เข้าสู่ระบบChapitre 4
Éléna
L'aube me trouve assise au bord du lit, les mains croisées sur mes genoux, la robe de la veille encore froissée à mes pieds.
Je n'ai pas dormi. Le sommeil s'est refusé à moi comme un amant capricieux, me laissant seule dans l'obscurité de la chambre conjugale à écouter le silence vibrer contre mes tempes. À un moment, j'ai entendu des pas dans le couloir, un arrêt devant ma porte, une présence immobile de l'autre côté du battant. Mon cœur s'est emballé, mes doigts se sont crispés sur les draps, et j'ai attendu qu'on frappe, qu'on entre, qu'on me parle. Mais les pas ont repris, se sont éloignés, et le silence est retombé, plus lourd qu'avant. Soren. Ce ne pouvait être que lui. Et il est reparti sans un mot.
Maintenant, les premières lueurs du jour filtrent à travers les vitraux, teintant la pièce de reflets ambrés et roses. Je me lève, lentement, le corps courbaturé par une nuit de tension immobile, et je m'approche de la fenêtre. Le parc s'éveille sous une fine brume matinale, les fontaines chantent dans le lointain, et un vol d'étourneaux traverse le ciel comme un éventail noir. Quelque part dans les écuries, un cheval hennit, et ce bruit familier me serre la gorge sans que je comprenne pourquoi.
Je me tourne vers la table de chevet, et c'est là que je la vois.
Une enveloppe de vélin blanc, posée contre la carafe d'eau, scellée du sceau de Valdoria. Mes doigts tremblent en la saisissant. Elle n'était pas là hier soir, j'en suis certaine. Quelqu'un est entré pendant la nuit, a glissé ce papier près de mon lit sans me réveiller. Soren, ou un domestique sur son ordre.
Le sceau cède sous la pression de mon pouce avec un craquement sec. Je déplie la feuille, et les caractères dansent devant mes yeux fatigués. C'est le programme officiel des réjouissances d'Eryndor, rédigé par le majordome de Lysandra, un homme à la calligraphie prétentieuse qui enroule ses lettres comme des queues de paon. L'encre est violet sombre, presque noire, et l'en-tête porte les armoiries des Thornwood, une épine enchevêtrée dans une couronne.
Je lis une fois, deux fois, trois fois. Mon nom n'apparaît nulle part.
La liste des convives est imprimée en lettres élégantes, chaque invité calligraphié avec soin. Soren Drakhar, seigneur de Valdoria. Kael Drakhar, héritier des Marches du Nord. Lysandra de Thornwood, hôtesse de la célébration. Les noms se succèdent, nobles, ambassadeurs, officiers, et nulle part ne figure Éléna Noctryn, épouse Drakhar, dame de Valdoria. Je suis effacée, absente, inexistante. Comme si mon mariage n'avait jamais eu lieu, comme si les sept dernières années n'étaient qu'un rêve que j'aurais fait seule dans mon coin.
La feuille tremble entre mes doigts, et je dois la poser sur le lit pour ne pas la froisser. Mes jambes flageolent, je m'assois lourdement sur le bord du matelas, et le souvenir de mon mariage me submerge avec la violence d'une vague.
J'avais dix-neuf ans. Dix-neuf printemps à peine, une jeunesse passée dans les livres et les jardins de mon père, loin des cours et des intrigues. Je rêvais d'amour, évidemment. Quel cœur de dix-neuf ans ne rêve pas d'amour ? Je lisais des romans en cachette, des légendes arthuriennes, des poèmes courtois empruntés à la bibliothèque paternelle. Je croyais aux chevaliers, aux serments, aux regards qui se croisent dans la foule et qui scellent un destin. J'étais une enfant, oui. Une enfant qui s'apprêtait à devenir femme sans savoir ce que cela coûterait.
On m'avait parlé de Soren Drakhar avant que je ne le voie. Un seigneur du Nord, disait-on, un guerrier austère, un stratège redoutable formé à l'école de son père, le terrible Aldric Drakhar qui avait fait trembler les Marches pendant trente ans. Ma mère m'avait prévenue : ces hommes-là sont durs, Éléna, ils ne sourient pas, ils ne s'excusent pas, ils prennent ce qu'ils veulent et ne le lâchent jamais. Mais j'avais vu son portrait, une miniature peinte par un artiste de la cour, et j'avais trouvé ses yeux gris magnifiques, sa mâchoire volontaire, sa bouche sévère. Je m'étais dit que sous la glace couvait un feu que moi seule pourrais allumer. J'avais dix-neuf ans. J'étais stupide.
