LOGINChapitre 2 , La Résidence Beaumont
Le lendemain matin, Annabelle Delcourt remit sa réponse à l’administration de l’université.Elle avait passé une bonne partie de la nuit à peser le pour et le contre. Cette proposition lui semblait toujours aussi étrange, mais une occasion pareille ne se représenterait probablement jamais.Elle avait finalement signé les documents. En sortant du bâtiment administratif, une employée la rattrapa dans le couloir.
– Mademoiselle Delcourt.
Annabelle se retourna.
– Oui ?
La jeune femme lui tendit une enveloppe épaisse.
– Voici les derniers documents concernant votre installation. Tout est déjà organisé. Vous n’aurez qu’à vous présenter à l’adresse indiquée demain matin. Le concierge vous remettra les clés.
– C’est aussi rapide ?
– La résidence est prête à vous accueillir.
Annabelle prit l’enveloppe.
– Merci.
Elle continua son chemin, de plus en plus intriguée.
Tout semblait avoir été préparé bien avant qu’elle accepte la proposition.
Comme si personne n’avait envisagé qu’elle puisse refuser.
Le reste de la journée passa à une vitesse folle.
Après ses cours, elle retrouva Clara dans leur appartement afin de préparer ses affaires.
Des cartons étaient déjà empilés contre le mur.
– Je n’arrive toujours pas à croire que tu vas vivre dans une résidence de luxe.
Annabelle replia soigneusement quelques vêtements.
– Moi non plus.
Clara s’assit sur le canapé.
– Tu as regardé l’adresse ?
– Oui.
– Tu sais que c’est l’un des quartiers les plus chers de la ville ?
– Justement… ça me met un peu mal à l’aise.
– Arrête de culpabiliser. Tu as obtenu cette chance parce que tu l’as méritée.
Annabelle esquissa un sourire.
– J’espère que tu as raison.
Les deux jeunes femmes passèrent plusieurs heures à ranger les dernières affaires.L’appartement paraissait soudain beaucoup plus vide. En refermant sa dernière valise, Annabelle sentit une légère boule se former dans sa gorge. Cet endroit n’avait rien d’exceptionnel. Les murs étaient défraîchis. La cuisine était minuscule. Le chauffage tombait régulièrement en panne. Pourtant, c’était ici qu’elle avait construit ses premiers souvenirs d’étudiante.Elle allait devoir tourner une page.Le lendemain, un taxi déposa Annabelle devant l’adresse indiquée dans son dossier.Elle resta immobile quelques secondes.
L’immeuble était encore plus impressionnant que sur les photographies.
Une façade moderne entièrement vitrée.
Un vaste jardin parfaitement entretenu.
Deux agents de sécurité surveillaient discrètement l’entrée.
Les portes automatiques s’ouvrirent dès qu’elle s’approcha.
À l’intérieur, le hall ressemblait davantage à celui d’un hôtel cinq étoiles qu’à une résidence étudiante.
Le sol en marbre brillait sous les immenses lustres suspendus au plafond.
Quelques résidents traversaient le hall dans un calme presque irréel.
Derrière un long comptoir en bois sombre, un homme aux cheveux grisonnants leva les yeux.
– Bonjour. Vous devez être Mademoiselle Delcourt.
Annabelle s’approcha.
– Oui.
Le concierge lui adressa un sourire chaleureux.
– Je suis Laurent, le concierge de la résidence. Nous vous attendions.
Cette phrase la fit légèrement tiquer.
Encore ces mots.
Nous vous attendions.
Les mêmes que dans le mystérieux message reçu deux jours plus tôt.
Elle préféra ne rien dire.
Le concierge sortit une élégante boîte contenant plusieurs cartes magnétiques.
– Voici vos clés. L’une ouvre l’entrée principale, la seconde votre appartement et la troisième donne accès aux espaces communs.
Il lui remit également un petit livret.
– Vous y trouverez le règlement de la résidence ainsi que les différents services mis à votre disposition.
Annabelle le remercia.
– Si vous avez le moindre problème, mon bureau est ouvert jour et nuit.
– Merci beaucoup.
Le concierge désigna les ascenseurs.
– Votre appartement se trouve au huitième étage.
Les portes se refermèrent doucement derrière elle.
Pendant la montée, Annabelle observait les chiffres défiler.
Son cœur battait un peu plus vite.
Lorsque les portes s’ouvrirent, un long couloir silencieux apparut devant elle.
L’éclairage était tamisé.
Une épaisse moquette absorbait le moindre bruit.
Elle trouva rapidement la porte portant le numéro 804.
