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Chapitre 6 : Le silence des masques

Auteur: Morgane CTS
last update Dernière mise à jour: 2026-02-07 05:16:20

Le trajet dans la limousine se fit dans un silence glacial. Julien fixait le paysage urbain qui défilait à travers les vitres teintées, son profil semblant sculpté dans la pierre. De mon côté, je lissais nerveusement la soie de ma robe, réalisant soudain que j'étais liée à cet homme pour les quatre-vingt-dix prochains jours.

— Vous avez été efficace ce soir, finit-il par dire sans se détourner. Mais ne confondez pas mon silence avec de l'approbation.

— Je ne confonds rien du tout, Monsieur Castille. J'ai simplement fait ce qu'il fallait pour que vous teniez votre promesse concernant ma boutique.

Il tourna enfin la tête vers moi. La lumière des lampadaires balayait son visage, accentuant la dureté de son regard.

— La promesse que je vous ai faite était privée. En la rendant publique devant Morel, vous avez engagé ma crédibilité boursière. Si je change d'avis, je perds des millions. Vous m'avez forcé la main.

— Considérez ça comme une assurance. Je ne vous connais pas, Julien. Pourquoi devrais-je vous faire confiance ?

Il eut un rire sans joie.

— Vous ne devriez pas. Personne ne le fait. C'est comme ça qu'on survit dans ce milieu.

La voiture s'immobilisa devant la tour Onyx. Le chauffeur ouvrit la porte, mais avant que je ne puisse descendre, Julien me retint par le poignet. Sa main était chaude, mais sa poigne était ferme.

— Demain, je serai en déplacement à Genève. Vous resterez ici. La carte de crédit est sur la console de l'entrée. Ne faites rien de stupide. Ne parlez pas à la presse. Et surtout... ne laissez pas cet imbécile de Stan approcher de la tour. Les agents de sécurité ont son signalement, mais il est du genre tenace.

Je dégageai mon bras, le cœur battant un peu trop vite à cause de sa proximité.

— Je sais me gérer, merci.

— Je n'en doute pas, Victoria. C'est bien ce qui m'inquiète.

Le lendemain matin (L'absence)

Quand je me réveillai, le penthouse était désert. Le luxe de l'endroit me paraissait encore plus écrasant sans la présence de Julien. J'avais enfin le champ libre. En marchant dans le couloir, je passai devant la porte qu'il m'avait formellement interdit d'ouvrir : son bureau.

Je savais que je devais rester loin. Je savais que c'était le meilleur moyen de garder notre "contrat" purement professionnel. Mais en bas, dans le monde réel, Stan m'avait envoyé dix messages de menaces durant la nuit, et la banque m'avait envoyé une notification de clôture de dossier suite au virement de Julien.

Curiosité ou besoin de savoir à quel diable je m'étais vendue ? Je posai la main sur la poignée froide du bureau.

La scène

La poignée céda sans résistance. Je retins mon souffle, m'attendant à déclencher une alarme, mais seul le silence du penthouse me répondit.

Le bureau était à l'image de Julien : sombre, ordonné, avec une vue imprenable sur la ville qui semblait lui appartenir. Sur la grande table en chêne noir, un dossier en cuir portait le sceau doré de Castille Holdings.

Mes doigts tremblaient en l'ouvrant. Je savais que je franchissais une ligne rouge, mais le besoin de savoir était plus fort que la peur.

Mes yeux parcoururent les graphiques, les colonnes de chiffres, puis s'arrêtèrent sur les plans architecturaux. Mon cœur manqua un battement. Ce n'était pas ce qu'il m'avait décrit. Sur le plan, l'emplacement de "L'Instant Sucré" était marqué d'une croix rouge. Une note manuscrite de la main ferme de Julien barrait le croquis de ma vitrine : "Espace non rentable. Prévoir démolition phase 2 après obtention du permis Morel. Ne rien dire à V."

Un froid polaire m'envahit. "V." C'était moi.

Il ne m'avait pas sauvée. Il m'avait juste achetée pour obtenir ce qu'il voulait : le permis de Madame Morel. Il comptait se débarrasser de moi une fois que je ne serais plus utile à son image de "milliardaire au grand cœur".

Soudain, le bruit sourd de l'ascenseur privé résonna dans le salon.

Il n'était pas à Genève. Ou alors, il était rentré plus tôt.

Je refermai le dossier précipitamment, mais mon sac à main glissa du bureau, renversant mes clés sur le sol avec un fracas métallique qui me parut hurler ma culpabilité. Les pas de Julien s'approchaient, réguliers, implacables.

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