La première rencontre avait eu lieu dans cette même demeure, Valdoria, où je devais passer le reste de ma vie sans le savoir. Mon père m'avait escortée depuis les terres Noctryn, une semaine de voyage à travers des forêts de bouleaux et des plaines de bruyère qui m'avaient paru enchantées. J'étais arrivée dans une robe vert d'eau, les joues rouges de froid et d'excitation, et j'avais vu Soren pour la première fois en chair et en os, debout sur le perron de marbre, silhouette sombre découpée contre le ciel d'hiver.
Il ne m'avait pas souri. Il m'avait regardée, longuement, avec cette intensité qui m'avait clouée sur place, et j'avais cru voir passer dans ses yeux gris quelque chose qui ressemblait à de la surprise, à de la curiosité, à un début de désir. Il s'était incliné, m'avait baisé la main, et sa bouche sur ma peau avait été plus chaude que je ne l'aurais imaginé.
— Bienvenue à Valdoria, dame Éléna. J'espère que vous vous y plairez.
Sa voix était grave, rocailleuse, avec des inflexions du Nord qui roulaient les « r » comme des galets dans un torrent. Je n'avais pas pu répondre, la gorge nouée, et mon père avait dû donner la réplique à ma place. Mais Soren ne m'avait pas quittée des yeux, et ce regard, le premier que mon futur époux posait sur moi, je l'avais interprété comme un présage heureux. La glace n'était qu'une surface, me disais-je. En dessous, il y avait un homme qui ne demandait qu'à aimer.
Les noces avaient eu lieu six mois plus tard, dans l'abbaye de Valdoria, sous les voûtes gothiques et les vitraux aux couleurs saphir et or. Je portais une robe de dentelle blanche qui avait appartenu à la mère de Soren, trop grande pour moi, retouchée à la hâte par les couturières du domaine. Mes mains tremblaient si fort que j'avais failli laisser tomber l'alliance, ce cercle d'or gravé de nos initiales entrelacées. Soren l'avait rattrapée avant qu'elle ne touche le sol, et ses doigts s'étaient refermés sur les miens, fermes, chauds, rassurants.
— Ne tremblez pas, avait-il murmuré. Je vous tiens.
Et je l'avais cru. Mon Dieu, comme j'y avais cru.
La nuit de noces, il avait été doux. Presque tendre. Il m'avait déshabillée avec une lenteur presque cérémonieuse, comme on déballe un présent dont on ne connaît pas encore la valeur, et ses mains n'avaient pas tremblé, contrairement aux miennes. Il m'avait allongée sur le lit conjugal, avait soufflé les chandelles pour que l'obscurité cache ma timidité, et il m'avait fait sienne sans un mot, sans un gémissement, sans rien d'autre que le bruit de nos souffles mêlés. Au matin, il était déjà levé, déjà parti inspecter les domaines, et je m'étais réveillée seule dans les draps froissés, le corps endolori, le cœur en suspens.
Je croyais que c'était le début d'une longue histoire d'amour. C'était le début d'une longue absence.
Les mois avaient passé, puis les années, et la glace que j'espérais fondre s'était épaissie au lieu de se briser. Soren s'éloignait, partait en campagne militaire, s'enfermait dans son bureau, fuyait ma présence avec une constance qui ressemblait à une discipline. Il n'était jamais cruel, jamais violent, jamais injurieux. Il était pire. Il était indifférent. Et l'indifférence est un poison lent qui ne laisse pas de cicatrices visibles mais qui ronge l'âme jusqu'à l'os.
Kael était né, et j'avais espéré que l'enfant nous rapprocherait. Au contraire, il avait fourni à Soren une excuse pour s'éloigner davantage. Il ne venait plus dans ma chambre, ne me touchait plus, ne me parlait plus que pour les affaires du domaine. Et maintenant, il emmenait notre fils à l'anniversaire d'une autre femme, et mon nom n'apparaissait même pas sur l'invitation.