Après une légère hésitation, elle glissa la carte magnétique dans le lecteur.
Un déclic se fit entendre.
Elle poussa la porte.
L’appartement dépassait tout ce qu’elle avait imaginé.
Le salon baignait dans la lumière grâce à une immense baie vitrée.
La cuisine ouverte était entièrement équipée.
La chambre donnait sur une terrasse offrant une vue spectaculaire sur la ville.
Annabelle posa lentement sa valise au sol.
Elle fit le tour des pièces sans prononcer un mot.
Tout semblait neuf.
Tout semblait parfait.
Elle avait encore du mal à croire que cet endroit allait devenir son nouveau chez-elle.
Après avoir défait une partie de ses affaires, elle décida d’explorer la résidence.
Au dernier étage, elle découvrit une salle de sport, une bibliothèque privée et un vaste salon réservé aux résidents.
Tout respirait le luxe.
Pourtant, une chose attira son attention.
Le silence.
Personne ne parlait vraiment.
Les quelques personnes qu’elle croisait se contentaient d’un sourire poli avant de poursuivre leur chemin.
En fin d’après-midi, elle rentra à son étage.
Alors qu’elle avançait dans le couloir, elle remarqua une porte située juste à côté de la sienne.
Le numéro 805.
Une plaque discrète portait simplement un nom.
O. Beaumont.
Elle s’arrêta une seconde.
Ce devait être son voisin.
Sans trop savoir pourquoi, elle fixa cette porte quelques instants.
À cet instant précis, la poignée s’abaissa lentement.
La porte s’entrouvrit de quelques centimètres.
Annabelle aperçut seulement une silhouette masculine vêtue d’une chemise sombre.
Avant qu’elle ait le temps de distinguer son visage, la porte se referma doucement.
Elle resta immobile.
La rencontre n’avait duré que quelques secondes.
Peut-être que son voisin ne faisait que sortir avant de changer d’avis.
Ou peut-être l’avait-il simplement observée.
Annabelle secoua la tête.
Elle se faisait sûrement des idées.
Elle ouvrit son appartement et referma la porte derrière elle.
Sans le savoir, de l’autre côté du mur, un homme se tenait immobile.
Les yeux posés sur un écran de surveillance.
Une photographie d’Annabelle Delcourt reposait sur son bureau.
Il la contempla quelques secondes avant de murmurer d’une voix presque inaudible.
– Enfin…
A SUIVRE
Chapitre 20Olivier fixait le compte à rebours. 11:47:32.Onze heures.C’était tout ce qu’ils avaient. Il se dirigea immédiatement vers l’ordinateur et tenta de le rallumer. Rien.– Ne perdez pas votre temps.La voix provenait toujours du haut-parleur dissimulé dans le mur. Olivier leva les yeux.– Qui êtes-vous ?Un rire bref résonna dans la pièce.– Tu connais déjà la réponse.– Montrez-vous.– Pas encore.Annabelle s’approcha d’Olivier.– C’est la Fondation ?– Probablement.Son père secoua la tête.– Non.Olivier se tourna vers lui.– Comment pouvez-vous en être certain ?– Parce qu’ils n’utilisent jamais ce genre de méthode.Annabelle fronça les sourcils.– Alors qui fait ça ?Le vieil homme ne répondit pas. Olivier remarqua quelque chose sur le mur. Une petite lumière rouge clignotait à intervalles réguliers. Il s’approcha.– La caméra.Il arracha le boîtier du mur.L’écran s’éteignit.Mais une seconde plus tard, un autre écran s’alluma.Puis un autre.Puis encore un autre.En que
Chapitre 19Le silence dans la pièce était devenu insupportable.Annabelle tenait son pendentif entre ses doigts.Depuis son enfance, elle le portait autour du cou. Sa mère lui avait toujours dit qu’il appartenait à son père. Elle n’avait jamais imaginé qu’il pouvait contenir quelque chose. Encore moins quelque chose capable de mettre deux familles en danger. Olivier était toujours debout près de la porte. Son visage était fermé. Son père, lui, regardait le sol. Annabelle finit par se tourner vers lui.– Vous saviez que le père d’Olivier était vivant ?Il resta silencieux.– Répondez-moi.– Oui.Olivier ferma les yeux.Annabelle sentit sa colère monter.– Depuis combien de temps ?– Plusieurs années.Olivier se retourna brusquement.– Plusieurs années ?Son père acquiesça.– Je voulais le retrouver.– Et vous avez préféré me laisser croire qu’il était mort ?– Je voulais te protéger.Olivier eut un rire sans joie.– Tout le monde utilise cette excuse.Annabelle regarda le pendentif.– C
Chapitre 18Annabelle resta paralysée. La silhouette avançait lentement dans la pièce. La faible lumière provenant du couloir éclairait progressivement son visage. Clara. Sa meilleure amie. Celle à qui elle avait raconté ses peurs. Celle qui connaissait tous ses secrets. Celle qu’elle avait appelée après l’accident. Celle qui avait toujours été là. Annabelle sentit quelque chose se briser en elle.– Clara…Son amie s’arrêta à quelques mètres.Son expression était étrangement calme.– Bonsoir, Annabelle.– Qu’est-ce que tu fais ici ?Clara ne répondit pas immédiatement.Elle regarda Olivier.Puis le père d’Annabelle.– Vous avez enfin réussi à la retrouver.Le père d’Annabelle se plaça devant sa fille.– Tu n’aurais jamais dû venir.Clara sourit.– Vous n’auriez jamais dû la faire revenir ici.Annabelle secoua la tête.– Je ne comprends rien.Clara posa les yeux sur elle.– Je suis désolée.Ces mots firent encore plus mal.– Désolée pour quoi ?Clara inspira profondément.– Pour tout.
