livide. D'une pâleur de craie. Ses yeux s'écarquillent. Sa main se porte à sa gorge. Un râle. Un son étouffé. Son corps se convulse. Sa flûte tombe. Le cristal éclate sur le marbre. Le champagne se répand. Rouge. Comme du sang.— Alixia !Je bondis de ma chaise. Je ren
Chapitre 84IlaryaJe tiens les relevés bancaires dans ma main comme on tient une arme. Et je marche vers son bureau. La détermination glacée d'une femme qui vient de découvrir qu'on l'a trahie.Je pousse la porte sans frapper. Il lève la tête. Surpris. Ses yeux d'ambre s'écarquillent.— Alixia ? Que se passe-t-il ?Je jette les relevés sur son bureau. Les feuilles glissent. S'éparpillent.— Tu as sauvé Obsidienne.Il ne répond pas tout de suite. Il regarde les papiers. Puis il me regarde. Son visage est pâle.— C'est vrai.— Pourquoi ?— Parce que je ne pouvais pas te laisser tomber. Une seconde fois.— Tu n'avais pas le droit. Tu n'avais pas le droit d'interférer dans mes affaires. Dans ma vie. Sans me demander mon avis.— Je sais. J'ai eu tort.— Tu as eu
Chapitre 83IlaryaLes chiffres dansent devant mes yeux. Je les relis. Une fois. Deux fois. Trois fois.Non. Ce n'est pas possible.Je suis dans le bureau que Cassian a mis à ma disposition. Les relevés bancaires d'Obsidienne sont étalés devant moi. Des colonnes. Des lignes. Des transactions.Et là. Au milieu. Une injection de capitaux. Qui ne correspond à rien. À aucun investisseur connu. À aucune banque. À aucun fonds.Je remonte la piste. Je fouille. Je croise les informations.Et peu à peu. La vérité se dessine.Cassian. C'est Cassian.Il a sauvé Obsidienne. Il a injecté des millions. Par l'intermédiaire de sociétés écrans.Je me lève. Brusquement. Ma chaise racle le sol. Je marche jusqu'à la fenêtre. Les poings serrés. La respiration courte.Pourquoi ?
Chapitre 82CassianLa salle à manger est un piège. Je le sais avant même de franchir la porte. Cette tension. Cette lourdeur. Ce silence qui n'annonce rien de bon.Alixia est assise à ma droite. Robe grenat. Visage impassible. Elle ne touche pas à son assiette.Daphné est en face. Sourire aux lèvres. Ce sourire. Celui qui précède les coups.L'oncle Sévère est au bout de la table. Visage de marbre. Yeux d'ambre. Les mêmes que les miens. Les mêmes que ceux d'Aëlys.Le dîner commence. Les couverts cliquettent. Personne ne parle.Il vient de Daphné.— Alors, chère Alixia. Comment se passe votre retour parmi nous ? Vous devez être un peu dépaysée. Après toutes ces années dans cette ville industrielle. Khalmyre, c'est bien cela ?Alixia ne lève pas les yeux.&md
Chapitre 81DaphnéJe fais les cent pas dans ma chambre. Mes talons claquent sur le marbre. Un bruit sec. Régulier. Comme un métronome.Ilarya Noctis. Ce nom. Cette femme.Elle est revenue. Elle a épousé mon frère. Une seconde fois. Elle s'est installée dans l'aile indépendante. Avec sa bâtarde. Et Cassian. Mon frère. Mon sang. Il la laisse faire. Il lui obéit. Il signe des contrats. Il s'agenouille devant sa gosse. Il lui offre des cadeaux.Des regards qu'il ne m'a jamais donnés. À moi. Sa sœur. Sa famille.Je m'arrête devant la fenêtre. La mer. Toujours la mer. Je la regarde sans la voir. Mes poings sont serrés. Mes ongles s'enfoncent dans mes paumes.Elle croit qu'elle a gagné. Elle croit qu'elle peut revenir. Comme ça. Sans conséquences. Sans payer. Elle croit qu'elle peut reprendre ce qu'elle a a
Chapitre 80IlaryaJe suis derrière la porte. Entrouverte. Juste assez pour voir. Pas assez pour être vue.Je les regarde. Cassian agenouillé devant ma fille. Aëlys assise par terre. L'oiseau en bois entre eux.Il tourne la manivelle. Les ailes bougent. Aëlys regarde. Longtemps. Sans rien dire.— C'est toi qui l'as fait ?— Oui. Avec mes mains.— Pourquoi ?— Parce que je voulais te faire plaisir.Elle le regarde. Ses yeux. Les mêmes que les siens. Elle ne sourit pas. Pas encore.Puis elle tourne la manivelle. Les ailes bougent. Et là. Je le vois. Un sourire. Un petit. Un minuscule. Mais un sourire.Mon cœur se serre. Fort. Trop fort.Il le voit aussi. Ses yeux brillent. Il a l'air d'un homme qui vient de gagner un empire.— Tu aimes ?Elle hoche la tête. Elle ne dit rien. Mais elle sourit. Toujours.— Merci.— De rien, Aëlys.Il se relève. Il regarde derrière lui. Vers la porte. Vers moi. Il m'a vue.Il s'approche. Doucement.— Alixia...— Je t'avais dit de ne pas lui faire de promes
Chapitre 4AlixiaLe jardin d'hiver est désert à cette heure de la matinée, et c'est pour cela que je m'y réfugie.Les murs de verre montent jusqu'au plafond voûté, laissant entrer une lumière laiteuse qui se diffracte sur les feuillages tropicaux et les orchidées suspendues. L'air est chaud, humid
Chapitre 3AlixiaLa salle à manger est une cathédrale de marbre et de cristal.Les murs s'élèvent sur trois étages, recouverts de panneaux de marbre noir veiné de blanc, et le plafond est une verrière immense qui laisse passer la lumière pâle du soir, filtrée par des lustres de cristal suspendus c
Chapitre 2AlixiaLe matin du mariage, ma mère a posé ses mains tremblantes sur mes épaules et elle m'a dit : « Les Veyrenc n'aiment pas. Ils possèdent. Ils protègent. Ils durent. Souviens-t'en. »Je m'en souviens. Six ans plus tard, allongée dans mon lit trop grand, les yeux fixés sur le baldaquin
Chapitre 1AlixiaL'orage ne crève pas.Je me tiens devant la baie vitrée de ma chambre, les deux paumes posées à plat sur le verre froid, et je regarde les nuages s'enrouler autour des flèches de la cité comme des serpents de fumée noire. Maëlancourt scintille sous les éclairs, suspendue entre le