Je me lève brusquement, la feuille de vélin froissée dans mon poing. La colère gronde dans ma poitrine, une colère que je n'ai pas sentie depuis des années, une colère qui ressemble à de l'énergie pure, à du feu vivant. Je ne resterai pas ici à me consumer dans le silence. Je ne laisserai pas cette femme en rouge sang me voler mon mari et mon fils sans rien faire. Je ne suis peut-être rien aux yeux du monde, mais je suis encore quelque chose à mes propres yeux, et ce quelque chose refuse de disparaître sans combat.
Ma décision est prise en une seconde, irréfléchie, viscérale. Je vais me rendre à Eryndor. Pas en tant qu'épouse invitée, non, puisque je ne le suis pas. J'irai en secret, cachée, anonyme. Je me glisserai dans l'ombre des festivités, et j'observerai. Je verrai de mes propres yeux ce qui se joue entre Soren et Lysandra. Je saurai si mon mariage est définitivement perdu ou s'il reste une braise sous la cendre. Et au matin de l'anniversaire, je me présenterai à Kael, je lui offrirai le cadeau que j'ai préparé pour lui, et je forcerai le destin à reconnaître mon existence.
La pendule sonne six heures. La maisonnée s'éveille à peine, les domestiques ne commenceront leur service que dans une demi-heure. J'ai le temps.
Je traverse la chambre jusqu'à l'armoire massive en noyer sculpté, celle qui renferme mes effets personnels depuis sept ans. Mes doigts courent sur les cintres, écartant les robes de cérémonie, les velours d'hiver, les soies d'été, jusqu'à trouver ce que je cherche. Une robe simple, en laine grise, celle que je porte pour les promenades à cheval ou les visites aux métayers. Une robe qui ne dit rien, qui n'attire pas l'attention, qui permet de se fondre dans la foule. Une robe d'invisibilité.
Je la jette sur le lit, ouvre un coffre au pied de l'armoire, en tire une valise de cuir brun que je n'ai pas utilisée depuis mon voyage de noces. Elle porte encore l'odeur de la bruyère et du cuir neuf, et cette odeur me ramène brutalement à la jeune fille de dix-neuf ans qui la remplissait de ses illusions. Je chasse cette pensée, ouvre grand le couvercle, commence à y plier mes affaires.
La robe de laine. Une seconde tenue de rechange, en velours bordeaux. Des sous-vêtements, un nécessaire de toilette, une bourse de pièces d'or prélevée dans le coffret de ma dot. Un manteau épais, doublé de fourrure de renard, que mon père m'avait offert le jour de mon départ et que je n'ai presque jamais porté. Mes doigts tremblent toujours, mais différemment. Ce n'est plus de la peur. C'est de l'excitation, une fièvre étrange qui monte de mon ventre et irradie dans mes membres. Pour la première fois depuis des années, je fais quelque chose que l'on n'attend pas de moi. Pour la première fois, je désobéis.
Un bruit dans le couloir. Je me fige, la main en suspens au-dessus de la valise ouverte. Des pas d'enfant, rapides, sautillants. Kael. Mon fils se dirige vers la salle à manger pour le petit déjeuner, escorté par sa nourrice, et j'entends sa voix aiguë qui babille quelque chose à propos des chevaux. Je me plaque contre le mur, retenant mon souffle, jusqu'à ce que les pas s'éloignent.
Je ne peux pas le voir maintenant. S'il me voit, s'il me parle, s'il me demande où je vais avec cette valise, je perdrai toute ma détermination. Je fondrai en larmes et je resterai ici, passive, résignée, cette chose inutile que ma belle-mère méprise et que mon mari ignore.
Les pas s'évanouissent. Je respire à nouveau.
Je termine ma valise en hâte, boucle les sangles, glisse la bourse dans une poche intérieure de mon manteau. Un dernier regard dans le miroir, et la femme qui me fait face a changé. Elle porte une robe grise toute simple, ses cheveux sont relevés en un chignon strict, son visage est pâle mais ses yeux brillent d'un éclat que je ne leur ai pas vu depuis longtemps. Elle a l'air d'une femme qui s'apprête à commettre un acte insensé, et cette folie la rend plus vivante que toutes les années de sagesse.
Je prends ma valise, traverse la chambre, ouvre la porte. Le couloir est vide. Je me glisse hors de la pièce, longe les murs comme une voleuse dans ma propre demeure, descends l'escalier de service que seuls les domestiques empruntent. L'air glacé du matin me saisit quand je pousse la porte des cuisines, mais je ne frissonne pas. Je traverse la cour des écuries, salue le palefrenier d'un signe de tête, et demande qu'on selle mon cheval.