Chapitre 17Annabelle ne respirait plus. Cette voix. Elle aurait pu la reconnaître parmi des centaines d’autres. Une voix grave, douce, légèrement rauque.BUne voix qu’elle n’avait plus entendue depuis dix-sept ans.– Papa ?Le mot lui échappa dans un souffle. Olivier se plaça immédiatement devant elle.– Restez derrière moi.Annabelle secoua la tête.– C’est lui.– Annabelle…– J’ai reconnu sa voix.Les pas continuèrent de monter. Lentement. Une silhouette apparut au sommet de l’escalier. Annabelle sentit ses jambes trembler. L’homme était plus âgé que dans ses souvenirs. Ses cheveux étaient presque entièrement gris. Son visage était marqué par les années. Mais ses yeux… Ces yeux-là, elle les connaissait. Elle les avait vus chaque fois qu’elle se regardait dans un miroir. L’homme s’arrêta. Le regard d’Annabelle croisa le sien. Pendant quelques secondes, personne ne parla.Puis il murmura :– Ma fille…Annabelle sentit les larmes couler sur ses joues.Elle fit un pas vers lui.Olivier
Chapitre 16Olivier roulait beaucoup trop vite. Annabelle s’accrochait à la poignée de la portière tandis que les lumières de la ville défilaient devant ses yeux. Ils venaient de faire demi-tour. Pour le carnet. Celui que son père lui avait confié lorsqu’elle n’était encore qu’une enfant. Celui dont elle avait complètement oublié l’existence.– Et si Laurent l’a déjà trouvé ?Olivier gardait les yeux fixés sur la route.– Alors nous avons un problème.– Vous pensez qu’il est encore dans la maison ?– Je ne sais pas.– Vous ne savez jamais rien.Il lui lança un bref regard.– Je sais que vous êtes en colère.– Vous avez de la chance que je sois encore assise dans votre voiture.Un léger sourire apparut sur son visage.– Je prends ça comme une bonne nouvelle.Annabelle voulut répondre, mais elle se retint. Malgré tout ce qui venait de se passer, cette petite remarque réussit à détendre légèrement l’atmosphère. Quelques minutes plus tard, la voiture s’arrêta devant la maison. Les lumière
Chapitre 15Annabelle sentit tout son corps se figer. Le concierge de la résidence Beaumont se tenait à quelques mètres d’eux. Une arme à la main. Son visage habituellement chaleureux avait complètement changé. Plus aucune trace de sourire. Plus aucune gentillesse. Seulement une froideur qui glaça Annabelle.– Monsieur Laurent…Sa voix trembla.– Pourquoi faites-vous ça ?L’homme ne répondit pas.Olivier se plaça légèrement devant elle.– Baissez votre arme.Laurent eut un petit rire.– Toujours aussi protecteur, Olivier.Annabelle regarda son voisin.Il semblait connaître cet homme depuis longtemps.– Vous vous connaissez ?Olivier ne quitta pas Laurent des yeux.– Oui.– Depuis combien de temps ?– Assez longtemps.Laurent fit un pas en avant.– Éloignez-vous d’elle.Olivier resta immobile.– Non.– Olivier, je ne plaisante pas.– Moi non plus.Annabelle sentit la tension devenir insupportable.– Quelqu’un peut m’expliquer ce qui se passe ?Laurent la regarda.– Votre père aurait dû