— Madame se rend en ville ? demande le garçon, surpris de me voir si tôt et si simplement vêtue.
— Madame a besoin de prendre l'air, répondis-je. Ne prévenez personne de mon départ. Je rentrerai ce soir.
Il hoche la tête, trop bien dressé pour poser d'autres questions, et s'affaire aux préparatifs. Quelques minutes plus tard, je suis en selle, la valise arrimée derrière moi, le manteau de fourrure serré contre ma gorge. Le portail de Valdoria s'ouvre, et je lance mon cheval sur la route du Nord.
Eryndor est à une journée de cheval, mais je ne prendrai pas la route principale, pas celle que Soren et Kael emprunteront tout à l'heure dans le carrosse familial. Je connais un chemin de traverse, une ancienne voie romaine qui serpente à travers les collines et les forêts, plus longue mais plus discrète. Je ne veux pas être vue avant d'être arrivée. Je veux surgir dans la forteresse de Lysandra comme une apparition, comme un reproche vivant, comme la preuve que l'épouse effacée existe encore.
Le vent du Nord me fouette le visage, et mes joues s'empourprent. La route défile sous les sabots de mon cheval, et les paysages familiers de Valdoria s'estompent peu à peu, remplacés par des landes inconnues, des forêts de sapins noirs, des rivières gelées qui scintillent sous le soleil pâle. Je galope presque, poussée par une urgence que je ne comprends pas, et chaque foulée de mon cheval m'éloigne de la femme que j'étais hier et me rapproche de celle que je pourrais devenir.
Je ne sais pas ce que je trouverai à Eryndor. Peut-être la confirmation de mes pires craintes. Peut-être un sursaut inespéré. Peut-être rien du tout, un buffet vide, un château glacé, une nouvelle humiliation à ajouter à la liste. Mais au moins, j'aurai essayé. Au moins, je ne me serai pas laissée effacer sans résistance.
Le soleil monte dans le ciel, et la route continue de se dérouler devant moi, infinie, incertaine, pleine de dangers et de promesses. Je talonne mon cheval, et il s'élance dans la bruyère comme s'il sentait que ma vie se joue sur cette chevauchée.
Chapitre 61SorenLa nuit de noces est douce et passionnée.La chambre est une bulle de lumière tamisée, les bougies qui vacillent sur les tables de chevet, leurs flammes dansant comme des âmes sœurs, projetant des ombres mouvantes sur les murs de pierre, sur les rideaux de soie qui flottent dans le vent léger de la nuit toscane, sur le lit immense recouvert de draps blancs. Le parfum des fleurs sauvages flotte dans l'air, mêlé à celui de la cire et de la lavande, un mélange enivrant qui enveloppe la pièce comme une caresse, comme une promesse, comme un souvenir qui se crée. La lune brille à travers les fenêtres ouvertes, sa lumière argentée se déposant sur le sol comme une rivière de lait, éclairant nos silhouettes, nos mains qui se cherchent, nos regards qui se croisent.
Chapitre 60ÉlénaLa cérémonie a lieu au coucher du soleil, dans une chapelle de pierre.La lumière déclinante embrase l'horizon toscan, des teintes d'or et de cuivre qui s'étendent comme une nappe liquide sur les collines ondoyantes, les vignes qui se parent de leurs derniers rayons, les cyprès qui se dressent en sentinelles immobiles contre le ciel flamboyant, et la petite chapelle de pierre, bâtie il y a des siècles par des mains anonymes, se dresse au sommet de la colline comme un témoin silencieux de l'éternité. Les murs sont rugueux sous mes doigts, chauffés par le soleil de la journée qui s'attarde encore dans chaque fissure, chaque recoin, chaque pierre, comme une mémoire qui refuse de s'effacer. Les vitraux sont anciens, des éclats de verre coloré qui racontent des histoires oubliée
Chapitre 59SorenNous apprenons que Dimitri s'est évadé durant son transfert.La nouvelle tombe comme une douche froide, un matin où nous étions en train de prendre le petit déjeuner dans la cuisine de Valdoria, les tasses alignées, le thé qui fume, la lumière du matin qui filtre à travers les fenêtres, un moment de paix suspendu comme une bulle de savon. Mon téléphone vibre sur la table, je décroche, et la voix de mon chef de sécurité me glace le sang, chaque mot résonnant dans mon crâne comme un glas funèbre.— Mon seigneur, Dimitri Volkov s'est évadé. Il a attaqué le convoi, tué trois gardes, et disparu.Mon sang se glace. Mes doigts se crispent sur le téléphone, les jointures blanchissant sou
Chapitre 58ÉlénaL'anneau me bouleverse.Je le regarde à travers mes larmes, l'ambre et la glace entrelacés dans un cercle parfait, la lumière qui danse à l'intérieur des pierres comme des souvenirs prisonniers du temps, comme des promesses scellées dans le métal, comme des espoirs qui refusent de s'éteindre. L'ambre est chaude, dorée, profonde comme mes yeux qu'il n'a jamais cessé de chercher, brillante comme les moments de bonheur que nous avons partagés, solide comme la force que j'ai trouvée en moi pour survivre. La glace est pure, transparente, froide comme les années de silence qui ont failli nous séparer à jamais, mais qui, une fois fondue, laisse place à l'eau vive, à la vie, à l'amour, à la renaissance.C'est magnifique. Plus beau q
Chapitre 57SorenJe veille son sommeil, rongé de culpabilité.La chambre d'hôpital est plongée dans une obscurité seulement troublée par la lueur bleutée des moniteurs qui tracent les battements de son cœur, chaque courbe une promesse, chaque pic une vie qui s'accroche, chaque ligne une prière silencieuse que je répète sans fin. Les rideaux sont tirés, les murs sont blancs, trop blancs, comme un linceul qui attend, et l'odeur des antiseptiques flotte dans l'air, mêlée à celle des fleurs que Kael a apportées, un bouquet de pivoines roses qu'il a cueillies lui-même dans le jardin de Valdoria, avant de comprendre que sa mère ne les verrait pas avant plusieurs jours.Elle est étendue sur le lit, ses cheveux courts é
Chapitre 56ÉlénaLa douleur est fulgurante, mais je tiens bon.Une déchirure dans mon bras, un incendie qui remonte le long de mon épaule, un rouge qui coule, qui coule, qui coule sur mes doigts, sur ma robe, sur le sol. Mais je ne lâche pas. Je ne peux pas lâcher. Pas tant que Dimitri tient encore cette arme, pas tant que Soren est encore debout, pas tant que Kael est encore vivant.Je serre plus fort, mes doigts enroulés autour du poignet de Dimitri, ma voix est un cri, un hurlement, un appel.Soren maîtrise Dimitri, les secours arrivent.Je le vois, dans un flou rouge et blanc, Soren qui bondit, ses bras qui s'abattent sur Dimitri, le corps du mafioso qui s'effondre, l'arme qui tombe, des hommes en noir qui surgissent de l'ombre, qui immobilisent, qui sécurisent, qui sauvent.— Éléna ! crie Soren, sa voix déchirée.— Je vais bien, je vais bien, je vais bien.Mais ce n'est pas vrai. Mon bras est en feu, mon sang coule trop vite, mes jambes flageolent, le monde tourne autour de moi.
Chapitre 3SorenJe ne dors pas.Le bureau est plongé dans l’obscurité, éclairé seulement par la lueur vacillante d’une chandelle qui achève de se consumer sur le coin de ma table de travail. Les dossiers du Nord sont empilés devant moi, parchemins jaunis et cartes déployées, mais je ne les vois pl
Chapitre 2ÉlénaLa musique me percute dès que je franchis les portes du grand salon, une valse lente jouée par un orchestre invisible perché quelque part dans la galerie des ménestrels. Les violons pleurent, le violoncelle sanglote, et chaque note s’insinue sous ma peau comme une aiguille fine. Je
Chapitre 6ÉlénaLa tempête a tout effacé.Le ciel et la terre ne font plus qu'un, une seule étendue blanche, mouvante, aveuglante, et ma voiture roule dans ce néant depuis des heures – ou peut-être seulement depuis quelques minutes, je ne sais plus. Le temps s'est brisé comme le reste. Comme moi.
Chapitre 5ÉlénaLa neige commence à tomber aux abords d'Eryndor.De gros flocons silencieux, lents et lourds, qui sortent de la brume du crépuscule comme des plumes d'oie échappées d'un oreiller céleste. Le chemin de traverse débouche sur une crête qui surplombe la forteresse, et je retiens mon so







